Haïti-Duvalier/Justice : Empêcher que l’histoire se répète

P-au-P, 7 févr. 2013 [Alterpresse] --- En ce jeudi 7 février2013, 27 e anniversaire de la chute de Jean Claude Duvalier, sous l’angoisse des victimes de la dictature duvaliériste, pointe une ferme détermination de faire l’histoire et de tracer un exemple mondial.

Alix Fils-Aimé et Robert Duval, deux anciens prisonniers du régime, confient à AlterPresse leur appréhension quant à l’éventualité que la justice haïtienne blanchisse Duvalier, accusé de crimes contre l’humanité et détournement de fonds.

Jean-Claude Duvalier (1971 - 1986), successeur de son père François Duvalier (1957-1971), qui a instauré un régime de terreur en Haïti, a abandonné le pouvoir le vendredi 7 février 1986 et s’est enfui en France suite à une révolte populaire. Il est revenu au pays en janvier 2011.

Une audition en appel de Jean-Claude Duvalier, prévue pour ce jeudi 7 février 2013 à Port-au-Prince, éveille des soupçons des victimes du régime tyrannique sur une certaine volonté de blanchir le dictateur et de banaliser les crimes commis.

Alix Fils-Aimé : « mener le combat à tête reposée »

Alix Fils-Aimé se dit « ferme » et déclare mener le combat à tête reposée ».

Il rappelle aux jeunes d’aujourd’hui que « c’est la jeunesse qui a été la principale victime et qui s’est insurgée pour venir à bout de ce régime dictatorial, corrompu et criminel, malgré ses alliés stratégiques internationaux ».

Déterminé, Fils-Aimé estime que le pays ne peut pas continuer à vivre dans l’impunité.

« Nous sommes des milliers d’Haïtiennes et d’Haïtiens, prêts à mourir pour l’établissement d’un État de droit. Les jeunes doivent poursuivre ce rêve de justice », déclare-t-il.

Fils-Aimé appelle les « gouvernements des pays, qui ont collaboré intimement avec la dictature duvaliériste, à redorer leur blason en supportant les victimes en quête de justice ».

Ancien député et récent président de la commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (Cnddr), Fils-Aimé a été arrêté en avril 1976, alors qu’il travaillait comme technicien agricole à Carice (Nord-Est) sous le chef d’accusation de complot contre le régime de Duvalier.

Après 18 mois passés dans les geôles lugubres des casernes Dessalines et de Fort Dimanche (Port-au-Prince), il a été exilé le 25 septembre 1977.

Même si, tenant compte du contexte politique, « blanchir Duvalier est peut-être possible », Alix Fils-Aimé considère que cela « n’enlèvera rien à la vérité historique ineffaçable ».

Il compte sur la « vigilance de la jeunesse » et d’éventuels recours à des instances internationales, car il « faut poursuivre Duvalier jusqu’au bout et partout ».

Robert Duval : il faut juger ce « symbole mondial du crime »

Robert Duval est « angoissé de voir comment des opportunistes, au pouvoir aujourd’hui, essaient de blanchir Duvalier pour pouvoir récupérer quelques miettes de l’argent du pays, volé et caché dans des banques étrangères ».

Ayant été, après le 7 février 1986, l’un des instigateurs et promoteurs de la ligue des anciens prisonniers politiques haïtiens (Lapph), Duval s’étonne aussi de la « légèreté », teintée « d’audace », qui entoure le choix de la date du 7 février 2013 pour auditionner Duvalier.

« Essayer, par des acrobaties, de blanchir Duvalier, est un faux calcul. Cela ne passera pas, car Duvalier est une horreur humaine pour le peuple haïtien » s’insurge Duval qui veut continuer à se battre pour que « ce symbole mondial du crime soit jugé ainsi que ses acolytes ».

Robert Duval a été arrêté le 20 avril 1976 par le Service de détectives (Sd) de Duvalier sur son lieu de travail.

Après un « atroce » séjour d’un mois aux Casernes Dessalines (Port-au-Prince), il a été transféré au « camp d’extermination Fort-Dimanche », où il a vu mourir plus de 180 détenus dans la minuscule cellule de 3x4 mètres qui ne recevait pas moins de 40 prisonniers à la fois.

« Un heureux hasard » a voulu qu’il sorte vivant un 21 septembre 1977, dans un contexte de promotion des droits humains, encouragée dans la région par l’administration étasunienne de James Earl (Jimmy) Carter (1977 - 1981).

Robert Duval invite à un travail de « sensibilisation et de mémoire pour les jeunes actuels, afin que pareille horreur (une dictature sanguinaire comme celle des Duvalier) ne se reproduise plus dans la société haïtienne ». [efd gp apr 07/02/2013 03:30]