Quelques conseils au Conseil des Sages

Par Jean-Marie Raymond NOEL, Professeur à l’Université d’Etat d’Haiti

Soumis à AlterPresse le 8 mars 2004

Afin que dans quelques années, voire quelque mois, le terme « sage » ne devienne une insulte, ou le nouveau quolibet à la mode, il importe que le Conseil des Sages fraîchement investi prenne très au sérieux sa mission tout en se gardant de faire le jeu de l’un ou de l’autre.

Dans un pays où certains concepts (pas des moindres !) ont perdu tout leur sens - citons, à titre d’exemples, institution, président, école, prêtre, parti politique, responsable, justice, sénateur, ville, etcÂ… , il serait dommage de venir ajouter à cette liste bien trop longue le mot « sage ».

La tâche confiée à ce Conseil est bien plus importante que celle du Conseil d’Etat qui accompagnait le Président Provisoire Ertha Pascal TROUILLOT, parce que, entre autres choses :

1) les passions sont de loin plus fortes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en mars 1990

2) les acteurs en présence sont actuellement plus nombreux. De quatre en 1990, ils sont passés à une bonne dizaine en 2004 : les partisans zélés de l’ex-Président Aristide, la plateforme démocratique, les autres partis politiques, la police, les militaires démobilisés, les forces armées du Nord, la communauté internationale, l’université, les 15 sénateurs contestés, etcÂ…

3) l’administration publique et les institutions associées (Téléco, APN, TNH, ONA, EDH, etcÂ…) sont totalement vassalisées, méritent de reconstruire une certaine crédibilité auprès des contribuables et / ou usagers

4) un bon départ est indispensable, dans la mise en place du mécanisme devant sortir Haïti de cette situation d’extrême pauvreté, de la « tutelle », et de cette permanence dans l’instabilité politique

5) le Conseil ne doit pas être un Conseil de représentants de secteurs mais bien un Conseil de Sages, immunisé contre tout intérêt de chapelle.

C’est en ma qualité de citoyen soucieux, intrigué, mais qui ose encore rêver d’un avenir moins sombre pour ce pays que je formule ces conseils au Conseil :

Ce qu’il ne faut pas faire

- établir et / ou accepter des contacts intéressés

- s’impliquer dans les choix de fonctionnaires d’administrations publiques et d’entreprises autonomes

- accepter des frais, ou émoluments non formellement établis

- empiéter sur la mission d’autres entités étatiques

- se prendre pour un Conseil de « chefs »

- éviter des prises de position personnelles répétées

Ce qu’il faut faire

- établir des mécanismes de fonctionnement, un code de comportement éthique, et les diffuser

- faire publier dans les médias les termes de la mission du Conseil

- rendre constamment compte

- rester strictement accroché à sa mission

- prendre de la distance par rapport aux intérêts claniques

- savoir écouter

Jean-Marie Raymond NOEL

Pétion-Ville, Haïti, 07 mars 2004