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HaitiWebdo Semaine du dimanche 17 février au samedi 23 février 2013

Haïti-Conjoncture : État de droit, à l’oral ?

Le Français sera introduit dans l’interprétariat, non pas comme deuxième langue de travail à la Caricom
lundi 25 février 2013

P-au-P, 25 févr. 2013 [AlterPresse] --- Deux jours durant, les lundi 18 et mardi 19 février 2013, les chefs d’État et de gouvernement des pays de la Communauté des Caraïbes (Caricom) ont tenu sommet ici en Haïti, en plein cœur de la commune de Pétionville.

La présidence, qui s’est identifiée à l’hôte de cette activité, s’est félicitée du déroulement de la 24e rencontre intersessionnelle de l’organisation régionale.

Entre-temps, l’État de droit passe des tests.

La cour d’appel de Port-au-Prince ordonne l’arrestation de l’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier (1971 - 1986), refusant de comparaître à la barre, depuis son retour physique en Haïti en janvier 2011.

Le ministre de la justice est entendu, par le parlement sur les velléités de l’administration politique actuelle, de museler la presse.

Processus électoral : le président du conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj) appelle le Chef de l’État à interférer au sein de ce pouvoir, en principe indépendant des 2 autres pouvoirs (exécutif et législatif).

Du haut de ses 27 ans d’existence (le 22 février 2013), la solidarité des femmes haïtiennes (Sofa) appelle l’exécutif à publier la loi sur la paternité responsable.

Caricom : Martelly satisfait, le Créole serait écarté, la population attend les retombées

Les 18 et 19 février 2013, Haïti a accueilli la 24e rencontre intersessionnelle de la Caricom.

Le pays assure la présidence tournante de l’organisation régionale, de janvier à juin 2013.

La présidence a déployé tous les fastes de la république pour en mettre plein la vue. Le chef de l’État se donne un satisfecit.

Lors de ce sommet, une résolution aurait adopté la langue française comme le deuxième langue de travail de la Caricom. Au grand dam de 90% de la population s’exprimant uniquement en Créole. Alors, est-ce la victoire du peuple ou la victoire des privilégiés ?

En réalité, les chefs d’État et de gouvernement, ayant participé à la rencontre, ont seulement accepté d’introduire l’interprétariat en Français lors des rencontres de la conférence (Heads of Government agreed to introduce French interpretation at meetings of the Conference / cf. INTRODUCING INTERPRETATION SERVICES FOR MEETINGS OF THE CONFERENCE / http://www.caricom.org/jsp/pressreleases/press_releases_2013/pres35_13.jsp).

Le secrétariat de la Caricom est ainsi mandaté pour conduire une étude sur les implications (estimatif budgétaire) de l’introduction des services d’interprétariat et de traduction dans les rencontres des organes de la communauté caribéenne (Heads of Government had mandated the CARICOM Secretariat to conduct a study on the implications of introducing interpretation and translation services for meetings of the Organs of the Community).

Dans l’encart intitulé "plusieurs conclusions à l’issue de la 24e
réunion intersessionnelle de la Caricom", le dernier bulletin électronique de la présidence indique simplement : "Il a été décidé d’introduire l’interprétation française lors des réunions de la communauté".

Pas une ligne, dans ce bulletin d’information de la présidence, sur l’introduction de la langue française comme deuxième langue au sein de la Caricom...

Alors, la presse nationale a été bernée dans cette question de Français et de Créole. Qui veut tromper qui ? Dans quel but ?

Duvalier doit être arrêté !

Le jeudi 21 février 2013, la cour d’appel de Port-au-Prince a ordonné d’arrêter l’ancien dictateur Jean–Claude Duvalier, aux fins de se présenter à la séance du jeudi 28 février 2013. L’ex-tyran s’est moqué royalement de la justice haïtienne en refusant de se présenter devant la cour.

L’issue du dossier de Duvalier, accusé de crimes contre l’humanité et détournements de fonds publics, permettra de voir si le « E » d’État de droit, préconisé par Martelly, est à l’oral ou a atterri.

Tenant compte des accointances politiques de l’ex-dictateur, les victimes verront-elles la justice au bout du tunnel ?

Le ministre de la justice tout droit pour le musèlement de la presse

L’invitation à s’expliquer, par devant la commission justice et sécurité du sénat de la république, le 21 février 2013, les notes de protestations des associations patronales et journalistiques, ont laissé froid le ministre de la justice, Jean Renel Sanon, ancien officier réformé de la défunte armée d’Haïti.

Le super ministre rose, ancien officier de l’armée d’Haïti, reste persuadé, imperturbable, que le décret n’est pas obsolète.

Malgré la Constitution du 29 mars 1987, le décret-loi du 31 juillet 1986 serait d’application, à son avis.

Avec une pointe d’arrogance, il invite les sénateurs à faire leur travail en abrogeant ce décret-loi.

Est-ce une flèche lancée par ricochet à la presse pour dire, en attendant l’abrogation, faites gaffe avec vos micros, vos imprimés et vos écrans ?

Anel Alexis Joseph s’en remet à Martelly

Le président du Cspj, réputé valet du palais national, a écrit au Chef de l’État pour exprimer son incapacité à résoudre la crise, née du choix (opéré par Anel Alexis Joseph lui-même, sans concertation avec l’ensemble des membres du Cspj) de trois représentants du judiciaire au futur conseil électoral.

Le chef de l’État a rapidement réagi. Ainsi, le vendredi 22 février, Martelly a-t-il rencontré les représentants contestés du Cspj, au palais national, en présence de Religions pour la paix.

Et…les négociations semblent vouloir aller dans le bon sens.

Finalement, combien de pouvoirs existent-ils dans la démocratie haïtienne ?

A quand la promulgation de la loi sur la paternité responsable ?

Le 22 février 2013, Les militantes de l’organisation féministe Solidarité des femmes haïtiennes ont célébré leurs 27 ans de militance pour la promotion du droit des femmes.

Au cours d’une marche dans les rues de Port-au-Prince, elles ont indexé les pratiques de harcèlement et la présence de violeurs reconnus dans les institutions étatiques.

Devant le ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf), elles ont exigé la publication de la loi sur la paternité responsable.

L’obligation de prendre soin de sa progéniture ne ferait-elle pas partie des priorités dans un État de droit ? Quelles sont les véritables raisons empêchant la publication de cette loi, déjà votée par le parlement ?

État de droit, à l’oral ou atterri ? [efd kft rc apr 25/02/2013 14:20]