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Haïti : le lien social se perd, la religion y perd

Repris de Infosud

Haïti connaît un vide institutionnel et une perte du lien social. L’Eglise catholique, qui, dès le temps de l’esclavage, assurait traditionnellement ce lien à la place de l’Etat, y a contribué, et en est dans le même temps la victime ; son rôle dans la société s’amenuise, au profit de la laïcité et d’autres instances religieuses. Le paradoxe est que c’est la lutte pour la démocratisation, à laquelle l’Eglise a contribué, qui a induit cette évolution.

Telle est l’analyse développée dans un livre récent par Laà« nnec Hurbon, sociologue haïtien, spécialiste des rapports entre religion, culture et politique. Pour l’auteur, un fil rouge traverse l’histoire du pays : la difficulté à reconnaître le principe de l’égalité entre tous les citoyens. L’enseignement notamment, longtemps dans des mains religieuses, assurait la justification idéologique de l’inégalité.

Après la chute de Duvalier, « l’expérience démocratique met fin à deux rôles fondamentaux de l’Eglise en Haïti » : la prise en charge de la question sociale et le contrôle de la culture et de l’éducation. Mais personne ne prend le relais, si ce n’est, en partie, les ONG, et le lien social s’effiloche. D’autant que le populisme d’Aristide a éclipsé les institutions intermédiaires. Rien ne permet donc d’encore assurer un « vivre ensemble quelconque ».

Parfois quelque peu dur à lire, cet intéressant ouvrage de Laà« nnec Hurbon se termine sur des questions plus que sur des réponses, mais des questions socialement importantes.

André Linard

Courtoisie de l’agence InfoSud