P-au-P., 25 sept. 2023 [AlterPresse] --- Depuis plusieurs semaines, la construction d’un canal à Ouanaminthe (Nord-Est, frontière commune avec Dajabòn) sur la rivière Massacre continue de défrayer la chronique en Haïti, en République Dominicaine et même dans des réunions de haut niveau à l’échelle internationale, observe l’agence en ligne AlterPresse.
Les médias dominicains ont publié de nombreux articles et documents sur ce dossier chaud, qui prend, de plus en plus, une dimension conflictuelle entre les deux pays.
En signe de protestation contre la construction par les Haïtiens du canal sur la rivière Massacre, le président dominicain Luis Abinader a ordonné la fermeture de toutes les frontières (terrestre, maritime et aérienne) avec Haïti, depuis le vendredi 15 septembre 2023.
En 10 jours, du 15 au 25 septembre 2023, la fermeture des frontières aurait entraîné des pertes de RD $ 153,252,000.00 pesos dominicains (Ndlr : US $ 1.00 = + 140.00 gourdes ; 1 euro = 144.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 101.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.50 gourdes aujourd’hui) pour la République Dominicaine, avance le journal dominicain Hoy, citant des experts dominicains.
La République Dominicaine perd 2,7 millions de dollars américains par jour. Ce qui équivaut à 153,252,000.00 pesos dominicains, précisent ces experts, soulignant combien l’aide fournie par le gouvernement dominicain serait incapable de résoudre le problème.
Pour atténuer les pertes d’un million de dollars américains, générées par les restrictions, le gouvernement dominicain a annoncé la mise en place de subventions aux commerçantes et commerçants frontaliers, ainsi que l’augmentation de la consommation de poulets livrés aux établissements scolaires, dans le cadre du repas scolaire.
Cette mesure de fermeture des frontières ne peut pas rester longtemps en vigueur, analysent des économistes dominicains, comme Franklin Vasquez et Antonio Ciriaco Cruz, rapporte le journal dominicain Diario Libre.
En plus des pertes qu’elle génère quotidiennement pour celles et ceux qui dépendent du marché binational,-qui a généré en moyenne 156 millions de pesos par an, jusqu’en août de cette année 2023, la fermeture des frontières entre la République Dominicaine et Haïti pourrait ralentir la croissance économique dominicaine, préviennent ces experts.
Il est temps de prendre une décision et de débloquer les frontières avec Haïti, estime, pour sa part, dans un éditorial, le journal dominicain Acento.
« Il n’est pas nécessaire d’attendre aussi longtemps. Car, il n’existe pas de baguette magique pour résoudre ce type de problème ».
« Nous avons dit et répété qu’il n’y a pas d’interlocuteur viable et fiable en Haïti et que la solution à ce conflit est uniquement entre les mains du gouvernement dominicain. Nous avons décidé de fermer les frontières, alors qu’Haïti insiste auprès des Nations Unies pour une résolution qui fournit un soutien militaire pour faire face aux gangs armés et kidnappeurs, qui contrôlent une partie du territoire haïtien », écrit le journal Acento.
« Le gouvernement dominicain, avec une orientation claire et des critères sur les conséquences des problèmes qui couvent en Haïti, doit agir immédiatement. Certains Haïtiens n’y verront pas quelque chose de positif, car ils insistent sur le chaos. Certains Dominicains diront que nous n’utilisons pas les forces, dont nous disposons. Mais, notre gouvernement doit éviter à tout prix le recours à la force ou au matériel militaire », recommande le journal dominicain Acento.
En marge d’une messe (catholique romaine), le dimanche 24 septembre 2023, au sanctuaire de la Virgen de las Mercedes, situé dans la province de La Vega (Nord de la République Dominicaine), la vice-présidente de la République Dominicaine, Raquel Peña, a déclarée être disposée à discuter de la construction unilatérale d’un canal sur la rivière Massacre par Haïti, a indiqué le journal Diario Libre.
« Notre gouvernement est d’accord avec ce qui a été exprimé par le nonce apostolique Piergorgio Bertoldi, à la table du dialogue (entre les deux pays). Mais, il ne doit pas prendre de décisions unilatérales, comme il le fait », a déclaré Peña, qui s’est rendu sur place au nom du président dominicain Luis Abinader.
La République Dominicaine est le pays le mieux placé pour dialoguer, selon Raquel
Peña, assurant que « le peuple dominicain a été le plus solidaire de ses sœurs et frères Haïtiens ».
La question du canal en construction par les Haïtiens doit être résolue par le dialogue, puisque la République Dominicaine et Haïti sont deux peuples frères, a avancé le nonce apostolique Piergorgio Bertoldi, qui a offert une eucharistie sur le site de la Virgen de las Mercedes, selon ce que rapporte un communiqué du gouvernement dominicain.
Le nonce apostolique en République Dominicaine a exhorté à ce que toutes les voix soient entendues à la table de dialogue, comme celles des agricultrices et agriculteurs, des commerçantes et commerçants, qui cherchent à soutenir leurs familles dans le marché binational profitable aux deux nations, selon le journal dominicain Diario Libre.
Contrairement aux autorités dominicaines, selon lesquelles la construction du canal à Ouanaminthe contreviendrait notamment au traité de paix, d’amitié et d’arbitrage de 1929, le gouvernement d’Haïti a appelé à la poursuite de sa construction, qui n’enfreint aucune règle.
Le président dominicain Luis Abinader a récemment appelé les partis politiques à supporter la revendication dominicaine de souveraineté commune sur les eaux de la rivière Massacre.
« La République Dominicaine et Haïti ont intensifié la présence de personnel armé dans la zone voisine, où est en cours la construction du canal, à travers lequel l’eau de la rivière Masacre sera transférée vers les propriétés de ce pays », a informé, ce lundi 25 septembre 2023, le journal Listin Diario.
Tandis que les agents de la Brigade de surveillance des aires protégées (Bsap), qui relève du Ministère haïtien de l’environnement (Mde), assurent la protection des travaux, les militaires dominicains affectés à l’armée et au Corps spécialisé de sécurité des frontières terrestres (Cesfront) se prépareraient à toute éventualité qui pourrait survenir sur le territoire, signale Listin Diario.
« Haïti réaffirme le droit souverain du peuple haïtien d’utiliser les ressources hydriques binationales, comme le fait la République Dominicaine, et revendique une répartition équitable des eaux de cette rivière (Massacre) », a déclaré le premier ministre de facto Ariel Henry, à la tribune de la 78e Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (Onu), le vendredi 22 septembre 2023, en ce qui concerne la crise diplomatique qui affecte les relations entre Haïti et la République Dominicaine, depuis le lancement des travaux de construction (coté haïtien) d’un canal sur la rivière Massacre (Nord-Est).
« La république d’Haïti n’est en guerre avec personne. Les Haïtiennes et Haïtiens sont un peuple généreux et solidaire, qui croit au dialogue et à la possibilité de partager équitablement des ressources communes, sans heurts et dans le respect mutuel », a dit Ariel Henry, après avoir fait quelques considérations historiques sur les maux déjà causés aux relations des deux pays, à cause de l’exploitation des eaux de cette rivière partagée entre les deux pays de l‘Ile.
Le mercredi 20 septembre 2023, à la tribune de la 78e assemblée générale de l’Onu, Luis Rodolfo Abinader Corona avait qualifié d‘illégale la construction du canal sur la rivière Massacre.
La construction du canal n‘est pas l’œuvre du gouvernement en Haïti, selon Luis Abinader Corona, soulignant que ce serait une manœuvre de certains membres de l’élite haïtienne pour le contrôle de l’eau.
Il faudrait condamner ce projet, qui irait à l’encontre des intérêts de la République Dominicaine, aux yeux de Luis Abinader. [emb rc apr 25/09/2023 14:40]
Photo : Service Jésuite aux Migrants-Haïti (FB)
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