A travers Haiti

Haïti-Environnement : La production de tayo (taro), grande ennemie de la forêt des pins


jeudi 13 décembre 2012

Correspondance Ethzard Cassagnol

Fonds-Verrettes, 13 déc. 2012 [AlterPresse] --- La culture de tayo - en français taro (espèce de tubercules regroupant entre autres l’igname et le mazoumbel) - fait la guerre à la forêt des pins, qu’elle détruit à la petite semaine, constate l’agence en ligne AlterPresse.

Des terres plantées en pins sont incendiées ou tout bonnement déboisées.

L’objectif : cultiver du tayo (taro), en particulier une variété appelée couramment « depal » par les paysannes et paysans.

Ce tubercule est planté dans des terres occupées par de jeunes pins. Mais par la suite, les pins sont progressivement coupés, laissant un espace complètement nu.

Les terres plantées peuvent ainsi, en très peu de temps, passer d’un demi-hectare à deux hectares.

C’est le cas de la zone de Boukan Chat, d’après Josué Novembre, un habitant de la forêt.

Une véritable offensive se dessine sur les terres de Boukan Chat en même temps qu’un désastre écologique, dans l’anarchie la plus totale,
avertit Novembre.

L’idée n’est pas seulement de faire de l’agriculture de subsistance, mais de se saisir des terres, explique-t-il.

« Le tayo (taro) est l’espèce la plus utilisée pour accaparer des terres agricoles dans la forêt. Cette pratique est très appréciée dans la localité de Ti sous (Fonds-Verrettes) », témoigne un paysan.

« Si ça continue de cette façon, les pins ne seront qu’un vague souvenir dans quelques années », craint ce paysan.

Se montrant inquiets, des membres d’organisations paysannes, des professeurs d’écoles, appellent à une action de l’État pour sauver l’écosystème de la zone.

Le ministère de l’environnement a, certes, déployé des agents forestiers dans le périmètre de la forêt. Leurs tâches s’arrêtent, cependant, à la surveillance de la production du charbon de bois, de planches ou de bois gras (bwa pen en créole haïtien).

Depuis 2004, année marquée par des inondations meurtrières à Fonds-Verrettes et Mapou, les autorités ne peuvent plus faire l’autruche, ni se détourner de la question du déboisement touchant la forêt des pins.

Ce qui frappe les habitantes et habitants de Fonds-Verrettes, c’est l’inertie des personnes mandatées pour les protéger et stopper ces pratiques destructrices de l’environnement. [ec kft rc apr 13/12/2012 13:05]