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Haïti : Le social pris au piège de la politique et de l’humanitaire

Réflexion

Par Wooldy Edson Louidor

P-au-P., 12 nov. 2010 [AlterPresse] — Trois grands agendas semblent se chevaucher en Haïti dans une âpre lutte : le social, la politique et l’humanitaire. Mais, tout semble indiquer que le social est pris entre la valse électorale de la politique et le règne « assistancialiste » de l’humanitaire.

Quel sort est réservé à la « question sociale » en Haïti ? Par voie de conséquence, quel futur pour les droits humains, pour la citoyenneté et pour le développement en Haïti ?

La valse électorale

La majorité des acteurs politiques nationaux, ainsi que les patrons de la communauté internationale donnent l’impression de défendre à cor et à cris le maintien de la date fixée pour la réalisation des élections présidentielles et législatives, à savoir le 28 novembre, en dépit des inquiétudes accrues à cause de la propagation du choléra et des actes de violence émaillant la campagne électorale.

Pour leur part, les candidats continuent de faire campagne en vue d’obtenir les votes des électeurs à travers les dix départements du pays. Des partis et regroupements politiques, qui dans un premier temps se refusaient à participer aux élections, ont emboîté le pas en inscrivant leurs candidats et/ou en scellant des alliances avec d’autres groupes.

Tout parait indiquer que la menace du choléra ne pourra pas arrêter la valse électorale à laquelle un électorat attristé et en détresse est vivement invité par la communauté internationale, les dirigeants haïtiens et les candidats à remplir leur devoir civique.

Un électorat en détresse

D’autre part, la détresse de la population haïtienne, notamment les 1,3 million de sinistrés et les déplacés des camps, est marquée à feu et à sang par des priorités à caractère fondamentalement social : une meilleure réponse des autorités face au choléra en train de se convertir en pandémie, des logements décents et sécuritaires, des emplois dignes et réels, la satisfaction de leurs besoins primaires tels l’alimentation, l’eau potable, l’hygiène…

Les déplacés ne cessent de manifester, dans les différents médias de Port-au-Prince et dans les rues, leur refus de participer aux prochaines élections, tant qu’ils ne sont pas relogés dans des abris dignes et sûrs. Leurs cris désespérés semblent résonner dans des oreilles de sourds qui ne veulent entendre parler que des discours électoraux et réduire la condition de « citoyen » à celle de simple « électeur ».

Le règne de l’humanitaire

Dans cette logique, la démocratie se limite aux élections et à l’exercice des droits civils et politiques. « Et les droits économiques et sociaux ? » pourrait-on se demander. L’humanitaire semble s’en occuper, à sa manière, comme d’habitude, avec son cortège d’experts et d’institutions (les Organisations Non Gouvernementales et agences internationales).

Les organisations étrangères viennent au chevet d’un État haïtien irresponsable pour le supplanter surtout dans les domaines sociaux et économiques. Le logement, l’éducation, la santé, le service d’hygiène, l’emploi… cessent d’être des droits sociaux et économiques qui devraient être garantis par l’État à travers des politiques publiques cohérentes pour devenir des champs d’intervention des ONG et agences internationales. C’est le règne de l’assistance et de l’assistanat, sur lequel se greffent l’économie et l’organisation sociale.

Les rois de ce règne sont les bienfaiteurs qui semblent en bénéficier beaucoup plus que les sujets qui sont considérés plus comme des assistés (des bénéficiaires) que des citoyens dotés de droits fondamentaux. Les droits humains en général et le social, en particulier, deviennent des orphelins entre le règne de l’humanitaire et celui de la politique.

Jusqu’à quand la vraie démocratie à la fois politique et sociale en Haïti ? Quelle chance de développement pour Haïti ? [wel gp apr 12/11/2010 09 :00]