Español English French Kwéyol

Théâtre haïtien à Paris

Paris, 9 juin. 04 [AlterPresse] --- Le Théâtre International de Langue Française a accueilli en deux semaines deux générations du théâtre haïtien. Ces représentations ont lieu dans le cadre du parloir haïtien, une série d’activités culturelles organisées du 25 mai au 20 juin au Parc de la Villette, à Paris. Façon d’honorer Haïti qui célèbre le bicentenaire de son indépendance et de donner une autre image de ce pays.

C’est la Comédie Sans Frontières d’Haïti qui a ouvert la partie avec « Haïti cri d’espoir », une pièce mise en scène par Geoges Beleck, Directeur de la troupe. Du 25 au 30 mai, 22 jeunes acteurs, venant directement d’Haïti, ont retracé, à travers cette pièce, le drame haïtien.

« Haïti cri d’espoir » met en avant les grands problèmes qui ont marqué le pays durant ses deux siècles d’histoire. Les acteurs dressent particulièrement le tableau de la situation durant les derniers jours de la dictature de Jean-Bertrand Aristide en Haïti. Misères diverses, violences politiques se mêlent à la résistance d’une population qui veut vivre et se débarrasser de ceux qui causent son malheur.

On y voit un pays où les jeunes n’ont d’autre but que partir. Ils ont beau étudier, parler le français couramment « tankou rat » (litt : comme des rats), avoir des papiers de toutes les couleurs, ils ne trouvent pas d’emploi. Un pays où des mots et des proverbes scellent le sort de la population. Les plus connus ont été présentés au public en Créole : « chak koukouj klere pou je w » (que chacun se débrouille seul), « pito nou lèd nou la » (l’important c’est de subsister, quelques que soient les conditions) , « tout dwèt pa menm longè » (a chacun son destin).

Cette pièce dénonce également l’attitude des politiciens haïtiens qui font semblant d’être aux côtés du peuple et l’oublient sitôt arrivé au pouvoir. Georges Beleck dit tirer sa source d’inspiration du poète haïtien Massillon Coicou qui « a vécu des événements semblables aux nôtres et qui fut lui-même victime de la politique haïtienne ».

Les 4 et 5 juin, le Théâtre International de la Langue Française (TILF) a accueilli Foukifoura, la nouvelle pièce de Franketienne. L’auteur haïtien a fait son retour sur scène après trois ans d’absence à cause d’une maladie qui l’a fortement touché.

Foukifoura raconte l’histoire d’un artiste qui a été par deux fois arrêté par les autorités parce que ses écrits ont été jugés subversifs. Pour ne pas être conduit une troisième fois au poste de police et y subir la presque habituelle interrogation musclée l’acteur a été obligé de se cacher dans un « trou à rat ». Là , l’artiste se met à jouer tout seul en supportant « rats, scélérats, choléra, mazora (être édenté) et cà¦tera ». Ce « One man show » de Franketienne met en avant la difficulté d’acceptation des métiers d’acteur, metteur en scène, poète et écrivain.

Haïti cri d’espoir et Foukifoura ont été présentés dans les deux langues d’Haïti (Créole et Français), sur fond de musiques typiques. Le tambour de Atissou Loko a accompagné Franketienne durant sa représentation. Alors que les acteurs du Cosaf ont entrecoupé toute leur représentation par des chants qu’ils ont eux-mêmes exécuté.

Les acteurs du Cosaf sont jeunes et talentueux. Le metteur en scène de la troupe a de quoi être fier.

Franketienne de son côté, à 68 ans, est loin de prendre sa retraite artistique. Il continue de peindre, d’écrire et surtout de jouer sur scène. D’ailleurs « la mort ne viendra pas sans [sa] permission » a-t-il tenu à préciser en fin de spectacle. [wa apr 09/06/2004 02:15]