Haiti : A la source de nos simulacres électoraux

Débat

Par Leslie Péan

Soumis à AlterPresse le 27 septembre 2010

Pour contribuer à éclairer la lanterne des courants pro et anti élections sous l’égide du Conseil Électoral Provisoire (CEP) décrié, un coup d’œil rétrospectif permet d’identifier les conditions dans lesquelles l’opposition arrive à faire échec au masque électoral qui occulte la vérité politique. Ceux qui vont aux élections avec ce CEP pour battre le parti Inite et ceux qui luttent pour boycotter les élections sont dans le même combat. Les positions sont contraires en apparence seulement. Dans les deux cas, il s’agit de démasquer la fourberie du pouvoir et de la communauté internationale. Dans la Critique de la faculté de juger, le philosophe Kant, reconnaissant les limites de la raison humaine, offre une position critique pour un dépassement de ce genre de situations. « Dans la résolution d’une antinomie, dit Kant, il importe seulement que deux propositions qui se contredisent en apparence, ne se contredisent pas en fait et puissent se maintenir l’une à côté de l’autre [...] [1]

Il faut remonter à l’occupation américaine de 1915-1934 pour comprendre la chaîne de malheurs qui s’abat sur Haïti au XXe siècle. Un enchaînement de faits d’une certaine complexité par-delà la simple mise en ordre linéaire et chronologique des événements. En dépit de cette intervention brutale et criminelle, la greffe américaine n’a pas pris sur le corps haïtien. Elle a donné naissance à une créature monstrueuse malgré les médicaments utilisés avant et après la transplantation. Ces médicaments sont multiples. Les plus importants sont la corruption financière de la City Bank, la dissolution du Sénat, les massacres de paysans, l’emprisonnement de journalistes, la promotion d’une classe moyenne collabo, les élections frauduleuses, etc.

N’en déplaise aux historiens aux ordres, l’imposture de la communauté internationale a été combattue par les démocrates haïtiens de l’Union Patriotique qui ont exposé avec passion les crimes, artifices et mystifications de cette occupation. La stratégie nord-américaine depuis lors est de tuer l’agriculture vivrière haïtienne et de faire des Haïtiens de pauvres hères, fournisseurs de main d’œuvre bon marché pour les compagnies américaines en Haïti et dans la Caraïbe. Mais les complications post-opératoires ne cessent de se manifester. L’imposition de dictatures, le recrutement en masse des cerveaux haïtiens pour des cerveaux haïtiens pour l’Afrique baissant le niveau de l’éducation, l’élimination des cochons créoles sont quelques-unes des mesures prises par la communauté internationale pour amplifier nos malheur en augmentant la confusion. Les résultats catastrophiques du système de brigandage organisé mis en place ne se comptent plus. Ce sont les commerces de braceros, de sang, d’organes, de cadavres, de jeunes filles et de jeunes garçons. Le peuple haïtien est condamné à se prosterner devant les motivations pécuniaires d’un système qui fait fonctionner à merveille le dispositif de corruption le plus élaboré que l’humanité ait connu depuis des millénaires.

Les luttes estudiantines de 1929

Le gouvernement américain a été pris de court par le mouvement des étudiants haïtiens dont le comité de grève à Damiens était dirigé par Justin D. Sam. En effet, deux jours après le fameux krach boursier de New York, un autre krach, cette fois social et politique, eut lieu le 31 octobre 1929 en Haïti. À partir d’une simple protestation contre une mesure de diminution des bourses octroyées aux étudiants, prise par Dr Freeman, doyen de l’École d’Agriculture, une grève des étudiants est lancée et fait tâche d’huile. Les comités de grévistes se multiplient à l’École des Sciences Appliquées, à l’École Nationale de Médecine, de Chirurgie Dentaire et de Pharmacie, à l’École Nationale de Droit et à l’École Nationale d’Institutrices. Les grévistes reçoivent également l’appui de tous les lycées et écoles secondaires. Les étudiants manifestent quotidiennement dans les rues de la capitale lançant des slogans contre le Dr Freeman, représentant de l’occupation à l’École d’Agronomie.

Le gouvernement fit marche arrière le 18 novembre 1929 sur les mesures prises par le Dr Freeman, puis procéda à un changement de cabinet ministériel le 25 novembre. Toutefois, la grève continue de prendre de l’ampleur. La classe politique appuie le mouvement des jeunes grévistes. Charles Moravia, du journal Le Temps et les dirigeants de l’Union Patriotique lancent un concours de poésie sur Charlemagne Péralte et sur Sandino. Le jury composé des nationalistes Dantès Bellegarde, Jean Price Mars, Seymour Pradel, Constantin Mayard et Félix Viard donne les résultats le 21 novembre 1929. Le lauréat est Jean Brière, un des dirigeants de la grève de Damiens. Bonjan jarèt pou ti mesie yo.

Manifestations publiques et victoire électorale

Les forces d’occupation prises de panique déclarent la loi martiale le 4 décembre et procèdent au massacre des paysans à Marchaterre le 6 décembre 1929. Les manifestations reprennent de plus belle. Le 11 décembre, plus de 2,000 étudiants gagnent les rues de la capitale pour protester contre l’occupation. Devant ce leve kanpe national, le gouvernement américain envoie la Commission Forbes le 25 février 1930 et est obligé, pour calmer la situation, d’annoncer la suppression de la loi martiale et l’organisation d’élections qui conduiront à la reconquête de la souveraineté nationale.

La grève de l’École d’Agriculture de Damiens de Novembre 1929 a donc été le catalyseur de la victoire des nationalistes aux élections de Novembre 1930. Les manifestations publiques contre l’occupation ont créé les conditions de possibilité de la victoire électorale de l’opposition. La campagne électorale a été conduite avec pour objectif le rejet de l’Accord de 1917 qui prolongeait l’occupation américaine pour dix ans. La société a pris acte de la grève de 1929 et l’a inscrit dans l’engrenage d’une dynamique vitale qui a vaincu les fusils des marines de l’occupation. Mais les brigands veillaient et vont modeler la victoire électorale de novembre 1930 à leur convenance en tirant les nationalistes de leur sommet vers le bas.

La prise du pouvoir par les brigands

Les brigands qui prennent le pouvoir politique avec Sténio Vincent perfectionnent la règle non-écrite de l’abêtissement systématique des Haïtiens avec l’assentiment de la communauté internationale. La preuve la plus éclatante est fournie par les élections législatives frauduleuses du 10 janvier 1932 organisées sous les baïonnettes des marines américains. Les espoirs d’un possible renouveau sont vite démentis. Les brigands exécutent avec doigté la politique d’exclusion de tous les députés qui avaient la personnalité et la capacité pour s’opposer au président Vincent. Le simulacre électoral est le dispositif politique d’exclusion mis en place pour éliminer tous les députés de qualité. L’horlogerie mécanique et précise installée sur le terrain politique en Haïti par l’occupation américaine ne concerne pas uniquement l’armée. Cette horlogerie habile assure la production et la reproduction d’un despotisme ouvert ou feutré en éliminant toutes les personnalités qui refusent toute soumission à la machine installée par l’occupant. Sont visés autant les paysans cacos qui meurent les armes à la main que les intellectuels. Pour les Américains, il fallait tout reprendre à zéro en cassant la machine de cette élite de niggers speaking french (nègres parlant français), pour utiliser l’expression de William Jennings Bryan, secrétaire d’État américain, en apprenant par John H. Allen, le directeur de la banque nationale d’Haïti, que la langue officielle alors était le français. [2]

Le prolongement de la politique de l’occupation américaine dans la vie parlementaire prendra un nouveau visage à partir de l’élection de Sténio Vincent à la présidence en novembre 1930. Ce dernier va sacrifier la dimension critique du parlement en mettant en avant l’éthique politique des forces d’occupation. C’était la traduction de la vision des forces racistes de l’occupation américaine pour lesquelles il n’était pas question d’envisager aucune transcendance avec des Nègres, qu’ils parlent français ou non. D’ailleurs, pour les Blancs racistes, c’était un non-sens d’avoir en face d’eux des sénateurs nègres en 1915, pouvant évoquer les interrogations de Socrate et de Platon sur le bonheur ou encore celles d’Aristote sur le droit et l’économie ou sur la finalité du savoir.

Un enterrement de première classe

Pour les Blancs racistes, les Nègres sont des ignorants destinés à faire les travaux des bêtes de somme. Qu’on se rappelle les thèses défendues par les philosophes David Hume et Hegel. Le premier dit « je suspecte les Nègres, et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion… Il n’y a chez eux ni engin manufacturé, ni art, ni science. Sans faire mention de nos colonies, il y a des Nègres esclaves dispersés à travers l’Europe ; on n’a jamais découvert chez eux le moindre signe d’intelligence [3]. » Pour le second, « Le Nègre représente l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline [4]. » La philosophie raciste qui informe la politique des puissances de la communauté internationale n’a pas beaucoup changé depuis.

En face de cette pensée raciste qui n’a pas raison mais qui gagne, le président Sténio Vincent, tout déchiré qu’il soit de voir l’état misérable de la condition haïtienne tel qu’il l’exprime dans ses discours réunis dans les tomes de son ouvrage En posant les jalons, choisit de rejeter la raison et le droit et d’endosser l’arbitraire du plus fort tout en refusant de penser. Dans les premiers jours de 1931, il procède à la dissolution de l’Union Patriotique [5], la plus grande organisation de patriotes haïtiens, créée par Georges Sylvain en 1920 [6] et qui se fit remarquer par les nombreuses manifestations, protestations incluant son fameux Mémoire présenté au Département d’État et au Sénat américain le 7 mai 1921. [7] Sténio Vincent, accompagné de Pauléus Sannon et de Perceval Thoby, était membre de cette délégation patriotique dont le Mémoire documentait les crimes commis par l’occupant américain. Il a vu comment les forces d’occupation américaine ont empêché que ce Mémoire soit distribué ou discuté en Haïti. On comprend donc que Roger Gaillard n’en parle pas et que le Mémoire soit ignoré dans les manuels d’histoire en Haïti [8].

Sténio Vincent a donc appris de l’occupant américain les techniques de manipulation de l’opinion. Un apprentissage des moyens pour faire illusion. Il n’est pas retourné en Haïti au même moment que ses confrères Pauléus Sannon et Perceval Thoby en Mai 1921. La recherche n’a pas encore déterminé à quelles fins il est resté quelques jours de plus à la capitale américaine. Toutefois, une fois au pouvoir en novembre 1930, Vincent donne un enterrement de première classe à l’Union Patriotique. Au gouvernail, il se préoccupe essentiellement de consolider son pouvoir en faisant les alliances nécessaires. Aussi donne-t-il le bras au courant des Griots qui propose le culturalisme africain de la divination et du mysticisme comme solution aux problèmes haïtiens.

Les normes de l’occupation

Parallèlement, au carrefour des discussions sur la désoccupation avec les parlementaires nationalistes, le président Vincent s’oppose à leurs vues. Ces derniers affichent leur volonté de mettre fin immédiatement à l’occupation américaine. Devant l’attitude du gouvernement de Vincent à ne pas exiger la fin de l’occupation et l’annulation de la Convention de 1915, les députés et sénateurs nationalistes convoquent les membres du gouvernement. Anticipant le vote de non-confiance qui leur est réservé, le cabinet ministériel démissionne en bloc le 11 mai 1931. La Chambre des Députés vote à l’unanimité la résolution Descartes Albert dénonçant le traité de 1915 ainsi que l’Acte Additionnel de 1917. L’enchaînement se fait aussitôt du côté du Sénat qui vote à l’unanimité la résolution David Jeannot-Hector Paultre appuyant la résolution de la Chambre des députés. [9] Cinglante défaite pour le président Vincent qui décide de se venger des parlementaires par le simulacre électoral du 10 janvier 1932 en s’appuyant sur les baïonnettes américaines.

Pour régler le différend qui oppose le pouvoir exécutif aux parlementaires nationalistes, les normes de l’occupation américaine sont évoquées. Le président Vincent applique les standards qu’il a hérités de l’occupant américain quand il était Secrétaire d’État des Travaux Publics, puis de l’Intérieur, sous le gouvernement de Sudre Dartiguenave en 1916 et 1917. Des standards de fausse transparence qui consacrent l’arbitraire du brigandage. Vincent a vu comment les Américains ont aboli le Sénat en avril 1916 et établi un Conseil d’État. Il applique donc le dressage de l’occupant à tous les Haïtiens afin qu’ils ne puissent fonctionner comme des êtres humains et soient obligés d’accepter la soumission et l’exclusion. Vincent met donc en valeur le fond de commerce de ce dressage pour enlever aux Haïtiens la capacité de se révolter et de se battre contre les injustices. C’est là qu’il faut chercher l’essence de la politique traditionnelle et pas seulement dans les casernes. De toute façon, le brigandage s’installe dans l’armée avec le refus du respect de la hiérarchie. Les nominations sont faites à des postes pour lesquels les responsables ont des grades inférieurs. Faire émerger le conservatisme des classes moyennes pour s’opposer à une bourgeoisie européocentrique est la tâche qui sera confiée au Vincentisme. Il fera si bien que le fascisme duvaliérien trouvera dans la doctrine ethnologique développée sous le gouvernement de Vincent l’essence de sa propre justification et de celle de son terrorisme totalitaire à la sauce du sous-développement ambiant avec le culte du Duce, du Führer, la cagoule, le mysticisme, le parti unique, la mystique de la race, l’embrigadement de la jeunesse estudiantine dans les tontons macoutes.

Le président Vincent donnera à la médiocrité des ressorts dans l’État en procurant aux brigands les moyens de leur politique, c’est-à-dire la mystification des citoyens et la marginalisation d’Haïti. Les rouages électoraux sont le cœur du brigandage pour maintenir la population en état de rêverie avec les procédés (corruption, crimes, ignorance, coup d’État). Ce point de vue s’inscrit dans l’analyse que nous avons faite des élections législatives et communales frauduleuses du 10 janvier 1932 [10].

Nous avons dit :

« Comme l’explique avec force détails le journal Le Peuple de la capitale, "le jour des élections, la corruption fit son oeuvre macabre [11] ". Ainsi l’armée, avec la complicité de l’occupant américain, procéda à l’incarcération des candidats de l’opposition et/ou de leurs partisans influents, à la falsification des registres et à l’inscription en masse d’électeurs fantômes, consacrant la défaite du très populaire nationaliste Joseph Jolibois qui avait été arrêté et gardé 60 jours en prison. De nombreux autres candidats nationalistes dont Edgar Nérée Numa aux Cayes, Juvigny Vaugues au Cap-Haïtien, Horace Bellerive au Trou du Nord, Lys Latortue aux Gonaives, eurent le même sort. La participation des soldats américains à cette opération de corruption électorale fut significative, spécialement à Port-au-Prince où des partisans du candidat indépendant Henri Gardère et du candidat à la magistrature communale Georges Petit "furent dispersés à coups de matraques par des gardes commandés par des officiers nord-américains, d’ordre du Président de la République [12] ". » [13]

Les embuscades des bandits sur les chemins de la pensée

En s’assurant que son frère Nemours Vincent, un illustre inconnu, soit élu député de la capitale en battant le très populaire nationaliste Joseph Jolibois le 10 janvier 1932, le président Vincent affiche sa capacité de structurer le brigandage. L’ubiquité de la fraude électorale lors de ces élections législatives de 1932 est effarante et d’une exceptionnelle gravité. Les nationalistes s’étranglent d’indignation mais cette fraude massive ne peut provoquer la révolte chez eux car les marines veillent avec leurs baïonnettes pour s’assurer que la situation ne devienne incontrôlable. L’intelligentsia du brigandage continuera de s’affirmer avec l’immense forfaiture de Sténio Vincent dans la Constitution de 1935 qui dépouille légalement les pouvoirs législatif et judiciaire de leur autorité en mettant fin à la séparation des pouvoirs.

L’absolutisme présidentiel est institué officiellement. Le président de la République décide quand les élections législatives ont lieu. Il peut dissoudre les Chambres quand il veut et reculer de trois mois les élections, comme bon lui semble. Les brigands ne s’occupent pas uniquement d’agresser les passants sur les sentiers et les chemins vicinaux. Comme le dit le poète polonais Stanislaw Jerzy Lec : « Même sur les chemins de la pensée, des bandits se tiennent en embuscade [14]. » Ils ont fait tant et si bien que l’agression de l’Autre est devenue la banalité du quotidien. C’est le règne du maléfice et de l’insignifiance. Et tout le monde doit se prosterner devant le président.
À moins d’une mobilisation de type révolutionnaire, les élections sont des mascarades dont les résultats sont décidés d’avance. The Economist, la bible du capitalisme libéral, affirme « Vaut mieux de mauvaises élections que pas d’élections du tout [15] ». Les gouvernants organisent le vote censitaire sous de nouvelles formes. Seuls ceux qui ont de l’argent peuvent élire les gouvernants. Les élections dans le sous-développement - financées par les bailleurs de fonds - prennent la forme que veulent ces derniers. N’a-t-on pas vu un coup d’État électoral en préparation aux Etats-Unis d’Amérique en janvier 2010 quand la Cour suprême a décidé par un vote de 5 contre 4 de déplafonner les financements que les entreprises peuvent mettre dans les campagnes électorales ? En donnant aux personnes morales (les entreprises) les mêmes droits que les personnes physiques, la Corporate America se donne les moyens pour ne plus avoir de mauvaises surprises comme celle de Barack Obama dans l’avenir. Les protestations de ce dernier contre cette mesure sont restées lettre morte [16]. Le président Obama avait pu financer sa campagne présidentielle de 2008 avec 700 millions de dollars, dont 500 millions provenaient de petites donations d’une moyenne de 80 dollars, reçues par l’internet.

La dénaturation des faits historiques

C’est donc une politique électorale d’hébétude que les Américains encouragent en soutenant des brigands qui sèment la veulerie, l’imbécillité, le mensonge, bref la médiocrité. La révocation des onze sénateurs nationalistes par le président Vincent en 1935 et sa réélection frauduleuse en 1936 continuent les pratiques d’enlisement. Les brigands ont le courage de poursuivre le combat engagé et l’inscrire dans la durée. À la politique mulâtriste des années de l’occupation dont le gouvernement Lescot sera la continuation, succède la politique noiriste des coupeurs de tête. Qu’on se rappelle les grands assassinats politiques (Fédé Noël, Max Hudicourt, [17] Jean Rémy et la justice populaire expéditive qui a conduit à l’assassinat de Gérard Viau) ainsi que les grands scandales financiers (Badeco, Habanex, Belladères, Bicentenaire) qui ont marqué le gouvernement de Dumarsais Estimé.

Avec une pensée molle, les brigands refusent de lâcher prise et sont d’une obstination sans précédent dans l’installation de leur monumentale machine à tromper, à endormir. François Duvalier, Lorimer Denis et toute une école de pensée réécrivent l’histoire d’Haïti. La racialisation des rapports sociaux est mise en avant par les populistes noiristes pour conquérir le pouvoir et le garder éternellement. Les brigands établissent une machine à blesser et à tuer. Une machine à nier tout ce qui peut empêcher la continuation d’une époque véreuse : la corruption financière à grande échelle avec les travaux publics, la mort de l’industrie de la figue-banane, le scandale des magouilles du financement du Bicentenaire, plus tard, la dilapidation des fonds dans la construction de Péligre.

Parfois, les brigands utilisent des coups d’État comme on frappe les corps avec des coups de poing ou de bâton. Ils éreintent les esprits en martelant des sottises grandiloquentes. Nombre de faits historiques sont dénaturés. L’histoire est reconstruite pour satisfaire le besoin de pouvoir des brigands. C’est le cas avec la présentation de l’assassinat de Dessalines, les luttes de l’opposition libérale contre Boyer aboutissant à la révolution de 1843, la manipulation par Salomon jeune des luttes des Piquets de Jean-Jacques Acaau revendiquant la terre pour les paysans en 1844, la prise du pouvoir par Salomon Jeune en 1879 à travers le coup d’État du général Richelieu Duperval, l’intronisation d’Antoine Simon par les affairistes pour bloquer l’accession d’Anténor Firmin à la présidence en 1908. En inventant ce mécanisme froid du colorisme (noirisme/mulatrisme), la mise à mort anonyme d’une population s’effectue dans la tranquillité avec l’enseignement de supercheries, la diffusion de l’ignorance, et l’organisation de fausses élections.