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« La plus grande honte », c’est l’indifférence du monde face à Haïti, fustige Guterres

P-au-P., 16 juin 2026 [AlterPresse] --- Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), Antonio Guterres, a estimé mardi 16 juin à Port-au-Prince que « la plus grande honte » dans la crise haïtienne n’est pas la violence des gangs armés, mais l’indifférence de la communauté internationale, établissant un « lien direct » entre le manque d’engagement extérieur et l’absence de sécurité pour la population.

Au terme d’une visite présentée par les Nations unies comme un geste de solidarité envers les populations affectées par l’insécurité, Antonio Guterres a appelé les États et les bailleurs internationaux à accroître leur soutien à Haïti sur les plans sécuritaire, humanitaire et politique.

« La plus grande honte n’est pas la violence des gangs. La plus grande honte, c’est l’indifférence, celle d’un monde qui a trop longtemps regardé ailleurs », a déclaré Antonio Guterres lors d’une conférence de presse suivie par AlterPresse, au terme de sa visite officielle en Haïti.

« Il y a un lien direct entre l’absence de la communauté internationale et l’absence de sécurité pour le peuple haïtien », a-t-il ajouté.

Arrivé dans la matinée à Port-au-Prince, où il a été accueilli par le premier ministre de transition Alix Didier Fils-Aimé, Antonio Guterres a rencontré des familles déplacées par les violences, des acteurs humanitaires ainsi que des responsables engagés dans les efforts de rétablissement de la sécurité.

Il a décrit une crise « d’une ampleur extraordinaire », dont l’insécurité constitue selon lui la principale cause.

« Les gangs terrorisent le pays. Des familles entières sont déracinées. Des enfants sont privés de protection, d’école, d’avenir », a-t-il souligné.

Le secrétaire général a indiqué avoir été particulièrement marqué par les témoignages recueillis auprès de personnes déplacées par la violence armée.
« Ces familles ne m’ont pas demandé de la compassion. Elles attendent des actes », a-t-il déclaré.

Antonio Guterres a rappelé que plus de 6,4 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’assistance humanitaire en Haïti, tandis que près de 1,5 million sont déplacées à l’intérieur du pays. Environ six millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère.

Il a également attiré l’attention sur la situation des femmes et des enfants, indiquant que le recrutement d’enfants par les gangs a triplé en un an.

Le chef de l’Onu a par ailleurs dénoncé le sous-financement de la réponse humanitaire. Le plan des Nations unies pour 2026, évalué à 880 millions de dollars américains, n’est financé qu’à hauteur d’environ 25 %.

« Haïti ne demande pas la charité. Haïti demande que le monde tienne parole », a-t-il lancé.

Sur le plan sécuritaire, Antonio Guterres a rappelé que les violences des gangs ont fait plus de 2 300 morts et plus de 1 100 blessés depuis le début de l’année 2026, selon les chiffres des Nations unies.

Il a appelé la communauté internationale à renforcer son appui à la Force de répression des gangs (Frg), dont les premières opérations ont débuté ce mois-ci à Port-au-Prince en coordination avec les forces haïtiennes.

Après avoir rencontré les membres de cette force au Camp Vertières, il a estimé que son déploiement représente « une chance réelle » de faire reculer la violence et de rétablir progressivement l’autorité de l’État.

« Nous n’avons pas le droit de gâcher cette chance », a-t-il affirmé.

Le secrétaire général a également insisté sur la nécessité de lutter contre l’impunité, de renforcer les institutions judiciaires et de mettre fin aux trafics d’armes qui alimentent les gangs.

« Ces armes ne sont pas fabriquées en Haïti », a-t-il rappelé.

Au-delà des questions sécuritaires, Antonio Guterres a plaidé pour une accélération du processus politique. Après des échanges avec le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et plusieurs représentantes et représentants de la société haïtienne, il a appelé à restaurer la confiance et à progresser vers des élections crédibles.

« Le peuple haïtien n’a que trop attendu », a-t-il déclaré.

Malgré la gravité de la situation, le secrétaire général de l’Onu a affirmé quitter Haïti avec « un message d’espoir ».

« Pour la première fois depuis des années, on entrevoit le bout du tunnel », a-t-il estimé, appelant les autorités haïtiennes et la communauté internationale à transformer les avancées observées sur le terrain en résultats durables pour la population. [apr 16/06/2026 18:15]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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