Par Emmanuel Marino Bruno
P-au-P, 21 avril 2026 [AlterPresse]--- La situation économique d’Haïti s’est fortement aggravée au cours de l’exercice fiscal 2023-2024, relève la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), dans un rapport publié le mardi 21 avril 2026 et consulté par l’agence en ligne AlterPresse.
« L’économie haïtienne a enregistré une récession de 4.2 % sur l’exercice, marquant ainsi une sixième année consécutive de croissance négative », souligne le rapport de la Cscca sur la situation financière du pays et l’efficacité des dépenses publiques pour l’exercice fiscal 2023-2024.
Un tel phénomène n’a pas d’équivalent récent dans la région Amérique latine et Caraïbes, précise le document, publié dans un contexte marqué par l’escalade de la terreur et d’autres violences des gangs armés, qui provoquent le déplacement de plus de 1,4 million de personnes et aggravent la situation humanitaire du pays.
Le tissu socioéconomique et les capacités de résilience du pays sont fragilisés par une inflation moyenne de 25.8 % et une aggravation de l’insécurité alimentaire touchant plus de 5,4 millions de personnes, expose la Cscca.

Initialement fixé à 320,6 milliards de gourdes (132.00 gourdes pour un dollar américain contre 141.00 gourdes en 2022-2023, précise la Cscca), le budget national a été revu à la baisse à 254,8 milliards dans le budget rectificatif, décidé en août 2024.
Pour l’exercice fiscal 2023-2024, les recettes collectées se sont élevées à 205,9 milliards de gourdes, tandis que les dépenses exécutées ont atteint 199,6 milliards, générant un surplus budgétaire de 6,4 milliards de gourdes.
Loin de traduire une consolidation des finances publiques, cet excédent « découle principalement d’une sous-exécution persistante des dépenses d’investissement », déplore la Cscca, révélant la difficulté de l’appareil public à orienter les ressources vers le renforcement du tissu productif.
Dépenses publiques inefficaces
Les dépenses de fonctionnement, pendant l’exercice fiscal 2023-2024, représentent près de 70 % du budget exécuté, limitant la part consacrée à l’investissement, indique le rapport de la Cscca.
« En matière d’exécution, les dépenses de personnel présentent un taux supérieur à 95 %, alors que les dépenses d’immobilisations, de biens et services et d’investissement sont souvent exécutées à moins de 35 %, et parfois à moins de 10 % ».
La Cscca impute cette situation à un manque de préparation des projets publics, aux contraintes sécuritaires dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, et à l’absence de dispositifs de suivi adaptés.
Elle relève une efficacité limitée des dépenses publiques, qui ont contribué faiblement à la croissance, à l’amélioration des services publics et à la situation sociale du pays.
Recommandations et pistes pour des réformes structurelles
La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif insiste sur la nécessité de mettre en œuvre des réformes structurelles, pour rendre les dépenses publiques efficaces.
En ce sens, elle recommande de mettre en place une stratégie nationale d’efficacité des dépenses publiques, d’engager un processus structuré d’évaluation des dépenses publiques, afin d’identifier les programmes à faible rendement et de réorienter progressivement les ressources vers les interventions prioritaires et capables de générer des effets multiplicateurs dans l’économie nationale.
Elle préconise de développer les capacités d’exécution au niveau régional et départemental, et de renforcer les équipes régionales, afin de faciliter l’exécution des projets hors de la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.
De telles actions contribueraient, selon elle, à limiter les effets des contraintes sécuritaires et d’instabilité, et à assurer une meilleure répartition territoriale des investissements.
La Cscca demande de normaliser la formulation des objectifs publics et de renforcer la cohérence entre mandats et moyens, et aux ministères d’adopter une méthode uniforme pour la définition de leurs objectifs et de veiller à ce que ceux-ci soient compatibles avec leurs ressources financières, humaines et techniques.
Cette normalisation améliorerait la lisibilité et la performance de l’action publique, estime-t-elle.
Elle appelle à mettre en place un dispositif interne de suivi périodique de l’exécution des projets.
Renforcer la mobilisation des ressources internes pour améliorer la soutenabilité budgétaire, élargir l’assiette fiscale et moderniser les administrations financières, instaurer un cadre de règles fiscales adapté aux contraintes du pays figurent parmi les propositions formulées.
La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif recommande l’adoption d’un mécanisme de discipline budgétaire, incluant un plafond de déficit et une cible minimale d’investissements. [emb rc apr 21/04/2026 11:55]
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