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Nouvelle force onusienne en Haïti : Un tournant incertain dans la lutte contre la violence des gangs

La création d’une Force de répression des gangs (Frg) par l’Onu marque un tournant dans la lutte contre la violence en Haïti. Si autorités et population espèrent un répit, experts et acteurs internationaux alertent sur les risques de dérives et les défis immenses à relever pour restaurer la sécurité et la stabilité.

P-au-P., 1er oct. 2025 [AlterPresse] --- La perspective de contenir la violence dévastatrice qui frappe Haïti est désormais au cœur du débat public, après le vote des Nations Unies créant une Force internationale chargée de réprimer les gangs (Frg) responsables de la terreur et de la désolation à travers le pays, observe AlterPresse.

Si les autorités et une partie de la population nourrissent l’espoir d’un répit, les partenaires internationaux voient dans cette initiative l’opportunité de stabiliser la nation, tandis que des experts et des organisations de la société civile mettent en garde contre les risques de dérives et les défis considérables qui restent à relever.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, le mardi 30 septembre 2025, la résolution 2793 (2025) autorisant la transformation de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti en Force de répression des gangs (Frg) pour une durée initiale de 12 mois.

Forte de plus de 5,550 personnels, dont 5,500 en tenue et 50 civils, cette force est mandatée, sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, pour mener des « opérations antigang ciblées » en coopération avec la Police nationale d’Haïti (Pnh) et les Forces armées d’Haïti (Fad’H).

Le texte a été adopté par 12 voix, avec l’abstention de la Chine, de la Russie et du Pakistan.

Un tournant salué par les autorités haïtiennes

Le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, a qualifié ce vote de « tournant décisif » dans la lutte contre les bandes armées qui « endeuillent nos familles, paralysent notre économie et menacent l’avenir de notre Nation ».

Selon lui, le déploiement de la Frg doit permettre la libre circulation des personnes et des biens, le retour des déplacés internes et la relance économique, conditions préalables à l’organisation d’élections crédibles.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a souligné « une avancée majeure dans le partenariat entre Haïti et la communauté internationale », tout en rappelant que cette coopération doit s’exercer « dans le respect absolu de la souveraineté nationale ».

Les alliés internationaux affichent leur soutien

Les États-Unis, porteurs de la résolution avec le Panama, ont salué un message « clair » du Conseil de sécurité des Nations unies : « l’ère de l’impunité pour ceux qui cherchent à déstabiliser Haïti est terminée », selon le secrétaire d’État Marco Rubio.

Washington s’engage à travailler à un déploiement rapide et efficace de la force, saluant le rôle du Kenya à la tête de la Mmas.

L’Union européenne (Ue) a annoncé une contribution de 10 millions d’euros pour soutenir la transition vers cette nouvelle force, dotée d’un mandat plus robuste pour protéger le peuple haïtien.

Le Canada avait déjà annoncé la semaine précédente un financement de 60 millions de dollars canadiens pour appuyer les efforts multilatéraux visant à stabiliser le pays.

Mandat de la Force de répression des gangs et appui logistique de l’Onu

La Force de répression des gangs (Frg) est chargée de mener des opérations antigang ciblées, fondées sur le renseignement, afin de neutraliser, isoler et dissuader les bandes armées.

Elle devra sécuriser les infrastructures essentielles, telles que les aéroports, ports, hôpitaux, écoles, orphelinats et réseaux électriques, tout en renforçant les capacités de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées.

La Frg est également mandatée pour créer les conditions de sécurité nécessaires à la tenue des élections, à la distribution de l’aide humanitaire et au désengagement des gangs, notamment pour protéger les enfants.

Elle aura par ailleurs pour mission de lutter contre le trafic d’armes, en procédant à la saisie et à la destruction du matériel illicite, et devra assurer une coordination étroite avec le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) et l’ensemble des équipes de l’Onu présentes dans le pays.

Pour soutenir ces opérations, le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (Banuh) fournira l’assistance logistique nécessaire à la Frg, notamment en matière d’infrastructures, d’équipements, de transport, de systèmes d’information géographique et de remboursement de matériels.

Le Banuh appuiera également le Bureau intégré de l’Onu en Haïti (Binuh) dans ses services de mission, la Police nationale et les Forces armées pour les besoins médicaux, les évacuations et les infrastructures, ainsi que l’Organisation des États américains (Oea) via le projet SECURE-Haïti pour l’assistance technique.

Un Groupe permanent de partenaires - composé des Bahamas, Canada, El Salvador, États-Unis, Guatemala, Jamaïque, Kenya et Haïti - assurera l’orientation stratégique et la coordination politique de la mission.

🌳 Transition vers une nouvelle mission internationale

• 👥 Transformation : de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Force de répression des gangs (FRG) pour 12 mois initiaux.
• 👥 Effectif autorisé : 5 550 personnes (5 500 militaires et policiers, 50 civils).
• ⚡ Mandat de la FRG :
 ◦ Opérations antigang ciblées et fondées sur le renseignement.
 ◦ Sécurisation des infrastructures essentielles : aéroports, ports, hôpitaux, écoles, orphelinats, réseaux électriques, etc.
 ◦ Renforcement des capacités de la PNH et des Forces armées d’Haïti.
 ◦ Création de conditions de sécurité pour les élections, l’aide humanitaire et le désengagement des gangs (protection des enfants).
 ◦ Lutte contre le trafic d’armes et saisie/destruction de matériel illicite.
 ◦ Coordination étroite avec le BINUH et l’équipe de l’ONU en Haïti.

• 🛠 Appui logistique de l’ONU :
 ◦ FRG : logistique, infrastructures, équipements, transport, SIG, remboursement de matériels.
 ◦ BINUH : services de mission.
 ◦ PNH et Forces armées : appui médical, évacuations, infrastructures.
 ◦ OEA : appui technique via le projet SECURE-Haïti.

• ⚙ Gouvernance et encadrement :
 ◦ Groupe permanent de partenaires (Bahamas, Canada, El Salvador, États-Unis, Guatemala, Jamaïque, Kenya, Haïti) pour orientation stratégique et coordination politique.
 ◦ Désignation d’un Représentant spécial pour la FRG et d’un commandant de force.
 ◦ Définition d’une stratégie, d’indicateurs et critères de réussite dans les 9 mois.
 ◦ Respect strict de la souveraineté haïtienne et du droit international, y compris droits humains.

• 💰 Financement et transparence :
 ◦ Dépenses de personnel financées par contributions volontaires.
 ◦ Renforcement du fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la FRG.
 ◦ Obligation de transparence, discipline et mécanismes de contrôle stricts pour les contingents.

Réserves et critiques des puissances sceptiques

Le projet de résolution a rencontré des réticences. Pékin a dénoncé une « carte blanche » risquant de multiplier les victimes civiles et d’« alimenter les troubles » en l’absence d’une gouvernance nationale solide.

La Russie a qualifié la mission d’« aventure dangereuse et mal conçue », estimant que la véritable solution réside dans le renforcement de l’État haïtien et dans la lutte contre les causes profondes : prolifération d’armes, crises de gouvernance et ingérences étrangères.

Ces délégations rappellent que les interventions onusiennes des 30 dernières années n’ont pas empêché les crises répétées et ont parfois alimenté le ressentiment de la population envers l’Onu.

Une fenêtre fragile pour l’avenir

À Port-au-Prince, le Collectif Défenseurs Plus reconnaît que « l’assistance internationale est devenue inévitable » face à une Pnh débordée et à une violence sans précédent. Mais il exige des garanties : mécanismes de redevabilité accessibles, tolérance zéro pour toute violation des droits humains et appui sans substitution aux institutions haïtiennes.



« La crise haïtienne est avant tout politique », insiste le collectif, qui met en garde : la Frg ne doit pas devenir une béquille pour un pouvoir sans légitimité, mais ouvrir un espace permettant une transition inclusive et des élections transparentes.

Le défi est immense : plus de 3000 personnes tuées au premier trimestre de 2025, plus d’un million de déplacés internes, 5,7 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë, et près de 85 % de la capitale contrôlée par des gangs lourdement armés.

Entre les espoirs de sécurité retrouvée et les craintes d’un nouvel échec international, la réussite de la Frg dépendra autant de sa capacité à briser l’emprise criminelle que de la volonté des actrices et acteurs haïtien.ne.s de reconstruire un État crédible.

Comme le souligne le Collectif Défenseurs Plus, « la sécurité est un droit, la souveraineté aussi ». [apr 1er/10/2022 22:00]

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