Tribune
Par le Mouvement haïtien de sauvetage national (Mohsana)
Soumise à AlterPresse le 6 février 2026
En Haïti, le 7 février n’est pas un simple repère calendaire. Cette date est chargée de mémoire politique, d’émotions collectives et d’attentes souvent déçues. À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, à la fin d’une administration de compromis, Haïti se trouve une fois de plus dans une impasse politique et institutionnelle : sans président élu, sans parlement et avec un pouvoir judiciaire fragile et parfois compromis.
Face à cette situation, le Mohsana publie la présente tribune et formule ses 7 recommandations et 7 messages pour la phase finale de la transition politique.
Texte 1- Sept actions structurantes pour garantir la réussite de la phase finale de la transition politique
Message du Mouvement haïtien de sauvetage national (Mohsana)
06-02-2026
En Haïti, le 7 février n’est pas un simple repère calendaire. C’est une date saturée de sens, chargée d’affects politiques, de souvenirs collectifs et d’attentes souvent déçues. À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, à la fin d’une administration de compromis, Haïti se trouve une fois de plus dans une impasse politique et institutionnelle : sans présidence démocratiquement élue, sans parlement et avec un pouvoir judiciaire fragile et parfois compromis. Face à cette situation critique, il ne s’agit pas d’envisager une simple continuité institutionnelle, mais une rupture nette avec les échecs répétés des transitions précédentes, pour refonder l’État-nation, rétablir la sécurité, la légitimité politique et la confiance citoyenne. Le Mohsana appelle à une transition de responsabilité, d’intégrité, de patriotisme, de compétence et de résultats. Il propose sept actions structurantes pour garantir la réussite de la phase finale de la transition politique.
1- Départ ordonné du Conseil présidentiel de transition et du gouvernement en place
Le Conseil présidentiel de transition (Cpt) et le gouvernement actuel ont failli à leur mission fondamentale, à savoir le rétablissement de la sécurité, la stabilisation du pays et l’organisation d’élections crédibles. Leur départ ordonné, pacifique et encadré est une condition essentielle pour restaurer la crédibilité du processus de transition et prévenir le chaos ainsi que les dérives institutionnelles. Aucune ambassade étrangère ne devrait passer outre cette revendication populaire.
2- Mise en place d’un exécutif technocratique bicéphale
Le Mohsana préconise l’installation d’un exécutif technocratique bicéphale, fondé sur la compétence, l’intégrité, le patriotisme et l’expérience, et doté d’un mandat strict de 18 mois. Cet exécutif non-partisan aura pour priorités : le rétablissement de la sécurité à l’échelle nationale, le renforcement des institutions républicaines, une réponse urgente aux besoins critiques de la population (sécurité alimentaire, services sociaux de base, sécurité résidentielle), l’organisation d’élections générales libres, inclusives et crédibles. La première étape de cette action consiste à installer un Comité national de Contrôle et de suivi de la transition (Cnest), pour superviser les actions des deux branches de l’exécutif.
3- Démantèlement des gangs et poursuite contre leurs réseaux de soutien
Aucune transition n’est possible sans sécurité. Le Mohsana exige l’arrestation et le jugement des chefs de gangs et la poursuite de leurs soutiens politiques, financiers et logistiques. Le rétablissement de l’ordre public est une condition préalable à toute reconstruction nationale.
4- Interdiction de départ et poursuites judiciaires contre les personnes et les responsables incriminés
La transition ne saurait s’inscrire dans la continuité de l’impunité. Une interdiction immédiate de départ à l’étranger doit être prononcée contre toute personne ou autorité soupçonnée de corruption ou de collusion avec les gangs armés.
Ces personnes doivent répondre de leurs actes devant un tribunal compétent, dans le respect des principes de l’État de droit. Cette action ne porte aucun préjudice à toute initiative de justice transitionnelle qui cherche à établir les responsabilités et la réconciliation, tout en combattant l’impunité.
La phase finale de la transition exige également un audit externe de l’administration publique et des organismes déconcentrés, du 12 janvier 2010 au 7 février 2026 : condition sine qua non de la rupture définitive avec “les causes de nos malheurs”.
5- Assainissement en profondeur de la diplomatie haïtienne
Il est impératif de procéder à un audit global de la diplomatie haïtienne, afin d’éliminer les emplois fictifs et les nominations sans compétence, et de redéfinir les missions diplomatiques autour d’objectifs économiques, stratégiques et sécuritaires précis, au service exclusif de l’intérêt national. Une révision souveraine des relations diplomatiques du pays est également opportune.
6- Création des conditions pour des élections libres et crédibles
Une fois révolu le règne des gangs armés, du narcotrafic et du financement occulte, le processus électoral doit être rapatrié et pleinement maîtrisé au niveau national, avec un cadre institutionnel crédible, un financement équitable des partis politiques représentatifs et des garanties réelles de transparence. Les élections doivent redevenir l’expression authentique de la souveraineté populaire.
7- Rétablissement de l’autorité de l’État et de la confiance citoyenne
La transition doit permettre le retour effectif de l’État sur l’ensemble du territoire, la relance des services publics essentiels et l’instauration d’un dialogue sincère avec la population. Sans confiance citoyenne, aucune réforme durable n’est possible. Le renforcement de l’appareil judiciaire est une autre priorité nationale pour renforcer l’autorité de l’État. Il ne s’agira pas seulement de former le personnel judiciaire ou de moderniser les infrastructures défaillantes (policières, judiciaires et pénitentiaires), mais aussi de renforcer l’indépendance des magistrats et de s’assurer de leur intégrité. C’est la condition de base pour lutter contre l’impunité et instaurer l’état de droit face aux défis de la criminalité (gangs, corruption) et de l’insécurité.
Au demeurant, le 7 février doit marquer le début d’une transition de rupture, fondée sur la responsabilité, la compétence et l’intérêt général. Le peuple haïtien ne peut plus se permettre une transition de façade.
Pour le Comité exécutif du Mohsana :
Francklin Benjamin
Nancy Edouard
Roberson Edouard
Sauveur Pierre Etienne
Jean-Hérald Legagneur
Texte 2- Sept messages au peuple haïtien pour le 7 février 2026 Mouvement haïtien de sauvetage national (Mohsana)
En Haïti, le 7 février n’est pas une simple date : c’est une déflagration symbolique. Jour chargé de mémoire, d’émotions politiques et d’espoirs trop souvent trahis, il concentre à lui seul les tensions et les attentes d’un pays en quête de cap. À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, le Mohsana lance un appel clair : il faut une transition guidée par la responsabilité, l’intégrité, le patriotisme, la compétence et des résultats tangibles. Le mouvement adresse ainsi sept messages au peuple haïtien, autant de balises destinées à orienter la dernière phase de la transition politique.
Message 1 : le 7 février est le symbole d’une rupture
Dire « le 7 février » en Haïti, c’est convoquer un ensemble de références partagées. C’est une date saturée de sens, chargée d’affects politiques et de souvenirs collectifs. Le 7 février renvoie surtout et de manière quasi immédiate, à la chute de la dictature duvaliériste et la fin officielle de près de trente années d’autoritarisme héréditaire. Cette date s’inscrit dans la mémoire collective comme le symbole d’une rupture avec l’autoritarisme, l’arbitraire et un ordre politique fondé sur la peur, la personnalisation du pouvoir et l’absence de responsabilité publique. C’est aussi l’emblème d’une libération attendue, espérée, célébrée, quoique inachevée.
Message 2 : Le 7 février marque le refus du recommencement stérile
Le peuple haïtien ne veut plus recommencer indéfiniment la transition. Le 7 février fonctionne aussi comme un miroir des échecs répétés de la démocratie haïtienne. À chaque échéance, la société se projette : alternance, légitimité, normalité institutionnelle. Mais à chaque fois ou presque, la réalité rappelle la fragilité des institutions, la prééminence des rapports de force et la difficulté à inscrire l’État dans une temporalité stable. Le Mohsana insiste sur la nécessité d’une rupture qualitative, pas seulement institutionnelle, pour en finir avec le des transitions sans transformation, faisant les mêmes promesses, les mêmes exclusions et rencontrant les mêmes blocages. Le but n’est pas de provoquer le chaos ou une rupture aveugle, mais d’initier la phase finale d’une transition recentrée sur des objectifs précis, limitée dans le temps, fondée sur la compétence, l’intégrité et le patriotisme, et orientée vers des résultats mesurables pour la population en termes de sécurité, de bien-être et de progrès.
Message 3 : Le 7 février porte la promesse de la refondation
Le 7 février n’appelle pas au vide, mais à la refondation. Dans l’imaginaire sociopolitique haïtien, le 7 février incarne une promesse de refondation. Car après 1986, il ne s’agissait pas seulement de tourner une page, mais de réinventer l’État, la citoyenneté et la relation entre gouvernants et gouvernés. Il s’agissait de répondre aux demandes sociales de démocratie, de justice, de bien-être pour tous les Haïtiens et les Haïtiennes, en Haiti.
Message 4 : Le 7 février rappelle la souveraineté nationale
Le 7 février rappelle que le pouvoir n’existe que par la volonté du peuple et pour le peuple. Le Mohsana retient que, dans l’imaginaire collectif haïtien, le 7 février marque la fin des pouvoirs sans mandat clair, sans résultats tangibles, sans horizon collectif. Cette date n’appartient ni aux élites, ni aux arrangements politiques temporaires, ni aux acteurs internationaux, mais au peuple haïtien qui, en 1986, a mis fin à un système politique devenu illégitime. Dans le contexte du 7 février 2026, la transition doit tirer sa légitimité de son alignement avec la souveraineté populaire et non d’un dictat international ni d’une compromission entre les ingénieurs du chaos actuel (classe politique, secteur privé, société civile et communauté internationale). Le Mohsana se tient du côté du peuple et de sa mémoire, et non parmi ceux et celles qui négocient son avenir à huis clos.
Le 7 février rappelle également une tension persistante : celle entre la recherche du soutien international et la préservation de la souveraineté nationale. Cette tension n’est ni nouvelle ni contemporaine : elle traverse toute l’histoire d’Haïti. Le symbolisme du 7 février agit ici comme un rappel que l’aide, la médiation ou l’accompagnement extérieurs ne sauraient se substituer à la volonté populaire ni se transformer en tutelle politique.
Faire du 7 février un moment de vigilance contre l’ingérence étrangère, c’est rappeler que la souveraineté n’est pas un acquis définitif ; elle se reconstruit et se défend continuellement, surtout dans des contextes de crise prolongée. C’est faire preuve de grande lucidité : accepter la coopération internationale lorsqu’elle est nécessaire, mais sans jamais renoncer au droit fondamental du peuple haïtien à décider de son avenir. La vigilance contre l’ingérence étrangère s’exprime aussi par une méfiance envers les solutions imposées de l’extérieur ou à l’égard des arrangements politiques soutenus, encouragés ou validés par des acteurs internationaux.
Message 5 : Le 7 février charrie une exigence de vérité et d’intégrité
Le 7 février exige la vérité politique. Dans l’imaginaire collectif, cette date constitue une limite morale. Elle marque le moment où toute autorité doit rendre des comptes, où toute transition doit justifier son utilité, et où toute prolongation sans résultats devient une source de rupture entre l’État et la nation. Le pouvoir qui s’installe dans la prolongation, l’ambiguïté ou l’exception permanente finit par s’user lui-même. Une autorité transitoire qui ne parvient plus à se justifier par ses résultats, sa clarté ou sa capacité à préparer l’avenir s’expose à une crise de confiance profonde et dans le cas actuel a exacerbé les crises politiques, économiques et sociales. Le 7 février 2026 est un moment de reddition de comptes symbolique. Le peuple haïtien constate l’échec du Cpt et du gouvernement et appelle à leur départ ordonné.
Message 6 : Le 7 février lance un avertissement
Le 7 février n’est pas seulement une date de rupture passée ; c’est aussi une date qui avertit. Au-delà de l’événement lui-même, elle prévient que l’accumulation de frustrations, l’absence de redevabilité et la confiscation prolongée du pouvoir finissent toujours par produire une rupture, parfois brutale. Le Mohsana rappelle que l’histoire politique du pays n’a jamais été neutre ni indulgente envers les pouvoirs qui se coupent durablement du peuple. Quand les autorités politiques s’éloignent des intérêts de la nation, elles finissent toujours par perdre leur assise et leur légitimité, parfois dans le sang.
Le 7 février est devenu, dans la conscience collective, un rappel silencieux : aucun pouvoir, fût-il soutenu par une puissance étrangère, ne peut durablement gouverner contre le sentiment majoritaire d’injustice, d’exclusion ou d’abandon. C’est une leçon tirée de l’expérience historique haïtienne telle qu’elle est généralement interprétée dans le débat public.
Message 7 : Le 7 février est un moment de vigilance collective
En Haïti, le 7 février est progressivement devenu un moment de vigilance collective. qui s’exprime dans la rue et dans l’espace public : manifestations, prises de position, débats médiatiques, etc. Il s’agit d’un repère symbolique où la société s’interroge sur l’état réel de la démocratie, de la légitimité du pouvoir et du respect des engagements publics. Cette vigilance trouve sa source dans l’expérience historique du 7 février 1986 qui a laissé dans la mémoire nationale l’idée que la passivité face à l’abus de pouvoir a un coût élevé.
Le 7 février agit ainsi comme un signal d’alerte civique. Il rappelle que la légitimité n’est jamais acquise définitivement, qu’elle doit être entretenue par la transparence, la redevabilité et la capacité à produire des résultats perceptibles pour la population.
Faire du 7 février un moment de vigilance ne signifie pas appeler à la défiance systématique ni à l’instabilité. Il s’agit plutôt d’un exercice de citoyenneté : se souvenir, questionner, vérifier, s’engager, revendiquer...
Pour le Comité exécutif du Mohsana :
Francklin Benjamin
Nancy Edouard
Roberson Edouard
Sauveur Pierre Etienne
Jean-Hérald Legagneur
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