Par Gotson Pierre
Actualisation : 24 octobre 2024 à 10:00
P-au-P., 23 oct. 2024 [AlterPresse] --- L’archevêque de Port-au-Prince, Mgr Max Leroy Mesidor, a dressé le portrait du père Frantz Grandoit comme un semeur d’espérance, durant les funérailles du prêtre, déroulées le 23 octobre 2024, à Puits Blain, quartier de Delmas, en périphérie de la capitale.
Agé de 79 ans, le père Frantz Grandoit, membre de l’Akademi kreyòl ayisyen (Aka), est décédé le 18 octobre dernier à Port-au-Prince.
De nombreuses personnes ont fait le déplacement à l’église Notre Dame du Rosaire pour un dernier hommage au prêtre, spécialiste en éducation et gestion, connu pour son engagement politique et social.
La cérémonie religieuse a été dirigée par Mgr Mésidor, qui fut enfant de coeur du père Grandoit, qui a guidé ses premiers pas en tant que séminariste. Mgr Mesidor était entouré de plusieurs prêtres.
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Le prélat a souligné « un zèle admirable » du père Grandoit pour « l’annonce de l’évangile du salut et l’amélioration des conditions d‘existence des pauvres ».
Grandoit a également voulu « contribuer à la formation de citoyens engagés capables de semer l’espérance et de travailler au relèvement de la patrie. »

Dans une ambiance ponctuée de chants de circonstance portés par une chorale d’hommes et de femmes, une assistance nombreuse a pris part à la célébration. Plusieurs personnalités se sont recueillies aux cotés des membres de la famille et de ceux de diverses communautés religieuses, ainsi que des représentants de la société civile et divers intellectuels.

La présence de l’ancien ministre Paul Antoine Bien-Aimé, compagnon de combat du défunt, ainsi que celle de plusieurs hauts fonctionnaires de l’État, a été remarquée.
Dans son témoignage, Bien-Aimé a mis l’accent sur les « grands rendez-vous » du père Grandoit, dont celui de l’alphabétisation et de la fondation de l’Akademi kreyòl ayisyen, pour accompagner la langue dans ses transformations.
Ancien directeur de la Mission Alpha, campagne nationale d’alphabétisation créée par l’Église Catholique en 1985, le défunt a travaillé pour que la langue créole soit parlée par tous et toutes et pour que « tout le monde puisse compter dans la société ».
Dans les années 70, sous la dictature des Duvalier, il a pris part aux efforts de « louvri je ». Il a su transformer la pastorale classique en y intégrant une démarche de conscientisation. Le but, a-t-il précisé, c’était de parvenir à « un grand changement de société ».
le prêtre était un artisan de la révolte populaire contre la dictature des Duvalier en février 1986. Figure de la théologie de la libération et des Communautés ecclésiales de base (Ti Legliz), il a également oeuvré au sein de la Conférence haïtienne des religieux (Chr).
La vie de Grandoit était cohérente, grâce à sa « conception spéciale » de la parole de Dieu, « non seulement pour changer la vie de l’église, mais aussi celle de la société ».
Cette « cohérence » l’a amené à « vivre sa pauvreté à l’extrême » à Port-au-Prince et dans les montagnes de l’Artibonite, particulièrement à Desarmes, section communale de Verrettes, où il était basé.
En ces moments de « ténèbres », de crise multidimensionnelle en Haïti, Bien-Aimé a souhaité que la mort du père Frantz Grandoit apporte une « énergie spéciale » capable de ranimer le désir de changement.
A travers Internet, de nombreuses personnes ont également assisté à distance à la cérémonie, durant laquelle, dans son homélie, le père Ignace de Saint Martin a salué « une figure tant sur le plan social qu’ecclésial. »

La mort du père Grandoit plonge dans la tristesse non seulement les milieux religieux, mais aussi les secteurs populaires et les cercles académiques.
Il était à la fois, un agent d’éducation populaire, un initiateur et accompagnateur de mouvements paysans. Également promoteur de mouvements de femmes, il a participé activement à mettre en place le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf), selon des témoignages.
Il a aussi promu et encouragé la recherche en matière de médecine traditionnelle, a tenu à relever un ancien collaborateur, impressionné et qui cachait mal sa grande émotion. [gp apr 23/10/2024 23 :40]
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