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Haïti–Économie/Martelly : Rien de nouveau sous le soleil

P-au-P, 14 mai 2012 [AlterPresse] --- Un an exactement depuis que le président de la République Michel Martelly a été investi 56ème chef d’Etat d’Haïti et lancé son fameux slogan « Haiti is open for business », il semble que la politique économique de son administration n’est restée que pur slogan et continuité des choix de ses prédécesseurs.

Comme dans d’autres domaines, le changement claironné pompeusement par Martelly s’apparente plutôt à la continuité, selon des analystes économiques et des personnalités du monde du travail.

Selon le professeur d’université Eddy Labossière, le « ’Haiti is open for business’ renferme la vision et le choix du président de la République d’ouvrir le pays aux investissements étrangers. » Pourtant le chef de l’État ne créée pas « de cadre incitatif » à l’accueil des capitaux étrangers.

Rien ne semble permettre d’évaluer de manière rationnelle les choix économiques de Martelly, car « Il n’y a pas d’indicateurs macroéconomiques de comportement du gouvernement qui permettraient d’évaluer ce que fait le gouvernement ».

Les politiques publiques en matière de fiscalité et de budget nagent dans le flou et l’amateurisme. En témoignent les recettes sur les appels téléphoniques internationaux et les transferts de fonds qui se font en dehors d’un contrôle du parlement et d’un cadre légal.

Pour Didier Dominique du syndicat Batay Ouvriye (Lutte ouvrière, Bo), Martelly n’a apporté rien de neuf sous le soleil du capital, sauf qu’avec lui, « le projet d’exploitation à outrance des ouvriers haïtiens et ouvrières haïtiennes devient plus clair et plus précis ».

Si le syndicaliste signale que les choix économiques de Martelly se résument à : zones franches, agro-industrie et tourisme.

En ce sens, Martelly, qui durant toute sa campagne avait promis « changement » et rupture avec la continuité, « est en train de poursuivre la politique du président Préval », souligne Labossière.

L’orientation en faveur de la sous-traitance s’étend « depuis le président (Jean Bertrand) Aristide avec la zone franche de Ouanaminthe jusqu’à Martelly avec (la zone franche de) Caracol » estime Dominique, qui précise que Martelly va pousser ce projet à « son sommet sanguinaire le plus élevé ».

Dans sa déclaration de politique générale au parlement haïtien en octobre 2011, Garry Conille avait déclaré : « les besoins d’emplois étant tellement importants aujourd’hui, Haïti ne peut se payer le luxe de rejeter les demandes d’établissement d’entreprises desservant les marchés de masse et exigeant de bas salaires ».

Dès mars 2010, l’État haïtien à travers son plan d’action pour la reconstruction et le développement national (Pardn) avait dit clairement vouloir « favoriser les investissements dans ce secteur [vêtements tissés, tricots, etc.] en soutenant l’installation de parcs industriels et de zones franches ».

Dominique y voit « une position manifestement criminelle contre la classe des travailleurs ».

« On ne peut pas développer un pays à partir de la sous-traitance. Ce n’est pas un secteur qui a une valeur ajoutée. Elle ne peut faire augmenter la production nationale » explique l’économiste Labossière

« Nous avons besoin de véritables moteurs de croissances, des secteurs capables de faire démarrer le pays », estime Labossiere.

Il propose d’« augmenter la production nationale, le produit intérieur brut et d’avoir une croissance économique bien distribuée », si Martelly veut sortir le pays de la pauvreté.

Pour le moment, l’économiste « ne remarque aucun parti-pris pour la production nationale. [En plus] l’agriculture n’est même pas la priorité du gouvernement en termes de vocation budgétaire ».

Le projet de loi de finances 2011-2012, d’un montant de 119.8 milliards de gourdes, n’a accordé qu’environ 7 milliards de gourdes à l’agriculture nationale.

Cela n’étonne pas Didier Dominique, puisque ce qui se passe aujourd’hui est l’aboutissement d’un vaste projet de démantèlement de l’économie haïtienne en vue « d’imposer l’exploitation comme la norme indépassable ».

Le syndicaliste se rappelle « de la destruction du cheptel porcin haïtien avec Jean-Claude Duvalier, du riz national avec Aristide et Préval, sous l’instigation de Bill Clinton ».

Le projet de Martelly de faire d’Haïti une économie de zones franches sera fatale pour « les ouvriers qui ne verront que l’augmentation de l’exploitation outrancière de leur capacité de travail, tandis que la petite bourgeoisie [les classes moyennes] ne verra que fuir son avenir », prévient Dominique.

Dominique ne se laisse pas illusionner par les « mots trompeurs de travail, progrès et développement » utilisés à tort et à travers par Martelly et annonce la mobilisation prochaine de la « classe ouvrière pour un salaire minimum de 500 gourdes ».

Pour sa part, Labossière croit qu’après une année de Martelly au pouvoir, celui-ci et son entourage doivent comprendre que « nous ne pouvons attirer des investissements directs à partir d’un slogan ».

Quant à la croissance de 8% en 2012, annoncée en grande pompe, Labossière préfère en rire.

« C’est une plaisanterie ou quoi ? » se demande-t-il.

Après « colloques, beaux discours et slogans, Haïti n’a pas enregistré plus de 200 millions de dollars américains (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 61.00 gourdes aujourd’hui) d’investissements » , rappelle Labossière. [efd kft gp apr 14/05/2012 15 :30]