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Haiti/200 ans : Ni Découragement, Ni Fausse Honte

Prise de position et proposition du Collectif Idantité et Liberté (KSIL)

Soumis à AlterPresse le 25 décembre 03

Il ne serait pas intelligent d’ajouter à nos fautes et errements, le découragement et l’auto flagellation. Prendre acte de son échec ce n’est pas pour baisser les bras. Le véritable effort héroïque consiste à pouvoir relever la tête et regarder dans l’autre direction quand le chemin parcouru s’est révélé une impasse. La lumière espère toujours cet ultime sursaut pour se déclarer. L’erreur est encore du domaine de l’homme. C’est la persistance dans l’erreur qui est un attribut du diable.

Deux cents ans d’histoire pour un peuple c’est relativement peu !

Nous sommes somme toute un jeune peuple !
Deux cents ans pour que de masses esclaves asservies aliénées pendant 3 siècles par des puissances conquérantes se libèrent véritablement à peine sorties de leur chaîne, c’est peu !

Deux cents ans pour que ces hordes déshumanisées, déchaînées, se mettent en nation à la hauteur de ce mandat historique de construction d’une civilisation afro caribéenne en Amérique ; c’est relativement peu !

Il nous faut aujourd’hui assumer que le processus de libération et de construction nationale enclenché en 1791 dérivé à travers les péripéties de 1801-1804 n’a pas abouti. Avant même le Pont rouge, les acrobaties stratégiques et tactiques de Louverture qui ont abouti au fort de Joux, l’assassinat le 17 mai 1803 des principaux chefs marrons bossales par les généraux créoles à épaulettes sont les signes évidents d’une dérivation loin de la voie de notre mission historique.

En ce bicentenaire de la geste somme toute héroïque de 1803 où nous parlons avec une certaine justesse de réparation il nous faut au préalable assumer notre part de responsabilité historique dans les malheurs qui nous assaillent. Réparation est du avant tout de notre part à l’indien et au nègre bossale qui ont été sacrifiés sur l’autel d’un choix d’assimilation et d’intégration au monde des conquérants blancs, nos sempiternels bourreaux.

L’achat de notre indépendance du colonisateur s’inscrit dans cette perspective de course à la reconnaissance et du refus de s’assumer qui nous a conduit à la dérive. Dérive qui mène irrémédiablement à l’abîme si nous persistons dans ce refus.

Deux cents ans à persister dans la même mauvaise direction c’est beaucoup.

Cependant, l’état de délabrement du pays, la débâcle généralisée à laquelle nous assistons portent les plus optimistes à perdre espoir dans notre capacité à reprendre le flambeau de manifestation d’une alternative civilisationnelle afro caribéenne parce que deux cents ans hors de la voie c’est beaucoup.

Deux cents ans à la recherche d’une impossible assimilation c’est beaucoup.

Deux cents ans de gaspillage, de brigandage, c’est trop !

Deux cents ans de trahison de la cause nationale, c’est trop !

Ayitiens Libérés

"Vous êtes libérés. A votre tête marche Celui qui ouvre les chemins. Vous forcez un passage et vous sortez. C’est le Seigneur qui vous conduit" Mi.2.13

"Le vent de l’histoire qui se lève nous emporte hors des schémas connus, dans la grande aventure inconnueÂ….Nous sommes dans l’ambivalence profonde d’une ère agonique et nouvelle où tous les symptômes de mort peuvent être en même temps des symptômes de vie."

Plus que jamais, l’importance d’une nation ne se mesure pas en km² ou en PIB, mais à la place qu’elle occupe dans l’esprit des hommes, à son apport à l’éclosion du nouveau type humain. L’humanité à moins besoin aujourd’hui de science et de technique que d’une conscience autre. Et c’est pour cela, uniquement, qu’elle nous interpelle, nous Ayitiens, en ce début de millénaire.

Voilà ce qui fait notre force ! Voilà ce que l’humanité attends de nous ! Voilà pourquoi Ayiti est projetée à la face du monde en ce début de millénaire ! Voilà pourquoi il nous faut rester fidèles à nous-mêmes.

Il nous faut aujourd’hui comprendre et assumer qu’Ayiti est une impossibilité de développement dans le cadre de la logique, de la vision du monde et du mode de vie de l’Occident. Et il n’est pas mauvais qu’il en soit ainsi. Parce que nous sommes irrémédiablement inscrit dans la perspective d’une alternative civilisationnelle, d’une autre manière d’être au monde.

Le chemin est libéré, la terre est nouvelle, rentrons purifiés dans le cycle nouveau.

Tout Ayisyen Alawonnbadè Leve Kanpe

Se Jou a ki Rive

Novembre-Décembre 2003 :

Le peuple Ayitien dans son ensemble est en train de s’engager de manière irréversible dans la dynamique de récupération de sa souveraineté pour manifester à l’humanité cette alternative civilisationnelle tant attendue.

2004 :

Le peuple Ayitien uni mobilisé de manière ininterrompue proclame 2004 année du Congrès de (Re)Fondation Nationale (woumble nasyonal) : un autre Bwa Kay Imam à la dimension de ce Nouveau Temps. Mobilisation "San Pran Souf" ! dans la Paix, l’Harmonie, l’Unité retrouvée.

Toutes les avant-gardes conscientes, éclairées de l’humanité sont convoquées pour participer, contribuer par leurs apports respectifs à cette grande messe de renouveau .à€ partir de la terre sacrée d’AyitiKiskeya une lumière nouvelle s’étend sur le monde avec ce Congrès de (Re)Fondation Nationale (woumble nasyonal). C’est le début du troisième millénaire. Le 21ème siècle commence en 2004 comme annoncé, ici même. En divers points du globe le phénomène se répand. Des signes (in)attendus d’une nouvelle naissance se manifestent.

Le Congrès : Définition

Ce Congrès de (Re)Fondation Nationale (woumble nasyonal) c’est le pays en réflexion sur lui-même, en mouvement vers lui-même, en manifestation de lui-même. C’est la nation méditant profondément son réveil.

Ce n’est pas non plus un lieu de débats publics interminables, déversoir de rancoeurs, rancunes et frustrations ou une sorte de formule galvaudée d’arbre à palabres à la recherche de faux consensus unanimiste. Espace d’échange et de partage ouvert et pluriel mais centré sur des véritables préoccupations d’un peuple qui se (re)découvre porteur d’espérance parce que conscient et prêt à assumer son identité propre.

Il ne s’agit pas de modalités de sortie de crise électorale ou de replâtrage d’institutions non fonctionnelles, obsolètes, frappées de désuétude, non plus de forum d’acteurs politiques aux intérêts partisans irréductibles parce que trop semblables. Pour nous, Ayisyens, nous referons plutôt à un véritable Congrès de (Re)Fondation Nationale (woumble nasyonal), pour (re)appréhender notre projet historique et nous (re)situer dans la trajectoire de notre mission historique dans la Caraïbe.

Il sollicite ceux-celles qui ont cette idée de l’Ayisyen, d’Ayiti comme apport spécifique à une humanité à construire unie dans l’épanouissement des diversités. C’est un nouveau Bwa KayImam à la hauteur du temps où seront (re)définis, assumés les facteurs socio culturels, religieux, linguistiques, économiques, etc. d’intégration nationale et de manifestation de notre manière spécifique d’être au monde afro caribéen. Ce Congrès devra nous permettre de dire qui nous sommes pour pouvoir comprendre comment nous devons être ensemble. Le "qui" est essentiel dans sa dynamique.

Le "comment" est divers dans ses modalités. Ceux qui prônent l’idée de contrat social pourront trouver dans ce Congrès le cadre de démonstration de son adaptation à notre mission historique.

Le Congrès de (Re)Fondation Nationale (woumble nasyonal) est une entité souveraine, légitime qui permet de gérer la conjoncture en faisant de la question fondamentale de construction nationale la priorité permanente.

Le Congrès de (Re)Fondation Nationale (woumble nasyonal) apportera une légitimité provisoire aux institutions en faillite qu’il remet en question pendant qu’il indique les modalités de leur adaptation aux nouvelles exigences de construction nationale.

C’est une démarche très simple, comme il en est généralement de ce qui est juste, clair et correct, correspondant et répondant à une double problématique :

1) mobiliser l’ensemble de la société dans une dynamique participative de réflexion, de structuration et d’institutionnalisation de la démarche de (re)fondation nationale.

2) gérer la conjoncture à partir d’une entité souveraine et légitime qui insuffle un souffle de légitimité provisoire aux institutions en faillite.

En ce sens, parallèlement au Congrès fonctionnera un gouvernement d’ouverture jouissant de la confiance des nombreux acteurs sociaux chargés d’exécuter un programme minimum de sauvetage national.

La mise en place de ce nouveau gouvernement est indispensable et doit se faire parallèlement à la convocation du Congrès. Elle s’inscrit dans la nécessité d’assainir le climat socio politique et d’établir la confiance dans le processus enclenché.

Les Différentes Etapes

 Le Conseil exécutif national de transition qui met définitivement fin à l’entité présidentielle personnalisée, déclare publiquement son intention de convoquer le Congrès de (Re)Fondation Nationale.

 Il donne mandat à un comité national formé de personnalités crédibles pour entreprendre les démarches préparatoire à la réalisation du Congrès.

 Les structures et les mécanismes du Congrès sont mis en place, sa mission est définie et son mandat est fixé.

 Le Conseil exécutif national de transition approuve les membres du Congrès, reconnaît leur légitimité et l’autorité dont ils sont investis.

 Le Congrès est convoqué.

Modalités de Choix des Membres du Congrès

Le Congrès est composé de 101 membres des deux sexes. Ce chiffre « 101 » reprend un certain symbolisme très significatif pour marquer l’orientation du Congrès.

Deux modalités de choix :

1) sur le mode de désignation du CEP : neuf (9) membres sont choisis par département.

2) pour compléter le nombre de 101, les autres membres sont choisis sur base de leur compétence, leur honnêteté, leur engagement reconnus en faveur de la cause nationale. Ils sont proposés par les institutions féminines et autres secteurs non impliqués dans la désignation des autres membres.

Fonctionnement

Le Congrès est souverain, légitime et légal. Il fonctionne en toute indépendance. Il se prononce en dernier ressort souverainement sur tout sujet d’intérêt national. Il n’empiète cependant pas sur les prérogatives du Conseil exécutif national légalement établi et/sur les accords issus de négociations ouvertes et transparentes.

Les structures régionales du Congrès pallient à l’absence ou au disfonctionnement des institutions locales tout en promouvant l’émergence d’institutions nouvelles prévues par la constitution ou redéfinies dans le cadre du Congrès.

Le Congrès accompagne le gouvernement dans l’avancement des grands dossiers de la vie nationale en matière d’environnement, de sécurité, de justice, dans un esprit de réconciliation nationale, de réparation et de réhabilitation.