P-au-P, 16 avril 2025 [AlterPrresse] --- Le président français Emmanuel Macron se prépare à reconnaître le jeudi 17 avril 2025 une « forme d’injustice initiale » imposée à Haïti, qui dut payer une indemnité colossale voulue par la France en échange de son indépendance en 1804, rapporte l’Agence France presse (Afp), consultée par AlterPresse.
Le chef d’État français prévoit également de lancer un travail de mémoire avant de trancher une éventuelle réparation.
A l’occasion du bicentenaire de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti, Macron va reconnaître « la force injuste de l’Histoire qui a frappé Haïti dès sa naissance » en tant qu’État, a dit mercredi 16 avril l’Elysée à des journalistes.
Il doit dévoiler une « méthode » pour engager un « travail historique en profondeur » afin d’évaluer l’impact de cette indemnité sur « le développement d’Haïti », a expliqué un conseiller du chef de l’État. « Et le Président de la République sera prêt à en tirer toutes les conclusions une fois que ce chantier sera achevé », a-t-il ajouté, sans toutefois dire clairement que cela irait jusqu’à des réparations financières.
21 ans après la proclamation de son indépendance en 1804, à l’issue d’une victoire militaire contre le corps expéditionnaire napoléonien, les autorités haïtiennes acceptent, le 17 avril 1825, sous la menace des canons de la flotte française, de payer 150 millions de francs-or d’indemnité aux anciens propriétaires de terres et d’esclaves, en échange de la reconnaissance de l’indépendance par le roi Charles X. La somme sera ramenée en 1838 à 90 millions.
Pour s’en acquitter, la jeune république caribéenne doit s’endetter à plusieurs reprises à des taux très élevés auprès de banques françaises - alors même que plonge le cours du café, de très loin sa principale ressource. C’est ce qui est qualifié par des historiens de « double » ou « triple dette ».
Le règlement de cette « dette de l’indépendance » s’étalera jusqu’en 1947, après avoir été rachetée en 1922 par les États-Unis, selon des historiens.
« Tout cela a évidemment pesé sur le destin de la jeune nation haïtienne » et « a imprégné profondément l’histoire d’Haïti », reconnaît l’Elysée.
Interrogé sur une éventuelle « restitution » de cette dette, comme réclamé en Haïti, l’Elysée a répondu que « le but de ce travail sera d’arriver à tirer un certain nombre de conclusions qui seront historiquement incontestables, de façon à voir comment la France, pratiquement, peut aller au bout du chemin de reconnaissance dans lequel elle s’engage ».
« Le président n’a pas peur de demander pardon », mais il ne s’agit que du « début du processus », a ajouté un conseiller, dont les propos ont été cités par l’Afp.
Plusieurs initiatives haïtiennes marquent le bicentenaire de la « rançon de l’indépendance ».
Dans un document encore confidentiel dont AlterPresse a eu connaissance, le Comité National Haïtien des Restitution et Réparations (CNHRR) affirme que « la restitution de la rançon de l’indépendance constitue une priorité nationale pour Haïti, un impératif moral et une exigence de justice réparatrice ». [gp apr 16/04/2025 19 :00]
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001
-
Haiti : La journaliste Nancy Roc à nouveau menacée 19 juin 2005




