Perspectives

Haïti-Affaire Walky Calixte : Un « pas » vers la justice, mais toujours l’inquiétude dans la famille du policier assassiné

Le bureau de la chambre des députés ne fera pas obstruction
vendredi 22 mars 2013

Par Edner Fils Décime

P-au-P, 22 mars 2013 [AlterPresse] --- « Jusqu’à présent c’est une nouvelle qui fait la joie de la famille. La justice a fait un grand pas. Nous attendons que le parlement fasse la suite. Mais nous sommes inquiets pour notre sécurité » : ce sont les propos d’un membre de la famille Calixte ce 22 mars 2013.

Le 19 mars 2013, une ordonnance du juge instructeur Jean Wilner Morin - chargé du dossier de l’assassinat du policier Walky Calixte - sollicite la chambre des députés en vue de procéder à la levée de l’immunité parlementaire des députés Rodriguez Sejour et M’Zou Naya Bellange Jean-Baptiste.

Dans la soirée du jeudi 21 mars 2013, à Arcachon 32 (commune de Carrefour) peu avant 22 heures locales (2:00 am gmt), le policier Jevousaime Marcelin (18e promotion, agent 1) - numéro 2 de la patrouille policière, à laquelle était affecté le policier assassiné Walky Calixte - a reçu trois projectiles, dont deux au visage.

Selon les déclarations du porte-parole adjoint de la Pnh, l’inspecteur Gary Desrosiers, le policier Jevousaime Marcelin devrait témoigner lundi matin [25 mars 2013] au cabinet du juge Morin.

Il était l’un des témoins de la scène de l’assassinat de son collègue Calixte.

Depuis le 21 mars 2013, le bureau de la chambre des députés a reçu la demande de levée d’immunité des parlementaires, inculpés par l’ordonnance du juge Morin.

Selon l’ordonnance, « l’instruction révèle des indices concordants, susceptibles d’engager la responsabilité pénale des députés Rodriguez Séjour et Nzounaya Bellange Jean-Baptiste dans l’assassinat du policier Walky Calixte ».

Les proches du policier Calixte se remettent entre les mains de la chambre des députés globalement et celles de son président Tholbert Alexis, en particulier.

« Nous subissons de fortes pressions. La mère [Calixte], qui vit en province, est très inquiète. Depuis l’attaque sur Jevousaime Marcelin, elle ne cesse point de pleurer, elle pense qu’on peut la tuer aussi. N’ayant pas le moral, elle dit ne pas vouloir perdre un autre membre de la famille », explique un parent à AlterPresse.

Que fait la chambre basse ?

Le président de la chambre des députés, Jean Tholbert Alexis, est clair là-dessus : tout au cours de l’entrevue avec AlterPresse, il n’a pas cessé de ressasser, comme pour se convaincre lui-même, qu’« il n’y a aucune volonté de faire obstruction à la justice. Au contraire, nous voulons que toute la lumière soit faite sur ce dossier ».

Depuis hier matin, [21 mars 2013], le député Alexis promet analyse et étude de la demande de levée d’immunité. Il a réitéré la même promesse ce 22 mars 2013.

« L’article 115 de la Constitution trace la procédure. Nous allons nous confiner dans ce que dit la loi. Le bureau n’a pas à avoir une position pour ou contre. La justice doit suivre son cours. Si le dossier est consistant, nous ferons ce que de droit », renchérit-il.

Et ce « ce que de droit » est la convocation d’une plénière - si le bureau trouve consistance à la demande du juge Morin, transmise via le garde des sceaux de la république - qui procédera à la formation d’une commission spéciale d’étude de ce dossier.

Après enquête, auditions des députés inculpés, la commission spéciale soumettra un rapport à l’assemblée, qui confirmera ou infirmera la demande de levée d’immunité parlementaire des députés Rodriguez Sejour et M’Zou Naya Belange Jean-Baptiste.

« Rien ne peut remplacer la vie. Surtout, si c’est quelqu’un qui a servi la patrie », déclare le parlementaire Alexis.

Mais combien de temps ce dossier passera-t-il au parlement, avant que « la justice puisse suivre son cours » le plus normalement du monde, dans un pays où l’État de droit doit cesser d’être « à l’oral » ?

Le 17 avril 2012, le policier Walky Calixte a été assassiné dans les parages de Martissant au volant de sa voiture. Ce qui a révolté ses frères d’armes
Au point d’observer une journée de grève, le 23 avril 2012, pour exiger que justice lui soit rendue. [efd gp apr 22/03/2013 12:10]