HaitiWebdo

Semaine du 9 au 15 septembre 2012

Haïti-Conjoncture : Entre séduction et protestations


lundi 17 septembre 2012

P-au-P, 17 sept. 2012 [AlterPresse] --- Coincé entre l’augmentation du coût de la vie, la problématique des prochaines élections et le changement promis peu palpable, le chef de l’Etat haïtien, Michel Martelly fait la cour aux étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh) d’une part et obtient une majorité présidentielle de députés au parlement, d’autre part.

Entre temps, la grève réussie contre l’insécurité et la politique gouvernementale aux Cayes et la manifestation des organisations populaires au Cap Haïtien pour dénoncer le mode de gestion du pouvoir en place et demander le départ du président Michel Martelly, semblent envoyer un signal de réveil, de frustrations des citoyens et citoyennes haïtiens.

Subvention de moins de 50 gourdes par jour aux étudiants et étudiantes de l’Ueh à la prochaine rentrée universitaire, formation de commission de stabilisation des prix, importation de 300 mille sacs de riz et « un pacte d’agrément » de plus de 60 députés permettront-ils au pouvoir « rose » de prévenir la crise majeure qui avance à grands pas ? A qui profitera la crise ?

La ville des Cayes voit rouge

Révolté par la montée de l’insécurité dans la ville des Cayes (troisième ville du pays à environ 200 km au sud de Port-au-Prince) et la politique du gouvernement Martelly-Lamothe, le secteur privé des affaires de ce fief de Martelly s’est exprimé par la grève du 13 septembre 2012. Une grève réussie.

Les Cayes, ville-fief de Martelly a été l’une des premières à supporter activement son accession au pouvoir par des manifestations violentes de rue.

Le Cap Haïtien avait déjà ouvert le concert anti-tèt kale

Le mercredi 12 septembre 2012, alors que Guyler C. Delva, secrétaire d’Etat à la communication tente de désamorcer le mouvement anti-Martelly au Sud, plus d’une vingtaine d’organisations populaires ont rythmé le macadam au compas de la grogne contre la hausse des prix des produits alimentaires et un conflit terrien dans la commune de Petite Anse (à l’est du Cap Haïtien).

Haïti serait-elle à l’heure d’un réveil citoyen face des à des choix qui suscitent de plus en plus d’inquiétudes par rapport au progrès social et à l’avenir de la démocratie dans le pays ?

Un bracelet rose pour chaque étudiant de l’Ueh

Le chef de l’Etat a rencontré, mercredi 12 septembre 2012, au palais municipal de Delmas, des étudiantes et étudiants – pour la majorité finissants- des universités publiques départementales et des facultés de droit des villes de province de l’Ueh en vue de discuter du fonctionnement de cette institution.

Martelly a annoncé aux étudiantes et étudiants l’octroi d’une subvention journalière de moins de 50 gourdes (49,31 gourdes précisément) à chacun d’eux.

La volonté d’implication de l’exécutif dans la rédaction d’un travail scientifique de fin d’études ne révèle-t-elle pas l’intention de contrôler le savoir et un embrigadement de nos futurs licenciés ?

Comment discuter du fonctionnement d’une institution publique (Ueh) uniquement avec les bénéficiaires (les étudiants et étudiantes) sans même informer les dirigeants (Rectorat et Conseil de l’université) ? N’est-ce pas affaiblir une nouvelle fois la gouvernance universitaire ?

En tout cas, plusieurs étudiants et professeurs parlent déjà d’un nouveau programme de la présidence qu’ils titrent « etidyan pa m poze » (mes étudiants se calment) pour parodier le programme « Katye Pa m poze ».

La retraite au Club Indigo accouche une majorité de députés « tèt kale », « rose style »

Pris dans l’engrenage de la désignation des représentants du pouvoir législatif au Conseil électoral permanent, le chef de l’Etat a pu constituer le 14 septembre un bloc majoritaire de 64 députés comme outil permettant au pouvoir d’aborder les grands problèmes nationaux.

Un « pacte d’agrément » paraphé par les parlementaires a officialisé ce nouveau bloc de députés « tèt kale ». Tholbert Alexis (Croix-des-Bouquets/Thomazeau) en est le leader.

Doit-on comprendre marchandage politique ou volonté d’hommes et de femmes d’Etat d’épargner leur pays d’une crise inutile ?

Des vacances bien méritées pour nos chers députés ?

Avec un bilan de dix séances et trois lois votées, les députés sont partis en vacances le lundi 10 septembre 2012 après l’Assemblée nationale tenue le même jour.

La représentation du parlement au Conseil électoral est l’un des dossiers laissés en suspens.

Sénat et Cour de cassation s’affrontent !

Invités à démissionner par certains sénateurs en raison de leur nomination entachée d’irrégularité à la cour de cassation, les juges Kesner Michel Thermézy et Frantzy Philémon ont rejeté d’un revers de main cette possibilité, le 12 septembre 2012.

Mardi 11 septembre les Sénateurs Jean-Baptiste Bien-Aimé et Steeven I. Benoit ont réclamé la tête de ces juges ainsi que celle d’Anel Alexis Joseph qui a dépassé l’âge de 65 ans prévu par la loi pour être nommé magistrat.

Me Thermézy et Philémon ne figuraient pas sur la liste des 18 noms soumis par le Sénat à la présidence. Le sénateur Youri Latortue, président de la commission justice et sécurité à l’époque s’est chargé de faire figurer les deux noms sur la liste des candidats en remplacement de deux autres qui avaient désistés, reprochent des sénateurs.

Des repris de justice au Palais national et à la Primature, selon le Rnddh

Dans une lettre adressée au nouveau directeur général de la Pnh, Godson Orelus, le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) a attiré l’attention sur la présence de repris de justice, de condamné à perpétuité dans le cadre du procès du massacre de Raboteau dans les cordons de sécurité du président de la république et du premier ministre Laurent Lamothe.

Lors de l’affaire Arnel Belizaire, Martelly avait déclaré que le parlement serait un haut-lieu de refuge de repris de justice.

Le palais national et la primature seraient-ils les nouvelles destinations, les nouveaux oasis des ces condamnés ? Que peut Godson Orelus dans cette situation où l’exécutif tout puissant semble ne pas être innocent ? Un certain Will Dimanche n’a-t-il pas été déjà pointé du doigt par le Rnddh ? N’est-il pas l’actuel responsable de la direction de la police routière ?

Les accidents de la circulation continuent d’endeuiller Haïti !

Le bilan des morts par accidents de la circulation s’est alourdi dans la nuit du 11 au 12 septembre 2012 à Fonds Parisien (section communale de Ganthier / à environ une quarantaine de km à l’est de la capitale) où 12 Haïtiens, dont 9 femmes ont péri au cours d’un accident de camion.

Encore un camion surchargé ! Une campagne de sécurité routière a pourtant été lancée depuis octobre 2011 par les autorités policières. Les chauffeurs en provenance de nos villes de province ont-ils été directement touchés ?

Renouvellement du mandat de la Minustah ? Crime, scandale, selon le Comodevic

Le secrétaire Général de l’Onu a recommandé au conseil de sécurité le renouvellement du mandat de la Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) pour une année, le 31 août 2012.

Ban Ki Moon estime que la Police nationale n’est pas encore suffisamment compétente pour assurer efficacement la sécurité dans le pays.

Cette nouvelle a « offusqué, scandalisé » le collectif de mobilisation pour le dédommagement des victimes du choléra (Comodevic).

Football, littérature …plus réjouissant !

Après 3 victoires en 3 matches et 12 buts marqués contre 2 encaissés, la sélection nationale de football d’Haïti a décroché son billet qualificatif pour le second tour des éliminatoires de la Coupe des nations des Caraïbes.

C’est mardi soir 11 septembre 2012 que les grenadiers ont mis ce petit brin de soleil dans le cœur des haïtiennes et haïtiens en battant Porto-Rico deux buts à un au stade Sylvio Cator à Port-au-Prince.

Deux jours après l’extase provoquée par la qualification sans bavure de la sélection nationale de foot, c’est la littérature qui apporte au pays un autre moment de félicité.

Le prix Charles-Biddle a été décerné au poète, écrivain, essayiste et éditeur d’origine haïtienne, Rodney Saint-Éloi, à Montréal, par le ministère de l’immigration et des communautés culturelles du Québec. [efd apr 17/09/2012 14 :00]