P-au-P, 30 janvier 2026 [AlterPresse] --- Une branche de l’accord de Montana, dit accord du 30 août 2021, appelée Assemblée des signataires de l’accord de Montana, met en garde contre un risque d’aggravation de la crise en Haïti, apprend l’agence en ligne AlterPresse.
Dans une lettre publique datée du 29 janvier 2026, adressée à la Communauté internationale, notamment à la Communauté des Caraïbes (Caricom), et consultée par l’agence en ligne AlterPresse, elle alerte sur les dangers d’une solution imposée de l’extérieur.
Face à l’impasse politique actuelle, « toutes solutions imposées de l’extérieur ne feraient qu’aggraver la crise, renforcer la dépendance politique du pays et éloigner davantage l’État haïtien des aspirations de la population », préviennent ces organisations.
Un profond blocage institutionnel est à l’origine de la crise politique actuelle. Celle-ci est aggravée par les pressions exercées par les États-Unis d’Amérique sur certains membres du Conseil présidentiel de transition (Cpt), ainsi que par le refus de son coordonnateur, Laurent St-Cyr, de donner suite à la résolution adoptée par la majorité des membres visant la révocation du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, relèvent-elles.
Les signataires évoquent les faiblesses internes de la transition, marquée par des ingérences, des conflits d’intérêts et l’absence de consensus national autour de l’accord du 3 avril 2024, conclu avec l’appui de personnalités de la Caricom.
Ils déclarent soutenir la révocation du premier ministre, malgré les menaces des États-Unis et de plusieurs autres pays.
Sanctions américaines contre des membres du Cpt
Cinq membres sur neuf du Cpt ont vu leurs visas révoqués par les États-Unis, dans le cadre de sanctions visant, selon l’administration politique à Washington, des responsables haïtiens, qu’elle accuse d’avoir contribué à la déstabilisation du pays par les gangs armés.
Les visas de deux autres membres du Cpt, ainsi que celui d’un ministre du gouvernement haïtien, ont également été annulés, selon une communication du Département d’État des États-Unis.
Ces restrictions surviennent trois jours après des mesures similaires contre deux autres conseillers-présidents, tandis qu’un premier membre du Cpt avait déjà été sanctionné fin novembre 2025.
Dans un message publié sur le réseau social X, le jeudi 22 janvier 2026, le Département d’État américain a qualifié d’« illégale » toute tentative du Cpt de modifier la composition du gouvernement.
L’administration politique à Washington a exigé le maintien du premier ministre, qu’elle considère comme « essentiel » aux efforts de lutte contre les gangs armés et de stabilisation du pays.
L’Assemblée des signataires de l’accord de Montana rejette les injonctions internationales, qu’elle juge contraires à la souveraineté nationale et risquant d’aggraver la crise.
Elle plaide pour une conférence des protagonistes, en vue d’une reconfiguration consensuelle de la gestion politique, d’une feuille de route adaptée et d’une entente politique permettant de relever les défis de la transition.
Dans une précédente note, elle avait estimé que la révocation du premier ministre ouvrirait de nouvelles perspectives politiques, notamment par la nomination d’un premier ministre par intérim réellement indépendant des oligarchies économiques et des agendas étrangers.
Elle appelle à la convocation urgente des forces politiques, sociales et populaires pour conclure un accord inclusif avant le 7 février 2026, fondé sur la justice sociale, la souveraineté nationale et l’équité.
Appel à privilégier le dialogue politique
Dans une note, la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie (Cfhci) encourage le gouvernement en place à poursuivre, avec l’appui des partenaires internationaux, les efforts pour rétablir la sécurité et organiser des élections crédibles, inclusives et transparentes.
Tout en exprimant ses inquiétudes face aux tensions politiques, elle invite les autorités à privilégier le dialogue, la retenue et le sens de l’État.
Toutefois, elle appelle au respect de l’échéance du 7 février 2026, fixée dans l’accord politique du 3 avril 2024, pour le mandat du Cpt, estimant que ce Conseil ne saurait bénéficier d’aucune prolongation.
« Cette échéance demeure une référence commune pour l’ensemble des actrices et acteurs, afin d’éviter toutes incertitudes supplémentaires et de préserver une stabilité institutionnelle déjà fortement fragilisée », souligne la Cfhci.
Mise en garde contre une fragmentation qui profite aux gangs
De son côté, la Communauté des Caraïbes (Caricom) a exhorté les protagonistes à mettre fin aux divisions politiques au sein du pouvoir de transition, dans un contexte de criminalité persistante des gangs armés.
Cette fragmentation ne profite qu’aux groupes criminels, souligne l’organisation régionale, qui appelle les parties à dépasser leurs divergences et à parvenir à un consensus.
Elle souhaite le rétablissement d’une stabilité politique, d’une sécurité et d’une paix durable en Haïti, en vue de l’organisation des élections et de la concentration des efforts sur la croissance économique et le développement durable, au bénéfice de toutes les Haïtiennes et de tous les Haïtiens. [emb rc apr 30/01/2026 15:40]
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