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Haïti-Agriculture : L’épidémie de choléra pourrait affecter la prochaine campagne agricole dans l’Artibonite, spécialement la production de riz

Risques de décapitalisation des agriculteurs, craignent les organisations paysannes

P-au-P, 27 janv. 2011 [AlterPresse] --- Les producteurs nationaux mettent en garde contre les risques d’une diminution importante de la production agricole et d’une décapitalisation des agriculteurs, notamment dans le département géographique de l’Artibonite (Nord), en raison des répercussions de l’épidémie de choléra sur les activités agricoles en Haïti, selon les données dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse

« Il ne sera pas facile de récupérer les pertes que nous avons enregistrées » au cours des derniers mois, estime Assancio Jacques, principal dirigeant du mouvement revendicatif des paysans de l’Artibonite (Morepla, Nord).

Alors que se prépare la prochaine campagne agricole, qui aura lieu en mars et avril 2011, les agriculteurs nationaux appellent l’État à prendre davantage de responsabilité en les appuyant.

Ce qui demeure, depuis toujours, un leitmotiv, une revendication fondamentale dans le secteur rural en Haïti.

L’Artibonite -deuxième département où a été découverte l’épidémie de choléra après le Plateau Central (Nord-Est) - ,est la zone d’Haïti qui produit le plus de riz, également l’une des premières les plus touchées par l’épidémie de choléra qui s’est étendue à tous les départements, atteignant aujourd’hui près de 4,000 morts.

Le Bas Artibonite, où se cultivent spécialement le riz et les légumes, assure habituellement pour 18 à 20% dans la consommation de riz en Haïti, avec une production de 76,000 à 80,000 tonnes.

La déclaration de l’épidémie de choléra, en octobre 2010, a créé une situation très compliquée : les agriculteurs ont perdu beaucoup d’argent en raison des difficultés d’assurer la récolte, de porter le produit au marché et de trouver des clients dans une ambiance de psychose liée au choléra. explique Jacques.

Grande Saline, Desdunes et Lestère, villes les plus touchées dans l’Artibonite, se trouvaient exactement en pleine période de récolte lorsque l’épidémie a touché les agriculteurs, signale Assancio Jacques.

Des conditions spéciales exigées par les travailleurs agricoles dans l’Artibonite

Dans ce contexte, pendant que les travailleurs infectés sont morts de la maladie, d’autres ont eu peur d’entrer dans les espaces cultivés de riz, dans les lacs alimentés par le fleuve Artibonite, identifié comme un vecteur de l’épidémie.

« Les travailleurs étaient réticents », confie Jacques, ajoutant que ces derniers ont exigé des conditions spéciales, comme la pulvérisation spatiale avec le chlore, avant d’entrer au travail.

« Certains agriculteurs ont dû partager, voire même acheter des ampoules de chlore sur le marché ».

Le choléra a fait augmenter le salaire des travailleurs et les frais d’entreposage

De plus, le prix du travail agricole a augmenté.

Au lieu de payer US $ 1.25 par 240 livres de récolte de riz, ils ont dû payer jusqu’à US $ 1.75$ [US $ 1.00 = 41.00 gourdes ; 1 euro = 57.00 gourdes aujourd’hui].

Une fois le riz récolté, les productrices et producteurs ont fait face à des difficultés de commercialisation, car « les camions ne sont pas arrivés, les commerçants non plus ».

Cette situation a duré plusieurs semaines, et, pour de nombreux producteurs, « nous avons du manger notre riz », souligne Jacques.

Quant à celles et ceux, qui ont pu apporter leur production au grand marché de Pont Sondé (Artibonite), il leur a fallu débourser des sommes, chaque jour, pour pouvoir conserver la marchandise dans les dépôts, parce que les commerçants de Port-au-Prince ne se déplaçaient pas dans l’Artibonite pour acquérir la production de riz.

Ce fut un coup dur pour le secteur, parce que la période de déclenchement de l’épidémie a coïncidé avec celle de dépenses majeures pour la famille à l’occasion de la réouverture des écoles (en octobre 2010, à cause des conséquences du tremblement de terre du 12 janvier de la même année).

Des milliers de dollars de pertes avec le choléra

Les pertes, au niveau du secteur dans la région de l’Artibonite, pourraient être évaluées à 800,000 dollars, croit savoir Assancio Jacques.

« Nous avons été obligés de dénoncer, à travers des émissions, la propagande qui circulait sur la production de riz de l’Artibonite », l’accusant de véhiculer le choléra.

Les problèmes, enregistrés dans la production de riz, affectent 80,000 producteurs de l’Artibonite, 28,000 journaliers, 800,000 commerçants et 400 propriétaires de moulin, selon les statistiques fournies par les organismes de recherche qui appuient les mouvements paysans.

L’impact observé se révèle par une baisse de la consommation du riz local, qui souffrait déjà de l’importation du riz étranger, et par la chute des prix de US $ 2.50 pour 6 livres à US $ 1.50 pour la même quantité.

Des mesures d’incitation à prendre par le gouvernement

Le gouvernement du président René Garcia Préval et du premier ministre Joseph Jean Max Bellerive devrait subventionner le coût des mesures d’incitation, l’accès à l’utilisation des machines agricoles et au crédit, car des individus offrent des prêts jusqu’à 20% par mois, suggère le mouvement revendicatif des paysans de l’Artibonite (Morepla).

Les organisations paysannes dans l’Artibonite critiquent le laxisme du gouvernement qui n’a pris aucune initiative visant à lever les doutes et donner confiance aux consommateurs.

Cependant, un spot de promotion, diffusé depuis plusieurs mois sous les auspices des producteurs de riz et très répandu dans la communauté des radiodiffuseurs commerciaux, invite à « manger abondamment », sans le moindre risque, le riz produit dans l’Artibonite.

A l’échelle d’Haïti, la plateforme nationale des organisations paysannes (Planopa) exprime ses préoccupations par rapport à la complication de la situation agricole, découlant de l’épidémie de choléra.

Taléus Christophe, porte-parole de la Planopa, se plaint du fait que les décès dus au choléra diminuent la force de travail, tandis que les survivants ont peur de travailler dans les secteurs liés aux produits qui sont cultivés dans les lacs.

« Le gouvernement devrait dire ce qu’il va faire pour protéger la production ».

En même temps, les instances institutionnelles doivent agir pour améliorer les conditions du marché en termes d’hygiène et d’assainissement, préconise la plateforme nationale des organisations paysannes en Haïti. [gp kft rc apr 27/01/2011 16:00]

Gotson Pierre, Francesca Theosmy et Ronald Colbert