Espace Femmes

Haïti- Football féminin : En voie de disparition ?


mercredi 30 janvier 2013

Par Jean Elie Paul

P-au-P, 30 janv. 2013 [AlterPresse] --- Durant les dix dernières années, le football haïtien a vu disparaitre plusieurs clubs féminins, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

La cause ? Leur situation plus qu’alarmante.

Beaucoup peinent à offrir un salaire à leurs joueuses, alors que l’intérêt du public pour le football - pratiqué par les filles - se conjugue avec la faible attention que l’État lui accorde.

« Cela fait un peu plus de quarante ans que le football féminin suit son chemin dans le pays avec de très grands hauts, comme la participation d’Haïti à la coupe du monde en Chine, mais aussi avec des bas parce que le pays est à forte tendance misogyne », déclare le président de la fédération haïtienne de football (Fhf), Yves (Dadou) Jean Bart.

Tout comme dans le football féminin qui existe depuis quarante ans, mais qui a du mal à s’affirmer, les femmes sont souvent reléguées au second plan des activités politiques et physiques, avance Jean Bart.

En moins de dix ans (2002 - 2012), plusieurs clubs de jeunes filles ont disparu.

Il s’agit des Stars gonaïviennes, les Douteuses de Saint Marc (Artibonite), les Florantinas de Cabaret (Ouest), les Florantinas de Liancourt, les Choucounes de Port-de-Paix (Nord-Ouest), les Hirondelles des Cayes (Sud), les Chéque chéque de Miragoane (Nippes / Sud-Ouest), les Lionnes de Petit-Goâve (Ouest), l’Acul de Léogâne (Ouest), tout comme les équipes féminines du Don Bosco de Pétionville et du Violette Athlétic Club.

Auparavant, l-équipe des gladiatrices (Port-au-Prince / Ouest) avait cessé d’exister.

Toutes ces équipes féminines ont disparu, alors que l’État ne donne pas tout l’apport qu’il faut pour permettre le développement du sport dans le pays.

Le grand problème demeurerait, jusqu’à maintenant, le manque de moyens.

Les femmes et le foot : une longue histoire

Bien avant sa reconnaissance par la fédération internationale des associations de football (Fifa), le football féminin avait existé en Haïti.

Il faut dire que le fait pour les femmes de pratiquer ce sport n’était pas bien vu par les hommes en Haïti.

La Fifa ne se résoudra à officialiser les compétitions internationales de football féminin qu’au tout début des années 1990.

En Haïti, ce sport est gagné par les femmes dès fin 1971.

C’est Fred Georges, vedette de volleyball, qui, constatant qu’à chaque entrainement, les jeunes s’amusaient à jouer avec les pieds avec le ballon, en a pris l’initiative. Il a eu l’idée d’organiser un premier match de football féminin au parc Sainte Thérèse de Pétionville le 19 décembre 1971.

Après ce match, ce fut l’explosion.

Des équipes de football féminin ont commencé à voir le jour partout à travers le pays : aux Cayes, au Cap-Haïtien.

Dans la foulée du succès du match de décembre 1971, il y eut une autre rencontre d’exhibition le 3 janvier 1972, au même Parc Sainte Thérèse.

La formation de Tigresses, le premier février, les Gladiatrices le 3 février 1972, les Amazones dans la même période, ont ouvert la voie aux clubs de football féminin.

Mais la suite de l’histoire est loin d’être un conte de fée.

Entre difficultés financières et discrimination

Entre 1,000 et 1,500 jeunes filles disposent d’une licence de joueuses auprès de la fédération haïtienne de football, informe Jean Bart.

Pendant que certains clubs donnent un salaire à leurs joueuses, d’autres prennent uniquement en charge les frais de logement ou les frais de scolarité.

« Les clubs masculins attirent beaucoup plus de gens et beaucoup plus de sponsors. Ceci n’est pas un phénomène particulier à Haïti », laisse entendre le président de la Fhf.

« Pour les filles, cela demande beaucoup plus de dépenses, parce que les matches ne génèrent pas de revenus importants. Il faut tout prendre en charge, ce qui handicape la pratique du sport. Ainsi, ce qu’on donne comme assistance aux filles devient-il relativement plus cher qu’un salaire, alors que la pratique du football ne rapporte pas tout cet argent », signale-t-il.

Même point de vue pour Patrick François, actuel conseiller et administrateur de la formation "Essentiel".

« Le football féminin ne cesse point de se dégrader d’année en année. Avant, beaucoup plus de gens assistaient aux matches. Maintenant, les matches féminins n’attirent pas grand monde, sinon qu’une trentaine de personnes qui paient 25.00 gourdes (US $ 1.00 = 44.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui) pour assister aux rencontres », indique François.

Pour organiser des entrainements, un club comme Essentiel dépense près de cinq mille gourdes par jour, alors que les filles doivent effectuer quatre entrainements par semaine, révèle t-il.

Le pire dans tout cela, pour aller jouer un match à l’extérieur (soit au Cap-Haïtien), il faut que le club ait près de 100 mille gourdes pour effectuer un tel trajet, renchérit Patrick François.

Le principal sponsor du football en Haïti, une compagnie de téléphonie mobile, accorde autour de 58 mille gourdes aux clubs tous les trois mois, selon François, qui considère cette subvention comme un moyen empêchant ces jeunes filles de basculer dans la délinquance.

« Le contrat du football féminin ne dépasse pas trente mille gourdes (par mois). Il arrive que certaines filles obtiennent douze mille gourdes, en fonction de leurs performances. D’autres encore peuvent réclamer une motocyclette », fait valoir Patrick François.

En plus de leur jeu discriminé, ces joueuses souffrent aussi du traitement réservé à leur statut.

Quand un joueur masculin, dans le feu de l’action, insulte ou agresse un arbitre, il est dédouané par son prétendu « sang chaud ». Par contre, dans le même cas, les filles perdent toute considération aux yeux des supporters.

« Les discriminations à l’endroit des joueuses proviennent de deux côtés : d’une part, des dirigeants des clubs qui insultent les filles sur le terrain ; d’autres part, des supporters », souligne Patrick François.

Le football féminin tend à disparaitre, craint François.

Il y avait, dans le temps, une vingtaine de clubs féminins, progressivement réduite de 12 à 9 clubs maintenant. [jep kft rc apr 30/01/2012 1:25]