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Coopération avec Haiti III

La Francophonie s’engage

Interview avec l’ambassadeur Rhida Bouabid, représentant permanent de l’Organisation Internationale de la Francophonie aux Nations Unies

P-au-P., 6 juin. 04 [AlterPresse] --- Voici la dernière partie d’une interview accordée à AlterPresse par l’ambassadeur Rhida Bouabid, représentant permanent de l’Organisation Internationale de la Francophonie aux Nations Unies.

Gotson Pierre explore avec le diplomate les capacités de la Francophonie en matière de mobilisation de l’aide internationale en faveur d’Haïti.

AlterPresse - Quel rôle peut jouer la francophonie pour faire venir les fonds [en Haiti] ?

Rhida Bouabid - La francophonie peut apporter beaucoup. D’abord, je relève une partie du document programme du gouvernement [Â…] qui donne une importance particulière à la dimension culturelle du développement. Je trouve cela une touche très particulière dans les priorités et nous sommes déterminés à apporter notre contribution, parce qu’il y a ce que j’ai appelé cet esprit de solidarité qui anime la francophonie et qui nous rapproche tant d’Haïti.

La francophonie peut faire beaucoup de choses [Â…] : la promotion de l’Etat de droit, l’éducation, la culture, la reforme des institutions, le parlementÂ… Nous avons une assemblée parlementaire de la francophonie [Â…] qui est prête à faire d’énormes choses pour la reforme de l’institution parlementaire. Nous travaillons nous mêmes sur la reforme de l’appareil judiciaire.

Nous pouvons beaucoup apporter aux autorités haïtiennes dans le contexte qui nous a été décrit de façon éloquente par le ministre de la Justice et de la Sécurité Publique [Â…] et l’effort à entreprendre pour faire en sorte que l’appareil judicaire puisse répondre aux nombreux défis qui sont les siens. Je crois qu’il y a énormément de choses sur les quelles nous pouvons travailler avec Haïti.

Nous organisons [des séances de travail avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux] pour voir comment aider les pays francophones du sud à se retrouver dans les dédales de différentes coopérations bilatérales et multilatérales et obtenir finalement les financements dont ils ont besoin. Et surtout ce sont des financements qui sont disponibles. Au niveau de l’Union Européenne par exemple, si je ne me trompe, il y a encore des fonds qui sont disponibles. Au niveau de la Banque Mondiale, c’est la même chose. [Â…]

Apr - Ici, on parle beaucoup, surtout dans ce contexte de crise, d’élimination de la dette extérieure haïtienne. Est-ce qu’en cette matière là , la francophonie pourrait être influente ?

RB - La francophonie a ce double avantage de pouvoir d’abord mener un certain nombre de programmes dans les pays membres, mais elle a aussi cette capacité de mobilisation de ces pays membres autour d’un certain nombre d’objectifs. Et, sur la question de la dette, nous avons été très clairs, si on revient aux différentes déclarations et des plans d’actions qui ont été adoptés par les chefs d’Etats. Il y a toujours eu un appel pour une prise en compte de la situation de nombreux pays qui sont surendettés et surtout pour une prise en compte de la situation des pays qui sortent de crise.

Donc, nous ne sommes pas parmi les institutions financières internationales qui ont un levier d’action directe sur cette problématique spécifique. Mais nous avons une capacité de mobilisation de nos pays membres qui sont influents dans ces institutions-là pour justement venir en aide aux pays de cette catégorie-là , notamment Haïti.

Apr - Quelle passerelle de contact pouvez-vous établir avec les mouvements sociaux en Haïti de manière à être à l’écoute des vrais problèmes du pays ?

RB - Nous avons toujours été à l’écoute de l’ensemble des partenaires haïtiens. A chacune des missions, à chacun des contacts nous avons été en relation évidemment avec les autorités gouvernementales, avec les membres de la société civile, avec l’ensemble des partis politiques, avec les syndicats, avec les autorités religieuses. On les avait rencontrés à chacune des missions qu’on a effectuées ici.

Je crois que c’est l’un des points forts de la déclaration [du Premier Ministre Latortue] c’est justement cette reconnaissance de l’apport et de la contribution particulièrement utiles de chacun des acteurs. L’Etat de droit n’est pas du café instantané. Cela ne se construit pas du jour au lendemain. C’est un travail laborieux. C’est un travail de longue haleine et c’est un travail auquel chacun et chacune doit contribuer.

Nous sommes forcement de part nos objectifs, de part notre méthode de fonctionnement en contact et à l’écoute de l’ensemble des partenaires nationaux.

[gp apr 06/06/2004 23:00]