Dans son documentaire « Haïti-Chili choc et rencontre », le cinéaste Arnold Antonin attire l’attention sur la situation des migrants haïtiens en situation irrégulière au Chili, à environ deux semaines de l’investiture du nouveau président d’extrême-droite chiliien José Antonio Kast.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 04 mars 2026 [AlterPresse] --- À l’occasion de la première de « Haïti-Chili choc et rencontre », Arnold Antonin a attiré l’attention sur la situation des Haïtiennes et Haïtiens en situation irrégulière, à l’approche de l’investiture, le 11 mars 2026, du président d’extrême droite José Antonio Kast.
Le film d’Antonin documente, quant à lui, l’ampleur de la présence haïtienne au Chili.
Estimée en 2023 entre 184,000 et 200,000 personnes, la migration haïtienne a été perçue initialement comme un choc par une partie de l’opinion chilienne. Elle s’inscrit désormais dans le paysage social et culturel du pays.
Toutefois, la situation demeure fragile pour les migrantes et migrants en situation irrégulière, confrontés à la menace d’expulsion brandie par certains responsables politiques, notamment le président élu José Antonio Kast, figure de l’extrême droite chilienne.
Dans ce contexte, à Pétionville (périphérie est), lors de la présentation récente du film, à laquelle a assisté AlterPresse, le cinéaste appelle à une plus grande vigilance et exhorte les autorités haïtiennes à porter assistance à leurs ressortissanres et ressortissants en difficulté.
Le dirigeant politique chilien a, d’ailleurs, mis en garde les étrangères et étrangers en situation irrégulière, les appelant à quitter le pays de leur propre gré avant son arrivée au pouvoir, sous peine d’expulsion.
Outre les Haïtien·ne·s, des Vénézuélien·ne·s et des Bolivien·ne·s sont également concerné.e.s.
Fort de son expérience au Venezuela dans les années 1980, où il avait contribué à faciliter la régularisation de migrantes et migrants haïtien,ne.s, Arnold Antonin insiste sur la nécessité d’un encadrement structuré et d’une organisation collective des communautés migrantes, afin de mieux faire face aux aléas politiques et sociaux.
Rêve de retour et encrage
Arnold Antonin observe que nombre de migrantes et migrants haïtien.ne.s considèrent encore l’Amérique latine comme un espace de transit plutôt que d’installation durable, demeurant profondément attaché.e.s à leur culture et nourrissant l’espoir d’un retour au pays, lorsque les conditions s’amélioreront.
Certaines et certains hésitent même à acquérir la nationalité du pays d’accueil, afin de préserver la possibilité de briguer un jour des fonctions électives en Haïti.
Arnold Antonin présente, dans son film, la vie de ces femmes et ces hommes originaires d’Haïti, qui ont su s’adapter au Chili. À l’image du danseur et sociologue Evens Cherisma, de la chanteuse Florie Alsaint, d’un ancien artisan du Village Noailles devenu enseignant, d’un restaurateur dont la cuisine haïtienne séduit une clientèle majoritairement chilienne, ou encore d’une marchande exerçant en pleine rue.

Le cinéaste expose comment ces migrantes et migrants participent activement à l’économie locale, créent des emplois, transmettent leurs savoirs et enrichissent le patrimoine culturel du pays d’accueil à travers la gastronomie, la musique, la danse, la poésie, la littérature et l’artisanat.
Certains enseignent même à l’université, d’autres fondent des entreprises ou s’illustrent sur les scènes artistiques.
« Elles et ils accomplissent un remarquable travail de transmission de la culture haïtienne », remarque Arnold Antonin, qui met en avant notamment cet ancien artisan du Village de Noailles qui enseigne l’art du fer découpé, ainsi que les artistes Evens et Florie, deux véritables ambassadeurs de la culture haïtienne.
Le film met aussi em exergue l’enthousiasme du Chili pour les musiques traditionnelles et folkloriques d’Haïti ainsi que la rencontre interculturelle, un mariage des sensibilités illustré notamment par la formation de couples mixtes et l’émergence d’une nouvelle génération métissée au Chili.
Enjeux de migration
Arnold Antonin s’emploie ainsi à déconstruire les représentations négatives, souvent associées aux migrantes et migrants, en opposant aux discours de stigmatisation une réalité faite de travail, de créativité et de contribution active aux sociétés d’accueil.
Les migrations apparaissent ici non comme un fardeau, mais comme une ressource économique, culturelle et humaine.
Le réalisateur souhaite également adresser un message d’espoir aux migrantes et migrants : l’Amérique latine regorge d’opportunités et permet la construction d’un avenir prospère, sans qu’il soit nécessaire de risquer sa vie en quête d’un hypothétique Eldorado aux États-Unis, au Canada ou en France.
Dans un contexte où les politiques migratoires se durcissent, notamment aux États-Unis, ce film invite à reconsidérer l’Amérique latine et les Caraïbes comme des espaces d’ancrage légitimes et prometteurs pour les Haïtiennes et Haïtiens.
Il forme, par ailleurs, le vœu que cette œuvre contribue à renforcer les relations entre Haïti et les pays d’Amérique latine, et qu’elle serve d’outil de réflexion pour les communautés haïtiennes de la diaspora sur le sens profond et les enjeux de la migration.
Produit il y a trois ans, ce documentaire a été présenté pour la première fois au public, le samedi 21 février 2026, au Centre culturel Haïti-Brésil, à Pétionville. [cj gp apr 04/03/2026 20:00]
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