Haïti-Environnement : Du séisme à la saison pluvieuse, plusieurs ponts fragilisés (Multimédia)

Par Edner Fils Décime

P-au-P, 19 avril 2012 [AlterPresse] --- La saison pluvieuse 2012, qui vient tout juste de commencer, est venue aggraver les conditions des voies de communication, notamment dans la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Plusieurs ponts de la capitale haïtienne, qui ont subi de grands dommages pendant le tremblement de terre du 12 janvier 2010, menacent de s’effondrer en avril 2012.

Alors que le ministère des travaux publics, transports et communications (Mtptc) a entamé des réparations, les utilisatrices et utilisateurs ne semblent pas satisfaits de l’allure des travaux.

Le pont de Saint Geraud à Port-au-Prince (un peu à la croisée de l’avenue Christophe et la rue Jean Paul II) et celui de Delmas 40B (à une vingtaine de mètres des feux de signalisation) sont particulièrement affectés.

Ouvriers et techniciens du service d’entretien des équipements urbains et ruraux (Seeur) du Mtptc brassent des matériaux et activent des instruments sur ces deux chantiers, sous les yeux vigilants des résidentes / résidents et utilisatrices / utilisateurs de ces ponts.

Grognes, moqueries, injonctions, consignes, se confondent dans les ronflements d’une génératrice ou le bruit assourdissant d’un marteau-piqueur.

Saint Géraud : un pont, mais aussi une zone commerciale

Ce n’est plus le feu rouge ou un panneau indiquant que l’artère Rue Jean Paul II- Carrefour Petit Four est à sens unique, qui empêche une voiture de franchir le pont Saint Géraud.

Mais, plutôt des séparateurs, du sable, de grosses pierres et des fonctionnaires du Mtptc qui bloquent le passage. Un panneau, signé Mtptc, avec écriture noire sur fond rouge, annonce « pont St Géraud fermé à la circulation ».

Cela n’empêche toutefois pas les écolières et écoliers, étudiantes et étudiants et autres passantes / passants voire les motocyclettes (transportant jusqu’à trois personnes) de le traverser et s’arrêter pour observer l’avancement des travaux.

Le pont est en pleine réparation.

Suite aux très fortes pluies qui ont déferlé sur Port-au-Prince, en mars et avril 2012, les décombres d’un immeuble situé à moins de 4 mètres se sont alliés aux eaux de l’affluent Bois-de-Chêne en crue pour saper les bases et un pan de mur-support du pont, selon les témoignages des riveraines et riverains.

Construit sous la dictature des Duvalier, le pont Saint Géraud a été très touché par les secousses du tremblement de terre ravageur du 12 janvier 2010.

Depuis le 3 avril 2012, les travaux de réparation ont démarré. Un ouvrage de soutien en pierres, avec insertion de poteaux de fers, est en construction. Toutefois, certaines riveraines et certains riverains se plaignent de la lenteur des travaux et des arrêts.

« Ces ouvriers travaillent trop lentement. A chaque pluie, une partie des décombres glisse et recouvre l’ouvrage. Ils doivent passer un temps fou à les enlever. Pendant ce temps, les eaux de la ravine continuent à user les bases du pont. Nous avons très peur », confesse une résidente de la zone, qui tient un restaurant de fortune près du pont.

Les travaux ont discontinué depuis le vendredi 13 avril 2012, selon les informations recueillies sur place.

« Les ouvriers nous ont dit qu’ils vont exécuter des travaux à Damien ».

Au fait, l’aire du pont Saint Géraud est transformée en un véritable centre commercial, l’endommagement du pont a des incidences sur les activités.

La partie ouest du pont abrite un cybercafé (d’où il est possible d’appeler à l’étranger), un restaurant, un dépôt de parpaing, des pneus usagés en vente, du bois de chauffage et une braderie de vêtements usagés (pèpè).

Tout ce beau commerce au ras des murs de soutien du pont !

« A cause des problèmes (avec ce pont) et des décombres qui n’ont pas été enlevés, je n’ai plus beaucoup de clientes et clients. Ils ont peur de descendre près de la ravine », regrette Jeanine Joseph, tenant un de ces restaurants appelés communément en créole « akoupi, m chaje w ».

Madame Alex, la marchande de Pèpè voisine du pont dit« trembler à chaque annonce de pluie ».

Vu la lenteur des travaux, elle « craint que le pont s’effondre totalement et paralyse les activités de la zone ».

« Le président passe ici, avec attirail de sirènes et de gyrophares, près du pont (rue Jean Paul II) pour aller chez lui. Alors que, chaque jour, nous frôlons un accident en empruntant le chemin d’accès à notre demeure. Martelly doit penser à notre cas », exige un jeune résident de la zone.

« Victoire du peuple ou victoire contre le peuple », ironise une demoiselle, tout en fuyant les journalistes d’AlterPresse.

De l’est vers l’ouest, toute la rive droite de la ravine - sur laquelle se trouve l’établi du pont - est habitée. Les riveraines et riverains se créent difficilement un passage sur les décombres.

Un parcours risqué, car un simple faux-pas peut les conduire dans le précipice de la ravine !

Le pont de 40B ?

Vieux d’environ une quinzaine d’années (1997), le pont de Delmas 40B porte aussi la marque des dernières pluies.

La partie est de l’ouvrage est grandement affaissée. Là encore, les ouvriers et techniciens du Seeur sont au boulot.

Les techniciens, qui n’ont pas le temps de répondre aux questions des journalistes, se retrouvent sous la pression des riveraines et riverains de Delmas 40 B qui surveillent le chantier.

« Nous ne voulons pas que le pont soit rafistolé. Le travail doit être fait à la base », prévient Maurice Johnny, un habitant de Delmas.

Au fait, l’actuel pont de Delmas 40B repose sur la base d’un ouvrage construit antérieurement.

Un travail de « Patchage », selon une résidente, a été réalisé au lendemain des secousses du tremblement de terre de janvier 2010.

La saison pluvieuse (de mars - avril 2012) a sapé la base, l’ancien pont s’est donc détaché du plus récent.

« En Haïti, malheureusement, nous n’avons pas l’habitude d’entretiens réguliers de ces genres d’ouvrages. Le pont a pas moins de 15 ans. Il faut faire un travail sérieux sur le tablier du pont », propose la professeure d’université Myrtha Gilbert résidant dans la zone depuis au moins 16 ans.

Un motocycliste est plus radical et exige qu’ « il faut refaire totalement le pont ».

Et parlant de vies à préserver, deux poids lourds s’aventurent sur cette route, en dépit du panneau de signalisation routière et celui du Mtptc leur faisant interdiction.

Belle démonstration citoyenne : les motocyclistes et les riveraines et riverains se sont opposés aux chauffeurs qui ont dû rebrousser chemin.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a commencé, la saison pluvieuse de 2012 continue le travail de sape des ponts, la réponse de l’État sera-t-elle à la hauteur des attentes des riverains ?

« On ne peut plus continuer à déplorer des morts, parce que l’État n’assume pas ses responsabilités. Il faut préserver la vie des gens » conclue Myrtha Gilbert [el efd kft rc apr 19/04/2012 8:41].