Haïti-Crédit "rose" : Diverses associations de femmes fustigent le pouvoir en place

correspondance Ronel Odatte

Hinche, 12 sept. 2012 [AlterPresse] --- Plusieurs associations de femmes au Plateau central dénoncent vivement l’utilisation de soi-disant programmes à caractère social, par l’administration [du president Joseph Michel] Martelly, à des fins de propagande politique, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

La coordonnatrice de l’organisation des femmes pour le développement de Belladère (Ofdb) dans le bas Plateau central, Marie Yolène Vertilus, pointe du doigt l’épouse du président, Sophia Saint-Rémy Martelly qui, selon elle, a infligé un véritable camouflet aux femmes du département dans le cadre du lancement du programme crédit rose le 6 juillet 2012 à Hinche.

« Une grande majorité de femmes sont privées de ressources financières. Pour l’heure, elles sont incapables de rembourser leurs dettes vis-à-vis des institutions de micro-crédits et leur situation ne cesse de se dégrader », déclare-t-elle.

Plus de 500 femmes, venant de plusieurs communes du Plateau central, ont fait le déplacement pour participer au lancement de "crédit rose".

Malgré les multiples promesses, faites par le premier ministre Laurent Salvador Lamothe, lors de cette visite inaugurale, rien n’indique qu’une lueur de soulagement se profile à l’horizon, indique la principale responsable de l’Ofdb.

L’organisation des femmes pour le développement de Belladère lance un appel a l’aide en faveur des centaines de femmes de Belladère qui, aux abois, ne savent pas quoi faire pour payer les frais scolaires de leurs enfants.

Dans le haut Plateau central, plusieurs femmes, membres de l’association des femmes progressistes de Hinche (Afph), s’interrogent sur le bien fondé de ces dits programmes dits à caractère social.

« Ti manman cheri, Kat woz, kredi woz » n’ont pas atterri, souligne l’Afph.

Le gouvernement devrait de préférence plancher sur la sécurité sociale, au lieu de s’enfoncer dans de petits programmes de protection sociale qui ne profiteront qu’a un petit groupe de gens, suggère l’Afph.

Ghislene Saintfleur, une militante du mouvement paysan de Papaye (Mpp) insiste sur le manque de responsabilité du gouvernement Martelly/Lamothe vis-à-vis des femmes paysannes.

« Nos compatriotes sont privées de tout. Elles n’ont pas accès au logement, ni à la santé, ni au crédit », dit-elle.

« Le programme Kredi woz (crédit rose) n’inspire pas confiance aux femmes du plateau central quant à un éventuel changement de leur situation de misère et de pauvreté », relève Marie Lucie Adolphe, responsable de l’organisation paysanne de Maissade (Opm).

« Les promesses du gouvernement Martelly/Lamothe ne tiennent pas. Les paysannes se plaignent quotidiennement de leur situation lamentable ; elles ne peuvent plus compter sur leurs dirigeants qui, d’ailleurs, n’ont aucun plan réel permettant aux femmes paysannes de jouir pleinement leurs droits fondamentaux ».

Des cerca-la-sourciennes (arrondissement de Cerca-la-Source, haut Plateau central) affirment, elles aussi, être à la recherche d’explications sur le programme "crédit rose".

Anièce Célestin, dirigeante de Fanm an aksyon (Femmes en action) de Cerca-la-source exhorte les autorités port-au-princiennes à réviser leurs leçons s’ils veulent vraiment aider les femmes.

« A quoi cela rime de mettre au service d’un petit groupe, basé à Port-au-Prince, un programme qui devait bénéficier à toutes les femmes nécessiteuses » ?

Le coup d’envoi, à Hinche, du programme « kredi woz pou fanm lakay » a été donné, le vendredi 6 juillet 2012, par le premier ministre haïtien Lamothe, en presence de la titulaire du ministere à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf), Yanick Mezile.

Environ 600 déléguées d’associations et de groupements de femmes, des 12 communes du Plateau central, ont fait le déplacement pour y assister.

Deux mois après (6 juillet-6 septembre 2012), les participantes paraissent au bout de leur patience. [ro kft rc apr 12/09/2012 13:50]