P-au-P, 05 mars 2026 [AlterPresse] --- L’organisation de défense des droits humains Fondasyon je klere (Fjkl) dénonce trois contrats, signés par le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, au nom d’Haïti, dans un rapport consulté par l’agence en ligne.
Ils concernent la construction, l’exploitation et l’entretien de trois établissements pénitentiaires modernes à Source Matelas (Cabaret, département de l’Ouest), Morne Casse (Fort Liberté, département du Nord-Est) et Pasquette (Jacmel, département du Sud-Est), le rétablissement de la sécurité et de la stabilité en Haïti, en particulier dans la zone métropolitaine de la capitale, de Port-au-Prince, ainsi que la restructuration et la modernisation globale des services douaniers et d’immigration de la république d’Haïti.
En raison de leur caractère léonin, ces accords totalisant plus de 6 milliards de dollars constituent une véritable liquidation de la souveraineté nationale. Il s’agit d’une dérogation aux compétences régaliennes de l’État et d’un vrai scandale, estime la Fjkl.
Ces contrats portent gravement atteinte à la souveraineté nationale, en confiant des fonctions essentielles de l’État à des entreprises privées étrangères, sans garantir la protection des intérêts haïtiens, fustige l’organisme de droits humains.
La Fondasyon je klere exige une enquête, de la part des structures de lutte contre la corruption er des commisions parlemenatires à venir sur les motivations de ceux, qui ont signé ces contrats « léonins » au nom de l’État en Haïti.
Les trois contrats, dénoncés par la Fjkl, sont signés dans un contexte de crise sécuritaire et institutionnelle en Haïti, marqué par la montée en puissance des gangs terroristes armés et la faiblesse des institutions publiques.
Un contrat illégal de plus de 6 milliards de dollars sur 50 ans
Le 15 décembre 2025, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a signé, pour une durée de 50 ans, avec la société anonyme Metric Facility S.A, une convention de concession pour la conception, la construction, l’exploitation et l’entretien de trois établissements pénitentiaires modernes à Source Matelas (Cabaret), Morne Casse (Fort Liberté) et Pasquette (Jacmel).
Le coût de la construction des trois (3) établissements pénitentiaires, évalué hors taxes, s’élève à quatre-vingt-cinq millions quatre cent soixante-seize mille huit cent quatre-vingt-douze dollars américains et 0/00 (US $ 85,476,892.00 ; Ndlr : US $ 1.00 = 135.00 gordes ; 1 euro = 153.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 96.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui).
L’État haïtien s’engage à verser le montant de six milliards vingt-deux millions cinq cent mille dollars américains (US $ 6,022,500,000.00) à la compagnie Metric Correctionnal Facility S.A pour la location de ces trois prisons à construire en Haïti.
Les frais de construction desdites prisons seront supportés par l’État haïtien.
La convention a été signée pour Haïti par le titulaire du Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), Patrick Pélissier, et celui du Ministère de l’économie et des finances (Mef), Alfred Fils Métellus, et approuvée par le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
La Fjkl critique cette transaction, faite sans appel d’offres, par contrat de gré à gré, en violation de la loi fixant les règles générales relatives aux marchés publics et aux conventions de concession d’ouvrages de service public.
Une telle convention conduit à une augmentation de la dette publique de l’État, alors que celle-ci constitue toujours un fardeau pour la mise en place de politiques sociales en faveurs des plus vulnérables en Haïti, met-elle en garde.
Un contrat de défense avec Evergreen Trading System Limited
Un contrat de défense a été signé, le 4 février 2026, entre l’État haïtien et la compagnie Evergreen Trading System Limited, liée à Erik Prince, fondateur de Blackwater, pour une durée de dix ans, incluant deux années de mise en œuvre du projet et huit ans d’exploitation.
Représenté par Alfred Fils Metellus, Patrick Pélissier, Paul Antoine Bien Aimé et Jean Michel Moise., l’État haïtien est représenté par les Ministères de l’économie et des finances (Mef), de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), de l’intérieur et des collectivités territoriales (Mict) et de la défense (Md).
Ce contrat de défense vise « la restructuration et la modernisation globale des services douaniers et d’immigration de la république d’Haïti.
Les autorités en Haïti ambitionnent de renforcer la sécurité au niveau des frontières, d’optimiser les recettes fiscales et douanières, et d’accroitre la capacité de l’État à lutter efficacement contre la criminalité transnationale, la fraude fiscale et la contrebande.
Les ressources, tirées du « Fonds de restructuration et de modernisation des services douaniers », seront utilisées par l’État haïtien pour payer les services fournis par la firme Evergreen.
L’État haïtien s’engage à verser à la firme prestataire Evergreen des frais de mobilisation et mise en œuvre initiale, fixés de manière forfaitaire à treize millions six cent mille dollars américains (US $13,600,000.00), destinés à financer le lancement opérationnel du projet
Les intérêts de l’État ne sont pas protégés à travers ce contrat Evergreen et la rémunération à la firme prestataire Evergreen est exorbitante, voire scandaleuse, souligne la Fjkl.
« Les redevances de la firme prestataire sont calculées au-delà d’un seuil annuel plancher de Quatre cent cinquante-huit millions de dollars américains (US $ 458,000,000.00) de recettes perçue par l’Administration générale des douanes (Agd). Or, l’Agd dépassait ce seuil annuel plancher depuis l’exercice 2022-2023. Actuellement l’Agd rapporte en moyenne onze milliards de gourdes par mois à l’État. Ce qui représente près d’un milliard de dollars américains par an ».
Avec le seuil plancher, fixé arbitrairement dans le contrat, même sans faire aucun effort pour dynamiser les efforts de l’Administration générale des douanes (Agd) pour collecter les fonds de l’État, Evergreen gagnerait plus d’un milliard de dollars américains dans le cadre de ce contrat sur dix ans, relève l’organisme de défense des droits humains.
Les représentants de l’État, qui ont négocié ce contrat, ont-ils choisi de privilégier des commissions pour leurs intérêts personnels au détriment de l’État ?, se demande la Fjkl.
« Il y a, pourtant, moyens de renforcer nos institutions et de lutter efficacement contre la fraude, la contrebande et les crimes transfrontaliers, sans la signature de ce contrat, lequel implique, d’une manière ou d’une autre, l’abandon d’une partie de la souveraineté du pays », avance la Fjkl.
Elle déplore une absence, dans le contrat, de dispositions, qui permettraient à l’État haïtien de garder le contrôle sur les opérations, et de protocoles précis d’interventions et d’opérations prévoyant l’implication des entités haïtiennes.
« Aucune des promesses, faites par Eric Prince à l’État haïtien, n’a été tenu. L’aéroport international Maïs Gâté de Port-au-Prince est toujours fermé. Aucun des chefs de gang n’a été neutralisé. Les routes nationales sont toujours fermées et restent sous le contrôle des gangs. L’accès au port et aux zones avoisinantes n’est toujours par ouvert. Les gangs contrôlent toujours la zone de Kenscoff », expose la Fjkl.
L’utilisation des drones dans les quartiers populaires fait plus de dommages collatéraux au niveau de la population civile que des actions, véritablement, de neutralisation des gangs, signale la Fjkl.
L’utilisation des mercenaires étrangers est contre-productive, ajoute la Fjkl.
Un contrat de sécurité avec Windward Wyoming LLL
Un autre contrat de sécurité, jugé désavantageux, a été conclu avec la société Windward Wyoming LLC (Windward), une société immatriculée aux Émirats Arabes Unis.
L’organisme de défense de droits humains déplore le caractère extrêmement confidentiel de ce contrat, dont elle n’a pu obtenir qu’un projet (draft), malgré des preuves de décaissements effectués par le Ministère de l’économie et des finances.
L’État haïtien se serait engagé pour la somme de cinquante-deux millions dollars américains (US $ 52,000,000.00) pour une année, pour ce contrat visant à rétablir la sécurité et la stabilité en Haïti, en particulier dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.
D’avril à novembre 2025, la firme aurait reçu sept versements en gourdes et en dollars, selon l’état de décaissement constaté par la Fjkl dans un tableau de décaissements, effectués par le Ministère de l’économie et des finances. [emb rc apr 05/03/2026 13:55]
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