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Une situation « extrêmement préoccupante » des droits humains en Haïti, relève l’expert des Nations unies William O’Neill

Par Pierre Philor Saint-Fleur

P-au-P, 24 sept. 2024 [AlterPresse] --- La situation des droits humains en Haïti est « extrêmement préoccupante », déplore l’expert des Nations unies sur la situation des droits humains en Haïti, l’Américain William O’Neill, lors d’une conférence de presse, donnée à l’issue de sa visite en Haïti, le vendredi 20 septembre 2024, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Haïti se trouve dans une crise humanitaire sans précédent, avec un niveau de corruption terrifiant, une situation de terreur des gangs et d’armes lourdes, décrit O’Neill.

« Il y a approximativement une année. J’étais ici devant vous pour dépeindre le sombre tableau de la situation des droits humains en Haïti », a-t-il dit, après avoir fait « le triste constat que tous les indicateurs restent extrêmement préoccupants ».

Le premier de tous les indicateurs, et le plus inquiétant, est celui de l’insécurité, a indiqué l’expert des Nations unies sur les droits humains en Haïti, déplorant combien « les armes et munitions continuent d’être acheminées illégalement dans le pays, permettant aux gangs de mener des attaques de grande ampleur et d’étendre leur contrôle et leur influence sur de nouveaux territoires, malgré un embargo international » (Ndlr : sur les armes et les munitions).

Les conséquences de ce climat de terreur sont sans appel, fait remarquer O’Neill, qui dit avoir constaté combien « des zones, encore non affectées par les violences des gangs, subissent leur impact direct avec une inflation galopante, un manque de produits de première nécessité, et des flux de personnes déplacées internes, qui accroissent encore la vulnérabilité des populations, en particulier celle des enfants et des femmes ».

Les conséquences des droits humains et humanitaires sont dramatiques, déclare l’expert onusien, après une visite aux Cayes (Sud) et à Jérémie (Grande Anse, une partie du Sud-Ouest d’Haïti).

Il signale également un manque de capacités logistiques et techniques de la Police nationale d’Haïti (Pnh) et de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) pour contrecarrer les gangs.

Le matériel, reçu pour la force multinationale, est inadapté et les ressources sont insuffisantes, estime O’Neill.

Face à cette situation de manque, la population continue de souffrir des violations de tous ses droits humains, souligne l’expert des Nations unies, insistant notamment sur les violences sexuelles, utilisées comme armes par les gangs pour contrôler la population, qui ont drastiquement augmenté ces derniers mois.

Il dénonce les manœuvres des gangs armés, qui s’adonnent aux recrutements forcés, à la traite des enfants, et qui les utilisent souvent pour mener des attaques contre les institutions publiques et les opérations de police, arguant que les jeunes, torpillés par la faim et le manque d’accès à l’éducation, perdent l’espoir d’un avenir meilleur.

Retraçant la situation des familles, vivant dans les quartiers contrôlés par les gangs armés, O’Neill pointe une absence totale de l’État, obligeant des organisations à prendre la place des autorités « pour fournir des besoins de base à la population qui manque de tout ».

Pour l’instant, seuls 28% des services de santé fonctionnent normalement en Haïti, tandis que près de 5 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë.

Situation humanitaire catastrophique des personnes déplacées

C’était aussi l’occasion pour l’expert des Nations unies sur la situation des droits humains en Haïti, l’Américain William O’Neill, de faire le point sur la situation des personnes, qui ont été contraintes de laisser leurs maisons à cause de la terreur des gangs, qui font des attaques systématiques contre les habitantes et habitants des quartiers.

Les personnes déplacées manquent de tout dans les centres d’accueil, note O’Neill.

Beaucoup d’enfants et de femmes passent des jours sans manger.

Les personnes déplacées passent aussi des journées assises à même le sol, dans une chaleur étouffante.

Selon l’Onu, il y a actuellement au moins 700,000 personnes déplacées en Haïti.

Plus de la moitié sont des enfants, rapporte l’expert des Nations unies.

S’agissant des prisons, O’Neill rapporte combien la situation est encore pire qu’il y a une année (en 2023).

« Dans le Sud du pays, à la prison des Cayes, il y a 853 détenus pour une capacité totale de 200 personnes. A la prison de Jérémie, il y a 470 détenus pour une capacité de 50. Ils dorment sur des sols inondés d’eau de pluie et jonchés d’immondices. Ils restent parfois plusieurs jours sans manger. Plusieurs dizaines de détenus sont morts dans ces conditions cette année. Au moins 84% d’entre eux sont en détention préventive prolongée ».

Des efforts pour lutter contre la corruption

L’expert des Nations unies sur la situation des droits humains en Haïti, l’américain William O’Neill, salue ce qu’il appelle « les efforts du gouvernement de transition pour faire de la lutte contre la corruption une priorité ».

« La corruption ronge le système à tous les niveaux de la chaîne hiérarchique et dans tous les secteurs, au premier rang desquels la justice », dit-il.

« Les moyens existent, mais ils sont souvent mal utilisés. Ce qui est favorisé par une impunité quasi-totale. Sur 94 enquêtes, menées par l’Unité anti-corruption au cours des 20 dernières années, une seule a abouti à une condamnation à ce jour », ajoute-t-il.

L’expert des Nations unies salue l’engagement des autorités à mettre en place des « pôles judiciaires spécialisés » pour lutter contre la corruption et les crimes de masse, y compris les violences sexuelles.

Il existe des solutions pour permettre au pays d’Haïti de sortir de la crise. Toutefois, la difficulté est de faire en sorte que ces solutions atterrissent correctement, regrette O’Neill.

Recommandations

Pour changer cette situation dramatique des droits humains en Haïti, les autorités doivent multiplier les efforts, qui permettront à l’État de prendre plus efficacement ses responsabilités.

Elles doivent renforcer les forces de sécurité, couper tous les réseaux qui approvisionnent les bandes criminelles en armes et en balles, recommande O’Neill.

Il faut également donner des moyens à la force multinationale pour étouffer les gangs, soutenir les opérations policières et mettre en œuvre les autres mesures prévues par le Conseil de sécurité des Nations unies, notamment le régime de sanctions et l’embargo ciblé sur les armes.

« Il faut cesser cette agonie qui perdure. C’est une course contre la montre », considère l’expert des Nations unies, William Oneill. [ppsf emb rc apr 24/09/2024 13:20]

Photo : Compte X du Bureau intégré des Nations unis (Binuh)

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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