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Racisme : Aux Nations unies, la société civile haïtienne interpelle les États-Unis et la République Dominicaine

Par Emmanuel Marino Bruno

Genève (Suisse), 16 avril 2026 [AlterPresse] --- La militante des droits des migrant.e.s haïtien.ne.s, Colette Lespinasse, représentante de la société civile haïtienne, a appelé à la cessation du racisme visant les Haïtiennes et Haïtiens aux États-Unis et en République Dominicaine, lors de la cinquième session de l’Instance permanente des personnes d’ascendance africaine [1], tenue au siège des Nations unies à Genève (Suisse), du mardi 14 au vendredi 17 avril 2026, observe l’agence en ligne AlterPresse.

La délégation de la société civile haïtienne, présente à ce forum, compte environ une quinzaine de personnes, venues d’Haïti, du Canada, des États-Unis d’Amérique, du Brésil, de la France et d’autres pays.

Lors d’une intervention, le jeudi 16 avril 2026, suivie par AlterPresse, Lespinasse a dénoncé l’utilisation du racisme comme outil fondamental d’exploitation et de mauvais traitements infligés aux migrant.e.s haïtien.ne.s, notamment à travers des expulsions massives motivées par la couleur de leur peau, en particulier en territoire voisin.

Cet outil sert, selon elle, à maintenir les migrant.e.s sous contrôle.

« Aujourd’hui, dans le monde, le racisme et la xénophobie continuent d’être utilisés contre les migrant.e.s. Des pays bâtissent leurs économies sur l’exploitation à outrance de leur main-d’œuvre et, après les avoir utilisé.e.s, veulent les jeter à la poubelle », a-t-elle déclaré, saluant la reconnaissance récente par les Nations unies de la traite négrière transatlantique comme le pire crime contre l’humanité.

Elle a cité le cas de la République Dominicaine, où le profilage racial est pratiqué pour arrêter des migrant.e.s et les expulser vers Haïti.

Jusqu’à 30,000 expulsions par mois en République Dominicaine, y compris de Dominicains noirs

Entre 20 mille et 30 mille personnes sont ainsi expulsées chaque mois, parmi elles des Dominicain.e.s arrêté.e.s et déporté.e.s en raison de leur peau noire ou de leur apparence de pauvreté, indique-t-elle, dans un contexte mondial marqué par une recrudescence du racisme à l’égard des personnes d’ascendance africaine.

Des femmes et des nouveau-né.e.s sont même arraché.e.s de lits d’hôpitaux pour être jeté.e.s à la frontière, uniquement à cause de leur origine haïtienne, condamne Lespinasse.

De plus, des milliers de descendant.e.s de ces migrant.e.s, parfois jusqu’à la quatrième génération, restent sans documents d’identité, privé.e.s de toutes perspectives d’épanouissement.

Des groupes de civils armés, sous prétexte de défendre la « pureté » de leur culture, attaquent, en toute impunité, des communautés entières où vivent des migrant.e.s, a-t-elle fustigé pointant du doigt la République Dominicaine et les États-Unis.

Dans cette même logique de xénophobie, la nouvelle administration américaine de Donald Trump veut à tout prix mettre fin au Statut de protection temporaire (Tps), accordé à près de 350,000 Haïtiennes et Haïtiens vivant aux États-Unis, dans l’objectif de les déporter massivement.

Suivant les derniers développements du dossier Tps, le Congrès ainsi que des tribunaux fédéraux résistent aux tentatives de l’administration Trump de mettre fin à ce programme, qui permet à des milliers de ressortissant·e·s haïtien.ne.s de résider et de travailler légalement aux États-Unis en raison des conditions difficiles dans leur pays d’origine.

Un vote décisif à la Chambre des représentantes et représentants

Le mercredi 15 avril 2026, la Chambre des représentant.e.s des Etats-Unis a voté en faveur d’une résolution visant à prolonger le Tps pour les Haïtiennes et Haïtiens pendant une période de trois ans, soit jusqu’en avril 2029, malgré l’opposition de l’administration Trump.

Déjà, le lundi 2 février 2026, la juge fédérale de Washington Ana Cecilia Reyes avait décidé de bloquer temporairement la fin du Tps, alors que l’administration Trump prévoyait d’y mettre un terme dès le mardi 3 février 2026.

La fin du Tps risquerait d’exposer de nombreuses Haïtiennes et de nombreux Haïtiens aux crises sécuritaires et humanitaires, qui persistent en Haïti.

Les violences des gangs armés ont provoqué des milliers de morts et de viols, tandis que plus de 1,4 million de personnes ont été contraintes de fuir leurs domiciles.

Par ailleurs, plus de 6 millions d’habitantes et d’habitants, soit plus de la moitié de la population, se trouvent en situation d’insécurité alimentaire aiguë. [emb rc apr 16/04/2026 12:00]


[1La cinquième session de l’instance permanente sur les personnes d’ascendance, souvent appelée Forum permanent, se tient à Genève, en Suisse autour du thème : « Faire progresser les droits humains des personnes d’ascendance africaine dans le cadre de la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine ». Opérationnel depuis 2021, ce mécanisme consultatif des Nations unies, vise à améliorer la qualité de vie des afro-descendant.e.s. Sa mission est de lutter contre le racisme systémique, promouvoir l’inclusion politique/économique, et élaborer une déclaration des Nations unies sur leurs droits.

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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