Par Maryse Saint-Pierre CYPRIEN, PhD
Soumis à AlterPresse
Introduction
La notion de coopération internationale s’est imposée aux États au lendemain de la Seconde guerre mondiale, marquant ainsi un tournant dans les formes de relations internationales, promouvant la création d’organisations internationales pour le maintien de la paix et la coopération entre les peuples. Parmi les différentes conférences et traités conclus dans ce but, sont apparues de nombreuses organisations multilatérales, telles que l’Organisation des Nations unies (Onu), la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (Bird) et le Fonds monétaire international (Fmi), lesquelles ont donné naissance à beaucoup d’autres organisations régionales notamment en Amérique latine et les Caraïbes, avec entre autres la création de Unasur, Oea, CARICOM, Aec, Sica, Celac, Alba-Tcp et en particulier à la coopération énergétique PetroCaribe promue par le gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela en juin 2005 inaugurant une justice sociale entre les peuples. Pour les pays du Sud émerge un nouveau paradigme de coopération internationale qui constitue aussi bien un pivot de l’aide internationale qu’un modèle de coopération pour sortir du marasme économique et de la dépendance.
1. Émergence d’un nouveau paradigme de coopération internationale pour une justice sociale entre les peuples
L’initiative PetroCaribe qui rentrera dans sa vingtième année en juin 2025, a été structurée dans une perspective multilatérale intervenant dans divers domaines, notamment l’éducation, la santé, l’alimentation, la construction de logements sociaux, la sécurité et d’autres champs d’activité en lien au développement du capital humain.
Elle aspirait dans cet esprit à réduire la fracture entre les pays du Nord et ceux du Sud, à éradiquer les inégalités d’accès aux ressources énergétiques, par la voie d’une nouvelle structure plus favorable facilitant ainsi des échanges justes et équitables.
La pratique consistant à conquérir un capital politique en échange d’une assistance économique n’est pas un concept nouveau pour le Venezuela. Au cours des années 1970, le Venezuela a utilisé sa richesse pétrolière pour implémenter un programme de politique étrangère visant à se tailler un rôle de leader dans la région. Sous la présidence de Carlos Andrés Perez (1974-79), il a contribué à la création de l’Opep, ce qui lui a permis d’étendre son influence et de peser lourd dans la balance des pays exportateurs de pétrole et sur la scène internationale, notamment après les crises pétrolières de 1973 et 1979, des moments charnières dans l’histoire de la politique étrangère vénézuélienne. Plus tard, il a signé le Pacte pétrolier de San José, dans le cadre duquel le Venezuela et le Mexique se sont engagés à fournir du pétrole à des prix préférentiels à environ onze pays des Caraïbes incluant Haïti, ainsi qu’un financement et une expertise technique pour des projets d’infrastructure.
Depuis quelques années le modèle de coopération proposé par le Venezuela d’Hugo Chavez en 2005, à travers PetroCaribe, est devenu une thématique controversée. Selon ses détracteurs, le gouvernement vénézuélien, favorisé par un tsunami de pétrodollars, a reformulé de manière plus stratégique les mécanismes de la coopération Sud-Sud, en vue de la formation de nouveaux axes et alliances par le biais d’accords de coopération multilatéraux et bilatéraux, en particulier, mais pas exclusivement, à travers l’Alba et dans le secteur de l’énergie. Admettant le fait que cette forme de coopération soit inscrite dans la stratégie géopolitique continentale du Venezuela, il est important de reconnaitre que même si PetroCaribe, l’économie et la politique du Venezuela soient en déclin actuellement, ce nouveau paradigme de coopération Sud-Sud qu’il promeut incite à conceptualiser l’énergie et le pétrole comme générateurs de facteurs de croissance et de développement humain.
2. La coopération Sud-Sud comme pivot de l’aide internationale des pays du Sud
La Région de l’Amérique latine et les Caraïbes est confrontée depuis des décennies à des perturbations de tout genre et à un avenir presqu’incertain. Les défis liés à l’essor omniprésent de la technologie, la crise climatique, l’insécurité galopante, les inégalités croissantes et les divisions sociétales obligent les États à trouver une alternative équilibrant le développement du Sud face au Nord afin qu’aucun pays ne soit resté au bord de la route du développement durable. Un impératif exprimé dans les 17 Objectifs du Développement durable (Odd) de l’Onu, à l’horizon 2030, visant à assurer la paix et la prospérité pour les peuples et la planète. En ce sens, l’idéal d’une coopération fonctionnelle transformatrice de la vie des populations les plus vulnérables, pour une réelle justice sociale entre les peuples, comme il a été mentionné tantôt, se trouve à un tournant décisif.
Les initiatives de la coopération Sud-Sud ont certes progressé, avec des avantages mais aussi avec des limites. En tant que propositions alternatives à la coopération internationale au développement dans sa forme traditionnelle, elles font souvent face à des manquements dans les domaines économiques et structurels et peuvent constituer dans certains cas en une source de corruption et de dépendance matérielle et financière.
Aujourd’hui, alors que les puissances émergentes et de nombreux autres pays en développement commencent à exercer une influence croissante sur les relations politiques et économiques internationales, la coopération Sud-Sud s’enrichit mais reste tout de même un enjeu méconnu du grand public. L’importance renouvelée que la coopération Sud-Sud revêt, pour ce qu’il est convenu d’appeler « Pivot de l’aide internationale pour les pays en développement », s’est révélée être une alternative solide dans le domaine de la réduction des asymétries, des inégalités sociales et un instrument incontournable dans la dynamique du système mondial et dans cette quête de développement durable.
D’ailleurs, le Secrétaire général des Nations unies a déclaré le 12 septembre 2019 lors de la Journée internationale pour la coopération Sud-Sud, que la collaboration entre les pays du Sud offre "une voie unique" pour accélérer la mise en œuvre des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030.
Dans cette optique, le Sud doit se réveiller. L’ordre du jour et les initiatives de la coopération Sud-Sud doivent être établis par les pays du Sud et guidés par les principes de respect de la souveraineté nationale, de la propriété nationale, de l’indépendance, de l’égalité, de la non-conditionnalité, de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États et du bénéfice mutuel. Les Chefs d’États du Sud doivent promouvoir et renforcer l’autonomie collective des pays en développement par le biais du partage d’expériences, de la mise en commun, la répartition et l’utilisation de leurs ressources techniques et développement de leurs capacités complémentaires.
3. Un modèle pour sortir du marasme économique et de la dépendance
Bien que la coopération Sud-Sud ne soit pas une nouvelle thématique en termes historiques, elle a acquis ces dernières années de manière tangible les pleins droits en termes d’alternative et de levier de développement durable pertinente pour impacter le nouvel ordre mondial, notamment à travers les Brics.
Les pays du Sud doivent collectivement se réveiller pour atténuer la dépendance et la vulnérabilité de nos populations aux aléas mondiaux. Car la menace qui pèse sur la politique, les peuples et l’économie des pays émergents et/ou en développement n’est pas irrémédiable. Des dilemmes difficiles et des enjeux majeurs doivent tout de même être affrontés le plus tôt que possible pour notre survie commune. A cet effet, il est important entre autres de :
renforcer la capacité des pays en développement à identifier les principales problématiques liées à leur développement ;
reconnaître les problématiques et exigences des pays en développement enclavés et des petits États insulaires en développement qui sont les plus vulnérables aux catastrophes naturelles et d’autres crises sociétales ;
mener des actions en bloc permettant de bénéficier d’un meilleur niveau de participation aux activités économiques internationales et d’obtenir les financements adéquats pour étendre les programmes de la coopération Sud-Sud de manière beaucoup plus agissante.
Corollairement, la coopération Sud-Sud est un levier important pour obtenir de nouvelles ressources, qu’elles soient financières ou en nature, destinées aux projets de développement durable. Il existe aussi de nombreuses manières de réduire les coûts de mise en œuvre d’un projet, notamment en assurant une coopération innovante entre pays du Sud, en identifiant et en partageant les meilleures expériences pratiques. La coopération technique permet également aux pays du Sud d’apprendre les uns des autres en analysant leurs besoins réciproques et en trouvant les solutions de compromis les plus efficaces pour combler les écarts en matière de niveau de développement. Car il se trouve que même entre pays du Sud il y a des disparités en matière de croissance économique et sociale.
Par ailleurs, les Chefs d’États du Sud, notamment les Autorités haïtiennes, pourraient se rapprocher davantage du Bureau des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud (Unossc) de manière plus stratégique afin d’obtenir un appui plus cohérent et coordonné du système des Nations Unies, pour le renforcement des institutions étatiques, la sécurité et la consolidation de la paix sans laquelle la promotion économique et commerciale pourrait être un vœu pieu.
Enfin, de nombreux auteurs qui sont un tant soit peu intéressés à la thématique de la coopération Sud-Sud, s’accordent à dire que ce nouveau paradigme peut être un modèle unique permettant aux pays du Sud de sortir du marasme économique et de la dépendance sans cesse croissante vis-à-vis du Nord, donc du statu quo dans lequel ils végètent depuis des décennies. Il est important de rappeler que la coopération Sud-Sud est un instrument au service des États pour les aider à répondre à des projets de développement dans des secteurs clés tels que, la santé, l’éducation, l’amélioration des infrastructures, le renforcement de l’appareil judiciaire et sécuritaire, la règlementation de la migration et d’autres domaines connexes. Il s’agit dans tous les cas d’un schéma de coopération dont les intérêts sont mutualisés, qui offre une ouverture et une alternative solide au Sud et dont l’étude devrait être approfondie et l’évolution surveillée de près.
En guise de Conclusion
Face à ces défis mondiaux, les dirigeants doivent reconnaitre l’importance vitale de l’unité et de la solidarité. Ce n’est qu’en coopérant que nous pourrons repousser la menace à laquelle nous faisons tous face et reconstruire des sociétés et des économies plus durables, plus inclusives, plus égalitaires entre genres, autour des valeurs communes, d’une responsabilité partagée, d’une souveraineté et d’un progrès.
(Texte paraphrasé de Nelson Mandela, 1994).
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