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La crise d’Haïti abordée en marge de grands forums internationaux

Par Gotson Pierre

P-au-P., 20 févr. 2024 [AlterPresse] --- La crise multidimensionnelle haïtienne et les démarches en vue du déploiement dans le pays d’une force multinationale de sécurité dirigée par le Kenya sont soulevées en marge de plusieurs grands forums internationaux, dont la rencontre des ministres des affaires étrangères du Groupe des 20 (G20) au Brésil et la Conférence mondiale de Munich (Allemagne) sur la sécurité, observe AlterPresse.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken prévoit de discuter de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti avec les partenaires du G20, lors de la réunion qui se tient à Rio de Janeiro. Une rencontre spécifique de mobilisation de ressources devrait même être tenue, selon des informations disponibles.

La visite du chef de la diplomatie américaine au Brésil, où un entretien est programmé avec le président brésilien Lula da Silva, se déroule les 20 et 21 février 2024, selon une annonce officielle.

Le G20 est un forum intergouvernemental regroupant 19 des pays aux économies les plus développées, l’Union européenne et l’Union africaine. Le sommet des chefs d’État est fixé au mois de juillet 2024 au Brésil.

Déjà à la conférence internationale de Munich sur la sécurité, plus grand forum sur les problèmes de sécurité à travers le monde, les États-Unis n’ont pas cessé d’encourager leurs partenaires à s’engager en faveur de la mission qui doit se déployer en Haïti, dont la capitale est à 80-90% contrôlée par les gangs.

La vice-présidente américaine, Kamala Harris, qui participait à la conférence de Munich, n’a raté aucune occasion de soulever la question haïtienne, selon Phil Gordon, conseiller du président Joe Biden et conseiller à la sécurité de la vice-présidente.

Ce dernier intervenait, le samedi 17 février 2024, lors d’un panel spécial « Spotlite sur Haïti », animé par le président de la Conférence de Munich, Christoph Heusgen.

A coté des grands problèmes mondiaux dont nous devons nous inquiéter, « c’est aussi dans notre intérêt moral et stratégique de faire ce que nous pouvons pour Haïti », a-t-il dit, rapportant les propos de Kamala Harris.

« Nous avons parlé à nos partenaires qui ont le plus de ressources, les pays du G7 (7 pays les plus riches) et d’autres… Ce sera une opération coûteuse… Nous mettrons probablement la plus grosse part en terme d’argent, mais nous avons besoin de l’apport d’autres partenaires ».

A la réunion de Munich, Monica Juma, conseillère à la sécurité nationale du Kenya, a fait part de sa confiance en la réussite de l’opération et a insisté pour que la solidarité exprimée par plusieurs pays se transforme en « soutien concret à la mission ».

Le temps presse, a-t-elle dit, soulignant que 4 mois se sont déjà écoulés depuis que la mission a été autorisée le 2 octobre dernier pour une période d’un an.

José Singer, ancien envoyé spécial de la République Dominicaine au Conseil de sécurité, a, pour sa part, averti que si les fonds pour le déploiement de la mission n’étaient pas obtenus dans un bref délai, « une guerre civile totale » pourrait éclater en Haïti, avec des conséquences sur l’ensemble de la région.

Singer a aussi mis en garde contre le développement d’un foyer de « terrorisme international » dans le pays, tout en signalant combien « les symptômes » sont déjà visibles.

Conviée à la réunion, Tirana Hassan, directrice exécutive de l’organisme de défense des droits humains Human Rights Watch, a plaidé en faveur d’une réponse « holistique » à la crise multidimensionnelle haïtienne. Elle a appelé à considérer non seulement l’aspect sécuritaire, mais aussi « la crise humanitaire et à la crise des droits humains ».

« L’opération ne réussira que s’il y a le soutien logistique et financier nécessaire pour permettre à la mission de jouer son rôle en ayant une approche holistique ».

Hassan a aussi mentionné la nécessité « d’impliquer la société civile locale, les communautés locales » et de « mettre en place une sorte de système qui leur permet de signaler toutes sortes de problèmes et d’abus potentiels ».

Une position appuyée par Elisabeth Spehar, assistante secrétaire générale de l’Onu.

« Nous devons également préparer le terrain pour la mise en place de ce que j’appellerais des activités de consolidation de la paix à grande échelle, car sans cela - si nous n’avons pas de solution holistique - nous ne parviendrons pas à la stabilité ».

La violence des gangs ne cesse point de s’étendre à la capitale et dans plusieurs autres zones. Plus de 8,400 personnes ont été tuées, blessées et/ou kidnappées en 2023 en Haïti, plus de 310,000 personnes déplacées et plus de 1,000 écoles temporairement fermées, selon des chiffres de l’Onu.

Les prix des produits de base, y compris des produits alimentaires, ont augmenté jusqu’à 25 pour cent, avec les violences armées de ces dernières semaines. Près de la moitié de la population aura besoin d’une aide humanitaire et d’une protection en 2024, avec 4,35 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë. [gp apr 20/02/2024 00 :30]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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