Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 09 janv. 2025 [AlterPresse] --- Le spécialiste en sociologie politique, Géraldo Saint-Armand, appelle l’État à faire preuve de plus de volonté et d’intelligence pour contrecarrer les actes de terreur et d’autres violences des gangs criminels en Haïti.
« L’État dispose de moyens pour mettre fin au fléau des violences actuelles sur le territoire national. Il suffit d’avoir la volonté et l’intelligence », souligne-t-il, lors d’une intervention à l’émission FwoteLide. diffusée sur AlterRadio et suivie par AlterPresse.
L’État peut ainsi miser sur des partenaires immédiats et viser d’autres, pour s’approvisionner en matériels adéquats pouvant mater les groupes armés sur place.
Géraldo Saint-Armand l’exemple du nouveau drigeant du Burkina Faso, qui est parvenu à équiper les Forces armées de ce pays africain en l’espace de 2 ans et s’affirmer dans la lutte contre les forces nuisibles adverses.
Il n’y a rien de miraculeux. Il suffit d’avoir la volonté politique et la vision, martèle le spécialiste en sociologie politique.
En Haïti, les violences sont géolocalisées. L’Etat peut facilement identifier et localiser des membres des groupes armés, qui sont à visage découvert, contrairement à d’autres pays, continue le professeur d’Université.
Selon lui, le niveau technologique en termes d’armements pourrait faciliter la résolution du problème.
L’État peut même retracer les fonds provenant des actes de kidnapping.
Tout cela passera par une volonté politique, une pensée stratégique et la recherche de partenaires, avance Geraldo Saint-Armand, qui n’y voit aucun défaut de compétences.
Le lundi 2 octobre 2023, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu) a autorisé, le déploiement d’une Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti, dirigée par le Kenya, pour appuyer la Police nationale d’Haïti (Pnh) dans la lutte contre les gangs criminels, qui terrorisent la population en Haïti depuis plusieurs années.
Plus de 150 militaires guatémaltèques et salvadoriens ont été accueillis, les vendredi 3 et samedi janvier 2024, à Port-au-Prince, par les autorités de la transition politique et les responsables des forces de l’ordre.
Ces nouveaux contingents ont rejoint ceux du Kenya, de la Jamaïque, des Bahamas et de Belize déjà présents sur le terrain.
Plusieurs voix critiquent leur inefficacité dans la lutte contre les gangs armés dans le pays.
Discipliner les violences politiques
Le spécialiste en sociologie politique Géraldo Saint-Armand recommande de discipliner, via les institutions publiques, les violence politiques, qui s’appliquent à la fois sur une base verticale.
Pour comprendre ce fléau, il faut recourir à la structuration et la régulation des rapports sociaux, qui sont organisés autour de l’exclusion, en vue d’une société pacifiée et égalitaire construite sur la distribution et la répartition des richesses, estime Saaint-Armand
Une grande partie de la population est exclue depuis les premisses de la société en Haïti, soutient-il.
La justice est instrumentalisée, réservée à une élite, et demeure un espace de harcèlement, critique-t-il.
Les violences devraient etre agencée par l’État à travers le droit et la loi, dans l’objectif d’empêcher la disparition de la communauté politique, mentionne-t-il.
Ces violences légitimes de l’État. au sens du philosophe Max Weber, s’évertue par la police, l’armée, ainsi que par les groupes de civils armés, poursuit Géraldo Saint-Armand.
L’État, comme entité politique, serait accaparé par les classes dominantes, qui l’utilisent pour garantir leur bien-être, au détriment des masses, analyse le chercheur.
Les violences spnt de plus en plus récurrentes dans les pratiques politiques en Haïti. Entre agressions physiques et/ou psychologiques, ellesnt se manifeste sous diverses formes, explique-t-il, appelant l’État à fixer les balises.
L’agression, perpétrée le 24 décembre 2024, à Pétionville, contre Marjorie Michel, une des figures de l’Accord du 21 décembre 2022, a renforcé l’approche, selon laquelle la politique en Haïti s’exerce dans un cercle coléreux d’antagonismes.
Les violences des gangs armés et la politique
L’on assiste à une collusion entre les violences criminelles et politiques, depuis de nombreuses années en Haïti.
Plusieurs rapports d’entités locales et internationales font état de connivences entre des gangs armés et de personnalités influentes dans la sphère politique haïtienne.
Le crime constitue une forme de nébuleuse, impliquant divers groupes, et susceptible de déboucher sur plusieurs voies, explique Géraldo Saint-Armand, avant de souligner combien les protagonistes, qui instrumentaliseraient les actes de violences, seraient en train d’en perdre le contrôle.
D’un autre côté, il relève une certaine volonté des protagonistes du pouvoir actuel de se débarrasser des actrices et acteurs en poste auparavant.
L’économie criminelle se développe à travers une forme de violences, qui enrichissent des groupes bien déterminés dans la société, analyse le sociologue.
Sur le plan politique, il y a une connexion entre les protagonistes politiques et les auteurs des actes de violences, constate-t-il, soulignant plusieurs aspects dans les actes de violences, centrés notamment sur la politique et l’économie.
Les violences politiques en Haïti
Dès sa construction, la société haïtienne a été caractérisée par un minimum de violences, retrace le professeur Saint-Armand, faisant référence à la pratique des baïonnettes au XIXe siècle, avec une tendance à éliminer les adversaires politiques.
La dictature de François et Jean-Claude Duvalier rappelle de douloureux souvenirs dans l’histoire de la politique en Haïti.
Plusieurs journalistes, dirigeants politiques, syndicalistes, intellectuel-le-s, professionnel-le-s, étudiantes et étudiants, ont été victimes, certains tués, torturés, tabassés, emprisonnés et poussés à l’exil, en raison de leur opposition à la politique restrictive en matière de droits humains, instaurée par les deux pouvoirs, père puis fils.
Les pratiques de violences dans la société haïtienne proviennent donc de très loin.
Pour limiter l’utilisation systématique des actes de violences dans la politique en Haïti, l’État doit émerger comme une volonté générale et cesser d’être une entité capturée par des groupes puissants, suggère Géraldo Saint-Armand.
rappelant combien la démocratie se base sur la notion de peuple, Saint-Armand considère combien a démocratie peut bel et bien exister en Haïti, mais elle nécessite des sacrifices, .
Le peuple doit d’abord exister comme une figure politique réelle, un sujet souverain, qui exerce le pouvoir et qui bénéficie de politiques publiques favorables à son bien-être.
Les actes de violences ont pris une autre tournure depuis quelques années, soutient le professeur d’Université, en évoquant les rapports géopolitiques.
Les actes de violences ne sont pas seulement d’ordre national. Ils ont aussi une ampleur internationale, avec le trafic de drogues, d’armes, de munitions et d’organes, relate Géraldo Saint-Armand, préconisant un modus vivendi entre les actrices et acteurs politiques locaux et appelant les entités à établir des règles.
Si chaque association de la société représente en soi un corps de violences, l’État doit fixer les balises, ajoute-t-il.
Il réclame un nouveau pacte de vivre ensemble dans une communauté humaine, basée sur le droit, la reconnaissance mutuelle, la justice et le désir réel de cohabiter...
D’où la nécessité de débats sur des sujets d’envergure afin de repenser la société haïtienne.
Le rôle que pourrait jouer l’Université
Le recours à l’Université pourrait être une option pour dégager des perspectives, dans l’avènement d’un nouveau projet de société.
L’Université doit d’abord résoudre ses problèmes, pour devenir une entité crédible dont les propositions comptent dans la société, conseille Géraldo Saint-Armand.
Lors d’une intervention à l’émission FwoteLide, le professeur et spécialiste en politique publique, Wilson Jabouin, a plaidé, pour sa part, pour un leadership éclairé en Haïti, porteur d’une vision nationaliste et d’une approche programmatique basée sur une prospection intelligente.
Ce nouveau leadership devrait émerger avec le concours de l’Université, selon le professeur Jabouin, qui a appelé à l’engagement de l’Université, pour la production de réflexions pertinentes sur les faits sociaux. [cj emb rc apr 09/01/2025 12:40]
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