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Détenus sans eau à Morne Casse : L’Avred-Haïti alerte sur la crise des prisons en Haïti

Privés d’eau depuis plus d’un mois, des détenus de la prison de Morne Casse, à Fort-Liberté (Nord-Est), vivent dans des conditions sanitaires alarmantes. L’Association des volontaires pour la réinsertion des détenus en Haïti (Avred-Haïti) dénonce une situation qui illustre la crise persistante du système pénitentiaire haïtien, marqué par la surpopulation, la détention préventive prolongée et le manque de moyens.

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 10 mars 2026 [AlterPresse] ---Privés d’eau depuis plus d’un mois, des détenus du centre carcéral de Morne Casse, à Fort-Liberté (Nord-Est), vivent dans des conditions sanitaires alarmantes, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

L’Association des volontaires pour la réinsertion des détenus en Haïti (Avred-Haïti) tire la sonnette d’alarme sur cette situation particulièrement critique, qui reflète les difficultés structurelles du système pénitentiaire haïtien.

La problématique des prisons en Haïti perdure depuis de nombreuses années. Les conditions de détention demeurent particulièrement préoccupantes pour les personnes incarcérées, dont les droits fondamentaux les plus élémentaires continuent d’être largement bafoués.

Intervenant à l’émission FwoteLide, diffusée sur AlterRadio (106.1 FM et en ligne), Jude Chéry, président de l’Avred-Haïti, attire l’attention sur la situation du centre carcéral de Morne Casse, qui abrite exclusivement des personnes déjà condamnées.

L’établissement fait face à un grave problème d’approvisionnement en eau. Depuis plus d’un mois, les détenus n’ont pas accès à l’eau de service, en raison d’une panne du système d’alimentation. La prison ne dispose ni de puits artésien, ni de génératrice ou de pompe permettant d’acheminer l’eau vers le réservoir du bâtiment.

Cette situation représente un risque sanitaire majeur pour les détenus, contraints parfois de passer une à deux semaines sans pouvoir se laver.

Jude Chéry déplore également l’impuissance des autorités pénitentiaires, évoquant un budget limité et des moyens logistiques insuffisants pour répondre aux besoins urgents de l’établissement.

Une infrastructure pourtant présentée comme moderne

Inaugurée en août 2016 sur la route nationale numéro 6, à environ cinq kilomètres du centre de Fort-Liberté, la prison civile de Morne Casse avait été présentée comme l’une des infrastructures pénitentiaires les plus modernes du pays. Construite sur une superficie de 2,852 mètres carrés, elle possède une capacité d’accueil estimée entre 500 et 600 détenus.

L’établissement avait notamment été conçu avec des cellules, équipées de blocs sanitaires et de grillages favorisant l’aération.

Sa construction a été réalisée dans le cadre d’un partenariat entre le gouvernement haïtien et celui des États-Unis, par l’intermédiaire du Bureau international des affaires de stupéfiants et de l’application de la loi (Inl), pour un coût d’environ huit millions de dollars américains.

Un problème généralisé dans les prisons du pays

La situation observée à Morne Casse n’est toutefois pas un cas isolé. Elle reflète une réalité commune à la majorité des établissements pénitentiaires du pays, marqués par la surpopulation, l’insuffisance alimentaire, l’absence de soins médicaux adéquats et des conditions de détention particulièrement précaires.

À l’issue de plusieurs visites effectuées dans différents centres de détention, notamment à Fort-Liberté, Grande-Rivière du Nord, Cap-Haïtien, Jérémie et Delmas 33 (zone métropolitaine de Port-au-Prince), Jude Chéry dresse un constat alarmant.

Il évoque des infrastructures souvent inadaptées, un personnel pénitentiaire insuffisant et une promiscuité extrême entre détenus. Dans certains établissements, adultes et mineurs se retrouvent même enfermés dans les mêmes espaces. À cela, s’ajoute l’absence de suivi médical, alors que certaines maladies circulent dans les prisons.

Le poids de la détention préventive prolongée

Un autre problème majeur, identifié par l’Avred-Haïti, concerne la détention préventive prolongée. De nombreux détenus attendent pendant de longues périodes que leur dossier judiciaire soit examiné.

Beaucoup réclament simplement la possibilité de comparaître devant un juge, afin que la durée de leur peine soit clairement établie. Cette incertitude pèse lourdement sur leur situation personnelle et compromet toutes perspectives de réinsertion sociale.

Selon Jude Chéry, le manque d’encadrement et d’accompagnement éducatif constitue également un facteur de risques pour la société.

« Les prisonniers ne sont généralement pas formés. Ils quittent les établissements sans aucun encadrement. Cette situation augmente la probabilité qu’ils retombent dans la délinquance », analyse-t-il.

La crise multidimensionnelle, que traverse Haïti, aggrave encore davantage la situation des établissements pénitentiaires.

L’acheminement de nourriture et de produits essentiels devient souvent difficile, voire impossible, en raison de l’insécurité et de l’inaccessibilité de certaines routes. Dans ces conditions, les détenus peuvent passer plusieurs jours sans recevoir un seul repas.

Changer le quotidien des détenus

Face à cette situation préoccupante, l’Avred-Haïti formule plusieurs recommandations.

L’organisation préconise, notamment, la construction de nouvelles prisons répondant aux normes internationales et situées à l’écart des zones résidentielles. La présence d’établissements pénitentiaires au cœur des quartiers habités pose, en effet, des problèmes de santé publique, notamment en raison des fosses septiques mal entretenues.

À titre d’exemple, la prison civile du Cap-Haïtien dégage régulièrement des odeurs nauséabondes, pouvant représenter un risque sanitaire pour les riveraines et riverains, fait remarquer Jude Chéry.

L’organisation recommande également l’installation de systèmes d’éclairage adéquats dans certains centres de détention.

À Grande-Rivière du Nord, par exemple, la prison est plongée dans l’obscurité totale durant la nuit. Ce qui favorise les tentatives d’évasion. Il y a deux ans, une trentaine de détenus avaient réussi à s’évader, lors d’un incident survenu en soirée.

Jude Chéry insiste sur l’urgence de désengorger les prisons et de résoudre le problème de la détention préventive prolongée. Il plaide également pour la mise en place de véritables programmes de réinsertion sociale et appelle la population à adopter un regard plus humain à l’égard des personnes incarcérées. [cj gp apr 10/03/2026 07:00]

Ci Page Facebook Avred-Haiti

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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