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Haiti - Elections : " Nous refusons de nous enfermer dans ce jeu de sélection ", déclare la CONAP


jeudi 19 janvier 2006

Appel à la mobilisation citoyenne et à la solidarité en faveur de la construction nationale

Par la Coordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes

Soumis à AlterPresse le 19 janvier 2005

Malgré tous les pièges qui se présentent devant nous, le désespoir n’est pas de mise
Réaffirmons notre engagement en faveur de la construction démocratique !!

Une fois de plus la Coordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes assume ses responsabilités citoyennes en se présentant devant la Nation pour affirmer sa détermination à s’engager en faveur de la construction démocratique malgré les difficultés que comporte la conjoncture. En ce début d’année 2006, l’ensemble des citoyennes et citoyens se retrouve encore confronté à un certain nombre d’interrogations relatives à l’avenir immédiat. Beaucoup d’interrogations demeurent sans réponse et nous renvoient à notre capacité collective de franchir cette étape combien importante vers la construction d’une société respectueuse des droits citoyens de toutes et tous.

La conjoncture demeure grandement marquée par la question électorale et surtout par des doutes sur la capacité des institutions étatiques à conduire le processus à bon port et notamment à garantir les conditions d’une véritable participation citoyenne garante de la « crédibilité et de la légitimité » du processus. Cette question est d’autant plus préoccupante que la dernière crise politique a été initiée par la contestation des élections de l’année 2000. Elections qui ont permis l’accaparement de tous les espaces de pouvoir par le régime Lavalas qui sera par la suite taxé d’hors-la-loi par l’ensemble des forces vives de la Nation, à la suite de la CONAP. Cet accaparement hors-la-loi du régime Lavalas a eu pour effet d’accélérer la déstructuration des institutions nationales, d’hypothéquer les conquêtes démocratiques et les espoirs de construction de la nation sur des principes de droits.

Nos préoccupations sont d’autant plus vives, quand on considère que le contrôle de la « machine électorale » échappe en grande partie, ce depuis le départ, au Conseil Electoral Provisoire. L’ensemble des difficultés conjuguées au manque de contrôle du processus par le CEP constitue un risque élevé pouvant laisser libre cours à des manipulations électorales. Pouvons-nous raisonnablement espérer que le résultat des joutes électorales sera une expression de la souveraineté nationale lorsqu’à notre grand désarroi le CEP admet lui même que la distribution des Cartes d’Identification Nationale, et par conséquent l’établissement des listes électorales, et l’emplacement des Centres de vote dépendent du bon vouloir des organisations internationales ?

Qui l’emportera à l’issue de ces joutes électorales est certes important, néanmoins nous déplorons que cette focalisation dévie l’attention générale des débats fondamentaux pour la construction nationale. Nous refusons de nous enfermer dans ce jeu de sélection, nous savons que notre devoir citoyen est de contribuer à la mobilisation sur les principaux problèmes du pays : notre dépendance de plus en plus accrue envers l’International et la conquête des droits citoyens. Nous réaffirmons notre engagement à œuvrer en ce sens.

L’autre élément dominant de la conjoncture est le climat de terreur persistant surtout dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Les actes de terroristes ont des effets de plus en plus néfastes pour nous, les femmes. Nos vies et notre intégrité physique et morale sont de plus en plus menacées comme en témoigne la multiplication des cas de femmes directement victimes de ces gangs, la systématisation du viol dans les cas de kidnapping, les agressions sexuelles et sollicitation à la prostitution perpétuées par les soldats de la MINUSTAH . Touts ces faits concourent à l’aggravation de la situation déjà révoltante de la violence contre les femmes en Haïti.

Cette situation est exacerbée par l’irresponsabilité des instances étatiques chargées de la sécurité (la PNH et le Gouvernement) et par leur incapacité à gérer et ou à contrôler leurs alliés internationaux. Nous déplorons particulièrement l’inaction, des troupes d’occupation vis-à -vis des exactions des gangs armés. Malgré les sommes importantes consacrées aux actions qui se veulent de « stabilisation et de rétablissement de la sécurité », cette Mission se révèle complètement inefficace, en témoigne le mépris affiché face au dilemme des populations livrées aux gangs armés dans les quartiers défavorisés et l’inaction face à la multiplication des kidnappings. A près de deux ans de « mission », les gangs sont de plus en plus actifs et semblent disposer de plus d’armes. Nous exhortons les responsables haïtiens à agir promptement pour rétablir la sécurité dans les zones livrées aux gangs armés, notamment dans les quartiers de Cité Soleil et de Martissant, Drouillard, Sarthe où les populations sont astreintes à vivre en otage et dans la violence permanente ou à s’exiler.

Le climat de terreur, caractérisé par le viol, le kidnapping, les assassinats et le règne de l’impunité, comporte un danger réel et constituent de lourdes hypothèques sur les efforts de construction démocratique consentis par les populations depuis de nombreuses années et certaines avancées du mouvement social, depuis 1986.

Malgré le sentiment général de désespoir qui semble vouloir nous gagner, la Coordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes, croit urgent d’appeler à la mobilisation des forces progressistes citoyennes vers un éveil national pour une véritable construction nationale. Construction qui devrait se baser sur le développement et la consolidation des structures organisationnelles afin de redynamiser les Institutions étatiques - actuellement défaillantes - et de les renforcer dans la réalisation de leur mission. La CONAP est convaincue que le moment est plus qu’opportun pour susciter un débat national autour des problèmes structurels que confrontent le pays et particulièrement sur l’éthique nécessaire pour « fè politik yon lòt jan ».

La conjoncture électorale ne doit pas nous dévier de la vigilance citoyenne pour mettre à l’ordre du jour les problèmes profonds de notre pays, et espérer au nécessaire développement de mécanismes de participation inclusives adaptées à notre construction collective. C’est le seul garant de notre souveraineté permettant l’établissement d’autres rapports avec l’International.

Pour la Coordination de la CONAP
(ENFOFANM, Fanm Deside Jakmèl, Kay Fanm, REFRAKA, SOFA)

Port-au-Prince, le 19 janvier 2006

Myriam Merlet
ENFOFANM

Olga Benoît
SOFA