Le GARR s’inquiète de l’accélération des déplacements internes et externes de la population haïtienne

Note de Presse du GARR

Soumis à AlterPresse le 12 fevrier 2004

Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) s’inquiète vivement de la détérioration actuelle de la situation socio-politique et de la violence meurtrière qui poussent de plus en plus de personnes à fuir leurs domiciles.

Sur l’ensemble du territoire d’Haïti, des déplacements importants de population s’effectuent par terre ou par mer, suite à des actions punitives de groupes armés ou suite à certaines interventions dites de "rétablissement" ou de "maintien" de l’ordre.

Des cas de résidences incendiées, assortis de fusillades, sont recensés à travers plusieurs départements géographiques, particulièrement dans la région Nord du pays. Des familles entières se retrouvent d’un jour à l’autre dans la rue, avec des blessé(e)s sur les bras et forcées de chercher refuge bien loin de leurs demeures pour garder la vie sauve. Des étudiants, en butte à des persécutions violentes, désertent leurs foyers. Des femmes en grossesse avancée sont en fuite et cherchent refuge dans les bois, où elles accouchent dans le plus grand désarroi.

Mis à part les nombreux cas de migration interne, des Haïtiennes et Haïtiens aux abois ont fui, non sans difficulté, dans les localités dominicaines proches de la frontière. Selon le quotidien Listin Diario dans son édition du 11 février 2004, une jeune mère de 21 ans, voulant avec son bébé de 3 mois s’échapper de la violence au Cap-Haïtien, est arrivée après 6 heures du soir au portail frontalier de Dajabon qu’elle a trouvé fermé. Elle s’est vue contrainte d’emprunter le lit de la rivière Massacre à pied, aidée par un militaire dominicain. Cependant, un grand nombre d’Haïtiennes et d’Haïtiens, qui tentent de trouver un abri en territoire dominicain, se voient refuser l’accès au territoire voisin, souligne le quotidien.

La situation de nombreuses victimes se complique par le refus de presque toutes les ambassades en Haïti de répondre à des demandes d’asile politique de plus en plus pressantes. Celles ou ceux, qui se sont adressés à la République Dominicaine, voient leurs demandes traîner. Ainsi, de nombreux candidats réfugiés se retrouvent-ils en attente d’un statut, comme le signalent au GARR des organismes de droits humains établis en République Dominicaine.

Ces migrations douloureuses, enregistrées sur fond de crise politique aiguà« , déstabilisent des familles entières. Des circuits réguliers d’échanges alimentaires et autres sont fortement perturbés, tandis qu’une bonne partie de la population haïtienne déjà fragilisée est en passe de basculer dans la précarité totale.

Face à cette situation d’extrême gravité, le GARR plaide pour le respect des droits fondamentaux de la personne par toutes les parties impliquées dans le conflit politique.

Le GARR réclame la protection des espaces humanitaires, tels les centres hospitaliers du pays, ainsi que le libre accès des organisations humanitaires et de défense des droits humains dans les zones de conflit. Le GARR exhorte les gouvernements étrangers, en particulier ceux de la République Dominicaine et des Etats-Unis d’Amérique, à un accueil des candidats réfugiés conforme à la Convention de Genève et à la cessation de tout rapatriement vers Haïti.

12 fevrier 2004

Colette Lespinasse, Coordonnatrice