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Lettre ouverte du Collectif "Non" à la Conférence Episcopale d’Haïti


samedi 10 janvier 2004

Soumis a AlterPresse le 10 janvier 2004

Port-au-Prince, le 6 janvier 2004

Distingués membres de la Conférence épiscopale,

NON, Collectif d’artistes et d’intellectuels pour la défense des libertés vous présente ses meilleurs vœux pour la nouvelle année.

En cette année de son bicentenaire, notre pays connaît une situation difficile. Comme vous l’avez en maintes fois souligné, il a besoin de l’apport de toutes ses institutions pour trouver une solution à la crise actuelle conforme aux intérêts et à la volonté du plus grand nombre, et répondant aux idéaux de paix et de partage prônés par l’ensemble de notre société, y compris la grande majorité de la communauté catholique.

Nous voulons attirer votre attention sur les points suivants :

• Vous avez élaboré une proposition de sortie de crise qui, si elle paraissait fondée sur une volonté de conciliation de votre part, a été rejetée par l’ensemble de la société civile et jugée déphasée par tous, même par les prêtres catholiques et des membres de la conférence. Par ailleurs, la folie meurtrière du pouvoir a, depuis, augmenté. Après le 14 novembre, après le 5 décembre, après la répression sauvage (seringues, gaz, balles, etc) des manifestations pacifiques, après les massacres et les exactions perpétrés contre la population des Gonaïves, qui peut encore, en toute moralité, proposer de faire avec nos bourreaux sans apporter la caution à leurs actes ? Il nous semble, pour l’unité même de la communauté catholique et sa participation au salut de la nation, qu’il est temps que la hiérarchie catholique que vous symbolisez écoute la voix du peuple et de ses ouailles en reconnaissant la caducité de sa proposition.

• D’autant, et c’est là notre deuxième remarque, que des prêtres catholiques, entre autres les pères Sauvagère et Massac, encouragent publiquement la crime en faisant appel à la violence meurtrière, sans la moindre réaction de votre part. La nation attend encore de vous des sanctions administratives ou, au minimum, une condamnation morale.

Vu l’importance de la foi catholique dans le patrimoine culturel haïtien à côté d’autres composantes religieuses, nous en appelons à votre sagesse et à votre clairvoyance pour que d’une voix unie la nation dise non à la dictature et s’engage résolument dans la voie du progrès et de la paix que vous avez toujours prônés.

Au nom de la liberté. Patriotiquement.

Pour le Collectif Non

Syto Cavé

Magali Comeau-Denis

Lyonel Trouillot