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Haïti-Droits humains et reconstruction : Human Rights Watch préconise le respect des droits des femmes déplacées dans les camps

Par Ralph Henry

P-au-P, 30 août 2011 [AlterPresse] --- L’organisme international de défense des droits humains, Human Rights Watch (Hrw) invite le gouvernement haïtien, les donateurs et les organisations non-gouvernementales internationales de santé à travailler au respect des droits des femmes déplacées dans les camps, notamment leur droit à la santé.

« Le gouvernement doit mieux faire pour protéger les femmes et les jeunes filles des violences (dans les camps) et faire en sorte qu’elles aient à la fois l’information nécessaire et l’accès aux soins destinés aux victimes du viol. », déclare Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch.

Il a fait cette déclaration au cours d’une conférence de presse, tenue ce 30 août 2011 dans la capitale haïtienne, en vue de rendre public le rapport de l’organisme titré « tout le monde nous a oubliées ».

Ce document de 90 pages présente surtout les conditions sanitaires des femmes et des jeunes filles, dispersées dans les camps après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Il est le résultat d’une enquête menée dans 15 camps de personnes déplacées avec un échantillon de 100 femmes et jeunes filles, âgées entre 14 et 42 ans.

Ces dernières sont enceintes ou ont donné naissance à des enfants, au cours de leur installation dans les camps après le 12 janvier 2010.

Human Rights Watch insiste pour que l’attention soit portée aux droits humains, comme composante essentielle du plan de la reconstruction d’Haïti.

« Le gouvernement, les donateurs et les Ong devraient travailler de concert pour fournir aux femmes et aux filles, dans les camps, des services [appropriés], la protection et le respect dont elles ont besoin, (tout) en adoptant les dispositions nécessaires pour que cela soit une réalité », ajoute Roth.

« Il faut faire attention aux droits des femmes et des filles, notamment le droit à la santé reproductif et maternel. », précise Roth.

De nombreuses jeunes filles n’ont pas de moyens pour payer les frais de transports et se déplacer, quand elles doivent se rendre aux établissements où l’on donne des soins gratuits, souligne le rapport de Hrw rendu public ce 30 août.

En conséquence, elles sont obligées d’accoucher dans les camps ou dans les rues, toujours selon le document.

Déplorant les cas d’accouchement (des femmes) dans de mauvaises conditions, Human Rights Watch rappelle que les donateurs ont alloué 258 millions de dollars américains (US $ 1.00 = 41.50 gourdes ; 1 euro = 61.00 gourdes aujourd’hui) pour reconstruire les infrastructures sanitaires détruites par le tremblement de terre de janvier 2010.

60 % des hôpitaux, dans des zones touchées par le séisme, ont été endommagés.

Plus d’un an après les dommages du tremblement de terre, « des femmes et des jeunes filles dans les camps continuent d’accoucher sans assistance (médicale) ».

Certaines femmes accomplissent des actes sexuels transactionnels pour recevoir de la nourriture et d’autres formes de sécurité dans les camps, ce sans accès aux moyens de contraception.

Cela accroît les risques de grossesses précoces ou de maladies sexuellement transmissibles, indique le rapport.

« Le droit fondamental d’accès à la santé des femmes est remis en cause » signale Human Rights Watch, tenant compte de la situation sanitaire des femmes déplacées dans les camps, aujourd’hui estimées à 300 000.

Mère de 3 enfants, Dieucile Jean est une déplacée de 28 ans qui assisté à la présentation du rapport de Hrw.

Elle a donné naissance, sans assistance médicale, à un enfant en décembre 2010 dans le camp ‘’Marasa’’, situé au nord-est de Port-au-Prince.

Estimant que tout ira bien, une fois qu’elle aura accès à un travail, elle plaide pour la création d’emplois dans le pays.

Déclarant vouloir laisser le camp ‘’Marasa’’, où elle habite depuis le 16 janvier 2010, Dieucile Jean tient à rappeler que « la population a voté (Martelly au cours des dernières élections présidentielles) en vue d’avoir de meilleures conditions de vie ».

Pour sa part, la militante féministe, la docteure Nicole Magloire considère le problème de droit à la santé des femmes sous l’angle « de droits humains (…) » et ensuite comme un « problème structurel » mis à nu par le tremblement de terre du 12 janvier 2010. [rh rc apr 30/08/2011 16 45]