Haïti-Minustah/Viol : Qui devrait avoir honte ?

Par Wooldy Edson Louidor

Bogotá (Colombie), 6 sept. 2011 [AlterPresse] --- La nouvelle du triste et révoltant viol d’un « adolescent » à Port-Salut (Sud d’Haïti), par des casques bleus uruguayens de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), s’est répandue en Amérique du Sud comme une trainée de poudre, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

Les médias sud-américains en parlent comme une « triste nouvelle », dans un style tout à fait sensationnaliste.

La « triste nouvelle » vient et revient dans la presse, plus particulièrement en Colombie. Elle défraie la chronique, que ce soit dans les journaux du matin des stations de radio ou, le soir, dans les émissions d’information des principales chaînes de télévision du pays sud-américain.

« Je me sens vraiment mal », a confié à AlterPresse un ressortissant haïtien, vivant en Colombie.

En fait, par qui le scandale est-il arrivé ? Qui devrait avoir honte de ce scandale « macabre » ?

« Avoir toute honte bue »

On connait, tous, la réponse à ces deux questions, à moins que l’organisation des Nations Unies (Onu) surprenne, une fois de plus, en concluant, comme dans le cas de l’origine de l’épidémie de choléra en Haïti, que « Pas de coupable, pas de responsable, fermez le ban ! ».

Cette attitude équivaudrait à l’expression utilisée en français « avoir toute honte bue ».

Le ministère de la défense en Uruguay a fait un pas dans la bonne direction, en annonçant, le 4 septembre 2011, la décision de démettre de ses fonctions le chef du bataillon uruguayen des casques bleus de l’Onu en Haïti, censé être responsable du comportement des soldats se trouvant sous son commandement.

Et après ?

L’organisme gouvernemental sud-américain va « rapatrier les militaires uruguayens présumés coupables » et « établir s’il y a eu des manquements » dans la conduite de ceux-ci en vue de leur appliquer, au cas où ils sont jugés coupables, « les peines les plus sévères et les plus rigoureuses prévues » par le règlement militaire.

Et puis, c’est tout. Aucune réparation à la victime ! Aucune excuse auprès du peuple haïtien, dont la dignité est souillée !

« Que justice soit rendue à la victime »

Les réactions n’ont pas tardé à fuser de toutes parts.

Le président haïtien Michel Martelly condamne le viol et promet que « ce délit grave ne saurait être toléré ».

Des citoyennes et citoyens de la communauté de Port-Salut ont manifesté pour exiger justice et réparation en faveur de la famille de la victime.

Le réseau national de défense des droits humains (Rnddh) a demandé aux autorités haïtiennes de prendre « toutes les décisions pour que justice soit rendue à la victime » et de mener des enquêtes supplémentaires sur d’autres allégations impliquant des casques bleus uruguayens à Port-Salut.

L’organisation haïtienne de droits humains recommande au conseil de sécurité de l’Onu d’ « inclure, dans les clauses régissant le mandat de la Minustah, des règles de redevabilité relatives à la mission onusienne en Haïti ».

Et après ?

Face à ce délit odieux, il y a beaucoup plus en jeu que simplement de « punir les coupables », de « rendre justice et réparation à la victime et sa famille »…

Le jeune adolescent et sa famille sont victimes de la honte et du déshonneur. Toutes et tous, Haïtiennes et Haïtiens, en tant que peuple, sont également blessés dans leur dignité.

Comment réparer l’irréparable ? La justice « judiciaire » et le droit restent limités. Il faut aller au-delà : vers l’éthique.

Peut-être, le minimum éthique qu’on espère de l’Onu est qu’elle exprime ses « regrets les plus profonds », comme elle vient de le faire dans le cas des allégations d’exploitation et d’abus sexuels commis par des casques bleus déployés en Côte d’Ivoire (Onuci), (Le Monde, 2 septembre 2011).

La question, posée par les deux chercheurs de l’Université de la Méditerranée, revêt toute son importance : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits, même les Haïtiens ? »

Dans le miroir de l’universalité des droits humains que représente l’Onu, les ressortissants Haïtiens sont-ils en train de voir leur honte, leur déshonneur, leur indignité ? Sont-ils en train de voir justement la dégradation de leur propre image ?

Cette image dégradée, est-elle la révélation de l’image réelle qui a été construite d’eux, depuis leur création comme nation ? par les anciens colonisateurs du continent américain ?

Sur ce point, l’histoire reste inchangée tout au cours de plus de cinq siècles.

Changer l’image d’Haïti dans le milieu international est vraiment une tâche qui s’impose à toutes les Haïtiennes et à tous les Haïtiens, plus que jamais à l’heure actuelle, mais cela devrait être plus qu’un slogan de campagne.

Il y va de la dignité des Haïtiennes et Haïtiens, comme personnes humaines et comme peuple : c’est une tâche profondément éthique et historique. [wel rc apr 06/09/2011 11:30]