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« Plus facile de voir Jésus revenir sur Terre » : de sérieux doutes sur des élections crédibles prochainement en Haïti

P-au-P., 28 mai 2026 [AlterPresse] --- Le directeur du Collectif Défenseurs Plus, Me Antonal Mortimé, estime qu’il sera extrêmement difficile d’organiser des élections crédibles en Haïti dans les prochains mois, en raison de la détérioration continue de la situation sécuritaire et des controverses entourant le projet de décret électoral.

Intervenant sur AlterRadio, le défenseur des droits humains a tenu des propos particulièrement pessimistes sur les perspectives électorales du pays.
« Honnêtement, il sera plus facile de voir Jésus revenir sur Terre en septembre ou octobre que d’organiser des élections crédibles dans les conditions actuelles », a-t-il déclaré.

L’interview d’Antonal Mortimé sur AlterRadio, où il exprime de fortes réserves sur la possibilité d’organiser des élections crédibles en Haïti.

Ces déclarations interviennent dans un contexte de fortes tensions autour de la transition politique. Le regroupement « Consensus politique national pour le redressement d’Haïti » a récemment exigé le départ du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, au plus tard le 7 juin 2026, estimant que le pouvoir actuel ne repose plus sur une base légale suffisante.

Selon Antonal Mortimé, les conditions minimales nécessaires à la tenue d’un scrutin transparent et inclusif ne sont pas réunies. Il évoque notamment l’insécurité persistante, les déplacements massifs de population ainsi que l’absence de confiance entre les acteurs politiques et institutionnels.

« Nous ne constatons aucune amélioration réelle de la situation sécuritaire », affirme-t-il, évoquant « des crimes de masse », des « centaines de morts » et « des centaines de milliers de déplacés vivant dans des conditions indignes ».

La situation sécuritaire continue de se dégrader dans plusieurs zones de la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans l’Artibonite (nord). Selon les Nations unies, au moins 390 personnes ont été tuées entre mars et mai 2026 dans des violences armées à Cité Soleil et à Croix-des-Bouquets (périphérie nord de la capitale).

Le Programme alimentaire mondial (Pam) a également signalé qu’environ 30,000 personnes ont été déplacées à la suite de nouvelles attaques de gangs armés depuis le 10 mai 2026 dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.

Le responsable de Défenseurs Plus souligne que plusieurs quartiers de la capitale continuent d’être le théâtre de violences armées, malgré les opérations policières en cours.

« Même là où la police mène des opérations, il y a énormément de victimes collatérales », déplore-t-il, ajoutant que « les conditions de sérénité nécessaires à l’organisation d’élections ne sont pas réunies ».

Crainte d’une remise en cause de l’indépendance du CEP

Au-delà des problèmes sécuritaires, Antonal Mortimé critique également le projet de décret électoral actuellement en discussion. Il accuse le gouvernement de vouloir affaiblir l’indépendance du Conseil électoral provisoire (CEP).

« Le gouvernement n’est normalement pas habilité à élaborer lui-même un décret électoral », soutient-il, rappelant que « c’est le Conseil électoral qui est chargé d’élaborer le cadre légal des opérations électorales ».

Pour lui, le texte en préparation traduit « une tentative de transformer le Conseil électoral en organe gouvernemental », ce qui risque de « miner la confiance des partis politiques, de la société civile, des citoyens et même de la communauté internationale ».

Le juriste critique aussi certaines dispositions du projet qu’il juge contraires aux principes démocratiques.

« Il suffirait qu’une organisation publie un rapport mettant en cause une personne pour que celle-ci soit exclue du processus électoral, même sans condamnation judiciaire définitive », critique-t-il.

Selon lui, une telle disposition « viole le principe de la présomption d’innocence garanti par les conventions internationales ratifiées par Haïti ».

Des doutes sur la volonté politique d’organiser des élections crédibles

Antonal Mortimé va plus loin en mettant en doute la volonté réelle des autorités d’organiser des élections.

« Je pense que le Premier ministre ne veut pas réellement organiser les élections, ou alors qu’il n’en a pas la capacité », déclare-t-il.

Le regroupement « Consensus politique national pour le redressement d’Haïti » soutient également qu’aucun exécutif « monocéphale » ne peut conduire le pays vers des élections « libres, honnêtes et démocratiques » dans les conditions actuelles.

Pour Antonal Mortimé, le gouvernement ne crée pas les conditions de confiance indispensables à l’organisation des élections. Il appelle plutôt à renforcer l’indépendance des institutions électorales, à engager un véritable dialogue avec les secteurs concernés et à améliorer la situation sécuritaire avant toute tentative de scrutin.

Il avertit enfin qu’un nouveau report du processus électoral pourrait accentuer davantage la crise politique.

« Si les élections ne se tiennent pas d’ici la fin de l’année ou le début de l’année prochaine, la crise politique risque de s’aggraver encore davantage », prévient-il.

Malgré ses critiques, le directeur de Défenseurs Plus affirme ne pas être opposé à la tenue d’élections. Il plaide toutefois pour « des élections crédibles, transparentes et organisées dans le respect des principes démocratiques ». [gp apr 28/05/2026 19 :00]

Illustration générée par IA

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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