Haïti-Politique/2011 : Apparente normalité

P-au-P., 4 jan. 2012 [AlterPresse] --- Haïti a atteint une apparente normalité institutionnelle à la fin de 2011, une année marquée par un processus électoral tendu qui a amené au pouvoir l’ancien chanteur Michel Martelly, sous la bannière du parti jusque-là inconnu « Repons Peyizan » (Réponse des Paysans).

Le processus électoral présidentiel et législatif a débuté en novembre 2010 et s’est achevé en mars 2011 en raison de problèmes administratifs et, surtout, politiques, qui ont causé des moments de forte tension et de violence.

Après les émeutes qui ont fait au moins un mort et plusieurs blessés, suite à la publication le 7 décembre 2010 de résultats jugés douteux, le processus a été soumis à l’analyse d’experts de l’Organisation des États Américains (OEA), ce qui a conduit au rejet du candidat officiel Jude Celestin (INITE) au second tour, au profit de Martelly.

L’ancien chanteur qui n’a jamais eu une expérience d’État auparavant, a remporté les élections au second tour avec 67,57 % des voix contre 31,74 % à son adversaire, l’ancienne première dame Mirlande Manigat, qui avait remporté le premier tour.

Le niveau de participation aux élections était un peu plus d’un million d’électeurs contre 4,5 millions de personnes en âge de voter.

Les élections ont également contribué à renouveler le tiers du Sénat, composé de 30 membres, et la majorité des 99 sièges de la Chambre des députés.

Martelly a pris ses fonctions le 14 mai, mais il a fallu cinq mois pour former un gouvernement, à cause des difficultés du nouveau président à dégager une majorité au parlement.

En octobre 2011, le parlement a finalement approuvé la nomination du docteur Garry Conille, 45 ans, comme nouveau chef du gouvernement, suite au rejet des candidatures de Daniel Rouzier et de Bernard Gousse.

Conille, qui était un conseiller de l’ancien président américain William Clinton, envoyé spécial de l’ONU en Haïti, a officiellement pris ses fonctions le 18 octobre. Il a promis la « renaissance » du pays et a appelé la population à maintenir « la foi » en l’avenir.

Aristide… Duvalier

A part la question électorale, le débat politique a été marqué par les retours en Haïti de l’ex dictateur Jean-Claude Duvalier et de l’ancien président Jean Bertrand Aristide.

C’est le 18 mars, deux jours avant le second tour des élections, qu’Aristide est revenu d’Afrique du Sud, qui l’avait accueilli quelque temps après le renversement de son régime en février 2004.

Deux mois auparavant, Duvalier a débarqué à Port-au-Prince et a été par la suite conduit devant les tribunaux pour les milliers de crimes commis par son régime ainsi que de nombreux détournements de fonds.

Duvalier fait partie des anciens présidents auxquels Martelly a eu à rendre visite en octobre, sur la base de la « réconciliation », ignorant les pressions nationales et internationales pour créer les conditions du jugement de l’ex tyran.

Engagements importants

En fin d’année, Martelly s’est engagé à renforcer les institutions à la fin d’une réunion entre divers acteurs politiques et représentants de plusieurs secteurs dans le cadre de la sixième mission du Club de Madrid à Port-au-Prince.

Le chef de l’État a promis de publier la Constitution amandée juste avant la fin du mandat de l’ancien président René Préval. Martelly a également annoncé des démarches pour compléter la Cour de Cassation, plus haute cour de justice du pays.

Il a aussi fait savoir que sera mis en œuvre le processus d’organisation des élections pour renouveler un tiers du sénat ainsi que des élections municipales et locales, alors qu’un Conseil Électoral Permanent (CEP) sera établi.

La nouvelle de la dissolution du Conseil Électoral Provisoire (CEP) est tombée le 30 décembre, suivant une note officielle se référant à un arrêté daté de la veille.

Qu’en est-il du « changement » promis lors de la campagne électorale ?

Les plans relatifs au « changement », martelé par Martelly et revendiqué par Conille, n’ont pas commencé à se matérialiser et l’équipe n’a toujours pas rendu public le document officiel de son programme de travail.

Cependant, Martelly a pu gérer la réouverture des classes en octobre, et selon les chiffres officiels, l’administration en place a favorisé l’accès à l’école de 900 000 enfants. Il n’ya pas de précisions définitives sur le nombre de ceux qui ont été à l’école pour la première fois et la part que constitue ceux-là qui ont reçu un soutien matériel, tel que cela se pratique depuis de nombreuses années.

Peu de résultats ont été obtenus sur deux des questions les plus importantes actuellement en Haïti, le logement et la santé.

Le tremblement de terre de janvier a laissé le pays dans une situation critique en matière de logement, et l’épidémie de choléra qui s’est déclenché en octobre 2010 a fortement aggravé la situation sanitaire.

Des parcs publics qui ont été occupés par des personnes déplacées suite au tremblement de terre ont commencé à être libérés. Toutefois, les dernières statistiques estiment à plus de 600 000 le nombre de personnes vivant encore sous les tentes dans plusieurs régions touchées par le séisme, particulièrement Port-au-Prince.

D’autre part, le choléra, qui a connu plusieurs périodes de pic, a causé la mort de près de 7 000 personnes parmi plus d’un demi-million affectées.

Des rapports techniques attribuent la présence de la maladie dans le pays à la décharge d’eaux fécales du contingent népalais de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haïti (MINUSTAH) dans une rivière de Mirabalais (est), où les premiers cas ont été détectés.

Enjeux de taille en 2012

Au plan socio-politique, l’année 2012 sera une année charnière. Des résultats concrets sont certainement attendus en ce qui concerne particulièrement le dossier du logement. On devrait, entre autres, voir aussi dans la réalité comment se matérialisera le plan de création de centaines de milliers d’emplois promis par Martelly.

En ce qui concerne le processus politique, sur le tapis demeurent des questions majeures, comme l’amendement constitutionnel, l’établissement du Conseil Électoral Premanent, la mise en place du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, la réalisation des sénatorielles partielles et le renouvellement des municipalités et autres pouvoirs locaux.

Les citoyens, citoyennes, et leurs organisations, sauront-ils se mobiliser autour de ces enjeux et alerter la population sur les meilleures orientations à suivre en vue de faire avancer le processus démocratique haïtien, alors que persistent des inquiétudes quant à des velléités autoritaires au niveau du pouvoir en place ? [gp apr 04/01/2012 12 :00]