Haïti-Mouvements sociaux : Nouvelle journée de tension à Thomonde le 20 octobre 2012

Correspondance Ronel Odatte

Thomonde (Plateau central), 22 octobre 2012 [AlterPresse] --- La route nationale #3 (de Port-au-Prince, en passant par Mirebalais, Péligre, Cange, Thomonde, Hinche..) a été, une nouvelle fois bloquée [1] pendant plusieurs heures, le samedi 20 octobre 2012, à hauteur du pont de Thomonde (au sud de la ville) et au niveau de Savanette Cabral (1re section communale de Thomonde, à environ 7 km du bourg).

Des jeunes en colère y ont dressé des barricades en vue d’exiger, des responsables départementaux du ministère des travaux publics, transports et communications (Mtptc), le paiement de trois quinzaines de travail, selon les informations recueillies sur place par l’agence en ligne AlterPresse.

Pour la plupart membres d’associations locales, environ une cinquantaine jeunes ont été engagés conjointement par la direction départementale du Mtptc et des responsables d’organisations de base pour l’entretien du tronçon de route reliant Mirebalais à Thomonde.

Les tâches, confiées à ces jeunes, consistaient à curer les canaux sur le long du tronçon de route, à enlever les mauvaises herbes et à débrancher des arbres qui menaçaient de gêner la circulation.

Plus d’un mois après le lancement des travaux, pas un sou n’a été versé aux ouvrières et ouvriers, indique Enel Joseph, coordonnateur de Mouvman jèn kapab Tomonn (Mouvement des jeunes capables de Thomonde) qui, lui aussi, a fait recruter une dizaine de membres de son organisation pour les travaux d’entretien sur la route nationale # 3.

« Je suis dans l’embarras. Il y a plein de gens qui réclament leurs traitements. Les représentants du pouvoir exécutif semblent vouloir nous rouler dans la farine », se plaint-il..

Dès 5:00 am (9:00 gmt), le samedi 20 octobre 2012, les protestataires ont forcé les chauffeurs de camions à placer leurs véhicules en-travers de la route dans le but d’obstruer la circulation.

Aux environs de 10:00 am, un autobus de la compagnie “Dignité” qui transportait des passagers en direction du Cap-Haïtien, s’est heurté sur le barrage, ainsi dressé à l’entrée de la ville de Thomonde.

Ce qui a déclenché une vive tension.

« Les occupants de l’autobus m’ont giflé, frappé et exigé que je libère la circulation, alors que je viens tout juste de participer a une rencontre au sous-commissariat de la police nationale locale, avec le délégué et le directeur de la police departementale du centre, respectivement Georges Garnier et Frantz Elbe », s’indigne Grégorie Séide comptable à la mairie de Thomode, signalant avoir été maltraité et humilié par les occupants de l’autobus, qui étaient armés de pistolets et de colt 45.

« A bord de l’autobus, il y avait des policiers en civil, tous armés. Quand le directeur Elbe, de la police départementale est arrivé, ils l’ont salué, puis sont partis immédiatement », dit-il.

L’intervention de l’unité départementale de maintien d’ordre (Udmo) de la police nationale d’Haïti (Pnh) a pu faciliter la reprise de la circulation des véhicules, assurant le trajet Hinche/Port-au-Prince.

Aucune arrestation n’a été rapportée.

Les policiers armés, qui se trouvaient à bord de l’autobus “Dignité”, auraient tiré plusieurs coups de feu en l’air, selon les témoignages de riverains.

« Le délégué départemental, Georges Garnier, et certains responsables du ministère des travaux publics cherchent souvent à nous tromper avec de belles paroles. Mais, rien n’a changé », ont déclaré, sur place, à AlterPresse, les ouvriers protestataires qui jurent de continuer leur mouvement de revendications.

Depuis plus d’un mois, ils travaillent sans aucune rémunération, rappellent-ils.

Le mouvement de protestation du samedi 20 octobre 2012 est la 3e manifestation, organisée par les membres d’associations de base de Thomonde, en l’espace de quelques jours, pour exiger, des autorités locales, le paiement de plusieurs quinzaines de jours de travail, dans le cadre des travaux (de réfection de tronçons de routes, au profit des jeunes chômeurs du département) conduits sous les auspices du programme dénommé fonds d’entretien routier (Fer),.

Financés par le Fer, les dits travaux de réfection des routes et de curage de canaux d’évacuation des eaux sont exécutés par le Mptc, en collaboration avec les associations de base.[ro rc apr 22/10/2012 10:00]