Par Charilien Jeanvil
P-au-P., 14 nov. 2024 [AlterPresse] --- Si le retour du milliardaire américain Donald Trump à la Maison Blanche américaine suscite de nombreuses préoccupations, notamment au sein de la communauté haïtienne aux États-Unis d’Amérique, les perspectives ne sont pas sombres pour autant, en se référant à l’intervention, le mercredi 6 novembre 2024, sur AlterRadio, de l’avocat Brian Concannon Jr., directeur exécutif de l’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti (Ijdh), suivie par AlterPresse.
La victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, le mardi 5 novembre 2024, ne laisse certes pas indifférent le juriste-activiste américain et défenseur des droits humains. Cependant, il ne croit pas à un changement en profondeur dans la politique étrangère américaine.
Brian Concannon met l’accent sur la continuité de l’approche diplomatique du gouvernement américain, démocrate ou républicain. Il ne perçoit aucun impact négatif, contrairement aux prévisions de plusieurs spécialistes des relations internationales.
Le candidat républicain s’est beaucoup accentué sur l’immigration, lors de sa campagne. En plus de sa volonté de stopper l’inflation, Donald Trump prévoit de combattre l’immigration clandestine et la criminalité, avec la mise en application de politiques migratoires rigides, comprenant des déportations massives.
Sur ce point, Brian Concannon considère, justement, combien des expulsions de migrantes et migrants en situation irrégulière sont attendues, comme cela a toujours été le cas avec les administrations précédentes.
Aucun gouvernement américain n’a déporté autant de migrantes et migrants haïtien-ne-s que celui du démocrate Joe Biden, relève Concannon.
« Une déportation massive des Haïtien-ne-s aura de lourdes conséquences sur l’économie américaine », nuance-t-il, en rappelant la contribution des migrantes et migrants haïtien-ne-s dans l’économie américaine.
L’aide à la sécurité en Haïti sera-t-elle renforcée sous l’administration de Donald Trump ?
Face à la situation chaotique en Haïti, en proie à une crise sécuritaire et humanitaire aiguë, Brian Concannon s’attend à une augmentation de l’aide américaine en faveur de la sécurité, arguant combien, historiquement, les républicains font de la sécurité une priorité.
Il est donc confiant du soutien que pourrait bénéficier la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), faisant remarquer combien cela entre dans le cadre de la politique étrangère élargie des États-Unis d’Amérique dans le monde, faisant référence à l’accord avec le Kenya dans l’objectif d’étendre sa puissance en Afrique de l’Est.
200 millions de dollars américains (Ndlr : US $ 1.00 = 132.00 gourdes ; 1 euro = 139.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 84.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui) ont été fournis à la Police nationale d’Haïti (Pnh) depuis l’année 2021, pour aider à former et équiper de nouvelles recrues ainsi que des unités spécialisées dans la lutte contre les gangs armés, a rapporté AlterPresse dans un article paru le 6 septembre 2024.
En outre, « les États-Unis ont livré récemment des véhicules blindés de transport de troupes (Apc), afin de doubler la flotte de la Mmas et d’améliorer la mobilité, ainsi que d’autres formes d’assistance », a informé l’ambassade américaine.
Une meilleure collaboration au Conseil de sécurité de l’Onu sur le dossier d’Haïti
Brian Concannon espère une meilleure collaboration au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu) sur le dossier d’Haïti.
Il fait part de son optimisme sur un possible accord entre les États-Unis, la Chine et la Russie, en vue de la transformation de la Mmas en une mission de maintien de la paix des Nations unies.
Sur la question de l’acheminement des armes à feu en Haïti, le responsable de l’Ijdh ne voit pas la mise en place de mesures strictes, censées limiter la circulation frontalière des armes à feu, disant qu’il a l’impression que cela dépasse l’administration américaine.
Le président américain Joe Biden avait annoncé, en mars 2023, un ensemble de restrictions sur les armes à feu, mais avait rappelé combien la responsabilité reviendrait au Congrès.
Il faut dire que la National rifle association (Nra), une puissante organisation qui défend le port d’armes aux États-Unis, est souvent accusée d’influencer grandement les décisions des politiciens américains sur la ratification des lois régissant les armes à feu dans le pays, alors que les fusillades se multiplient.
La Cour suprême des États-Unis avait, de son côté, confirmé, en juin 2024, une loi fédérale sur le contrôle des armes à feu, dans l’optique de protéger les victimes de violences domestiques.
Sanctions… Pas de changements conséquents en perspective
Sur la question des sanctions contre les personnalités politiques haïtiennes, impliquées dans la dégradation du climat sécuritaire, Brian Concannon n’envisage pas de changements conséquents avec la nouvelle administration.
Il s’interroge sur le peu d’impact des sanctions, rappelant combien des protagonistes avaient déjà été sanctionnés par l’administration Trump (première version) pour le massacre de la Saline en 2018.
Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu) a renouvelé, le 22 octobre 2024, le régime des sanctions internationales en application en Haïti.
Ces sanctions incluent un embargo sur les armes, des interdictions de voyager et le gel des avoirs visant des individus et entités, qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité en Haïti.
Une décision, qui a été saluée par la responsable de programme au Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), Rosy Auguste Ducéna.
Le Rnddh a, en outre, plaidé pour l’élargissement de la liste des personnes sanctionnées, pour une meilleure efficacité de la décision.
« Ce régime des sanctions constitue un outil de lutte contre l’impunité, les crimes financiers et les violations des droits humains en Haïti. En plus des chefs de gangs, il faut continuer à sanctionner toutes celles et tous ceux qui les soutiennent », a exigé la représentante du Rnddh. [cj gp apr 14/11/2024 06:00]
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001




