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Radio revue du week-end

Haïti-Droits Humains : Pour un cadre global de gestion publique

P-au-P, 17 juin 2012[AlterPresse] ---Le directeur exécutif du centre d’analyse et de recherche en droits humains, Gédéon Jean, plaide pour la mise en place d’un cadre global de gouvernance dans l’objectif de changer la situation dégradante du pays, lors de sa participation, le dimanche 17 Juin 2012, à l’émission Pi lwen, Pi fon (Plus loin, plus profond), diffusée sur la station de radio privée de la capitale, Vision 2000.

La volonté de changement, affichée par le chef de l’État, ne prend pas en compte un cadre global de gestion publique, critique le directeur exécutif de ce centre, qui intervenait sur le dernier rapport du réseau national de défense des droits humains (Rnddh) publié au cours de la semaine dernière sur les 12 premiers mois de Michel Martelly à la tête du pays (14 mai 2011 - 14 mai 2012).

Le Rnddh relève, dans son rapport, des scandales à répétition, dont des agressions verbales et physiques à l’encontre des membres de la presse, assassinats spectaculaires, l’affaiblissement des institutions publiques sur l’administration de Martelly qui, selon lui, n’a pas tenu ses promesses de changement.

Le bilan de la première année du chef de l’État au pouvoir est un échec, conclut le Rnddh.

Qualifiant de louable la démarche du Rnddh d’évaluer les douze (12) mois du gouvernement de Martelly, Gédéon Jean dit constater que, jusqu’à présent, aucun état des lieux n’est fait en Haïti, par ce dernier, sur le plan social, économique et géopolitico-stratégique.

Cet état des lieux, inclus dans un cadre global de gestion publique, permettrait d’identifier les problèmes du pays en vue de contribuer à son développement, précise Gédéon Jean.

« Les besoins fondamentaux de la population sont-ils identifiés ? Est-ce qu’on peut éradiquer l’extrême pauvreté si la démarche est limitée à ce que les gens obtiennent des emplois non durables ? Est-ce que Haïti peut être un pays émergent en 2030, alors que ses choix stratégiques ne sont pas respectés ? », se questionne, avec scepticisme, sur l’ambition du gouvernement actuel, le directeur exécutif du centre d’analyse et de recherche en droits humains.

La question d’extrême pauvreté doit être résolue dans une perspective liée aux droits humains, recommande Gédéon qui déplore les problèmes d’accès des citoyens à une éducation de qualité, un logement décent et une alimentation insuffisante dans le pays.

Le financement, à environ 70%, du budget de l’État par la coopération internationale, l’absence d’une vision clairement définie en Haïti, l’instabilité politique, sont autant de handicaps au développement du pays, signale t-il.

Pour éradiquer la pauvreté extrême, il propose au gouvernement de prendre en compte le minimum permettant à un être humain de vivre décemment, en appelant, en même temps, au renforcement des institutions étatiques.

En ce sens, Gédéon Jean critique les programmes [palliatifs] qui ne favorisent pas le développement durable du pays, à l’exemple de Kay Pa m Poze, Ti manman chéri (En français : petite maman chérie) ainsi que le fonds national pour l’éducation, initié en dehors de tout cadre institutionnel.

Il croit que le scandale de détournement de fonds, dédiés à l’école gratuite, est dû à ce que ce programme n’entre pas dans un cadre institutionnel étatique.

5 millions de gourdes (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 58.00 gourdes aujourd’hui) du programme d’éducation gratuite ont été détournés par des cadres respectifs du bureau régional du ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp) et de la Banque nationale de crédit (Bnc).

Une vaste opération anti-corruption, conduite à Port-de-Paix (Nord-ouest), le vendredi 8 juin 2012, a débouché sur l’arrestation de trois (3) suspects.

Le principal auteur présumé de ces actes de détournements, le directeur adjoint du bureau régional du ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp), Alcidonis Henry, est actuellement en cavale et est activement recherché par la justice, selon l’unité de lutte contre la corruption (Ulcc).

« Disgouvernance », irresponsabilité de l’État, violation des droits sociaux, sont parmi les différents problèmes du pays, mis en avant par le politologue et directeur de l’école supérieure des sciences politiques appliquées, Gracien Jean, pour critiquer l’administration politique du président Michel Joseph Martelly.

Pour le politologue, il existe un problème de « disgouvernance » dans les mesures et décisions prises par le gouvernement, lequel montre son incapacité à assumer sa responsabilité face à l’apparition des phénomènes.

Ce phénomène de « disgouvernance » s’explique aussi par le fait que les autorités étatiques entrent dans une logique de revendications et de souhaits, à l’instar des citoyens, alors qu’elles sont la pour mener la barque du pays, selon Gracien Jean.

La paupérisation de la classe moyenne, la décomposition accélérée de la paysannerie sont, entre autres, les problèmes cruciaux que traverse le pays, souligne le politologue, qui relève, dans certaines villes de provinces, un désintérêt des paysans pour le travail de la terre au profit de gagne-pain comme chauffeurs de taxi-motos.

Gracien Jean souhaite la mise en place d’un secrétariat d’État à l’économie pour réfléchir sur les réponses à apporter à la logique marchande ainsi qu’à la planification économique qui représente une solution à la paupérisation de la classe moyenne.

« Le rapport [du Rnddh sur la première année au pouvoir de Martelly] vaut ce qu’il vaut », considère le ministre de la justice et de la sécurité publique, Jean Rénel Sanon, qui intervenait à l’émission de débats politiques ’’moman verite’’ (en français : moment vérité), le samedi 16 juin 2012, sur la station de radio privée Signal FM.

« Ce qui est important, c’est qu’il y a la volonté du gouvernement de contrer l’impunité afin de l’éradiquer du système », argue Sanon.

Implémenter un état de droit dans le pays n’est pas un vœu pieu [du gouvernement], réagit Sanon faisant référence au rapport du Rnddh.

Il reconnait, toutefois, que « ce n’est pas, non plus, quelque chose qui peut être réalisé dans un an ou deux ans ».

Le gouvernement est en train de jeter les bases solides pour atteindre cet objectif, fait-il valoir indiquant que celui-ci lutte contre l’impunité « lentement, mais sûrement ».

A cette même émission, l’avocat, Aviol Fleurant a profité pour appeler le gouvernement à prendre au sérieux le rapport du Rnddh, faisant remarquer, toutefois, qu’il est trop tôt pour parler d’échec du chef de l’État.

« Vous avez une [autre] année capitale pour engager le changement véritablement en profondeur dans les structures de l’État », met en garde l’avocat, ajoutant que le peuple haïtien donne généralement deux ans comme moratoire à un gouvernement.

« Ce n’est pas tweeter frénétiquement sur internet pour dire voilà ce qu’on fait, ce n’est pas exposer des photos », ironise Aviol Fleurant qui appelle le gouvernement à poser des actes concrets. [emb kft rc apr 18/06/2012 13 : 40]