Placée sous le thème « L’IA est un outil, pas une voix », par l’Unesco, la commémoration de la journée mondiale de la radio ce 13 février 2026, représente l’occasion de mettre en avant l’importance capitale de la radio à travers le monde mais également à attirer l’attention sur les enjeux de l’utilisation de l’intelligence artificielle par ce média de masse qui évolue constamment avec le temps et l’émergence numérique.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P., 13 fév. 2026 [AlterPresse] --- L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) et le Conseil national des télécommunications (Conatel) appellent à une utilisation responsable et éthique de la radio, dans un contexte marqué par des transformations technologiques d’envergure, remarque l’agence en ligne AlterPresse.
Ces appels séparés sont lancés à l’occasion de la Journée mondiale de la radio célébrée ce vendredi 13 février 2025 à travers le monde, une journée qui met en lumière les profondes mutations que connaît ce média de masse, notamment à l’ère de l’intelligence artificielle.
L’organe exécutif du Conatel a saisi cette opportunité pour souligner le rôle central de la radio au sein des sociétés contemporaines, autour du thème « Radio et Intelligence artificielle », conformément au message conjoint de l’Union internationale des télécommunications (Uit) et de l’Unesco.
Placée sous le mot d’ordre « L’IA est un outil, pas une voix », cette commémoration constitue, selon l’Unesco, à la fois un avertissement et un appel à l’action.
Le Conatel a également rendu un hommage appuyé à la radio, qui demeure le média le plus suivi en Haïti, selon Reporters sans frontières (Rsf).
« Média de proximité par excellence, la radio demeure en Haïti un pilier essentiel de l’information, de l’éducation, de la sensibilisation et de la cohésion sociale. Accessible, résiliente et inclusive, elle continue de jouer un rôle déterminant dans la diffusion de contenus fiables, notamment en contexte de crise ou dans les zones à faible connectivité », rappelle le Conatel dans une note publiée la veille du 13 février.
À l’échelle mondiale, l’Unesco a également mis en exergue l’importance stratégique de la radio. Dans son message officiel, son directeur général, Khaled El-Enany soutient que « La radio a toujours été plus qu’un simple média. C’est un pilier de la liberté d’expression. La radio favorise la diversité culturelle. Elle contribue à l’éducation, à l’inclusion et au dialogue. Et en temps de crise, comme dans la vie quotidienne, elle reste l’une des sources d’information les plus fiables et les plus accessibles, en particulier pour ceux qui sont le plus souvent laissés pour compte ».
Gare à l’IA, une arme à double tranchant
L’essor de l’intelligence artificielle confère à la radio une dimension nouvelle. Cette technologie favorise l’amélioration et la démocratisation des contenus, facilite les processus de production et ouvre des perspectives inédites.
Toutefois, le Conatel et l’Unesco mettent en garde contre les dérives potentielles d’un usage non encadré de l’IA, susceptibles de porter atteinte à l’éthique journalistique. De telles pratiques pourraient fragiliser la crédibilité de la radio et, plus largement, ébranler les fondements mêmes de la confiance publique.
Ainsi, le Conatel invite l’ensemble des acteurs du secteur à réfléchir à une intégration responsable, inclusive et maîtrisée de l’intelligence artificielle, dans le respect des valeurs cardinales du journalisme : la liberté d’expression, la rigueur professionnelle et le droit du public à une information fiable et vérifiée.
L’Unesco insiste, pour sa part, sur l’urgence d’agir afin que la radio ne perde pas son essence face aux bouleversements induits par l’IA. Si cette technologie ouvre des horizons prometteurs, son utilisation doit impérativement s’inscrire dans un cadre éthique strict. C’est à cette condition, estime l’organisation, que l’intelligence artificielle pourra contribuer à renforcer la mission première de la radio : connecter les gens et renforcer la confiance du public.
Le directeur général de l’Unesco alerte contre les dangers liés aux contenus générés par l’IA, aux hypertrucages (deepfakes) et aux simulations vocales, susceptibles de propager la désinformation et d’estomper la frontière entre vérité et manipulation. « Ce qui est en jeu, souligne-t-il, c’est l’essence même de la radio : sa crédibilité, son intégrité et l’humanité de sa voix. »
Il exhorte en conséquence les radiodiffuseurs à adopter des cadres éthiques clairs et rigoureux pour l’utilisation de l’IA, fondés sur la transparence, la protection des données et la mise en place de garde-fous contre toute forme de manipulation, conformément aux principes énoncés dans la Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle (2021) de l’Unesco.
L’organisation plaide également pour un renforcement des capacités des radios, en particulier des stations indépendantes et communautaires, souvent plus vulnérables face aux mutations technologiques.
Haïti : L’impératif d’une action rapide et structurée
En Haïti, le débat a été approfondi lors de l’émission FwoteLide diffusée sur AlterRadio et animée par Gotson Pierre et Charilien Jeanvil. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de concilier responsabilité, professionnalisme et éthique dans l’adoption de l’intelligence artificielle par les médias radiophoniques.
Gotson Pierre, figure éminente du paysage médiatique haïtien, a reconnu les apports indéniables de l’IA et des technologies numériques au secteur radiophonique, tout en rappelant que l’intelligence artificielle doit demeurer un instrument au service de l’humain, et non l’inverse. Les risques d’un usage irrationnel ou malhonnête de cette technologie pour la société haïtienne ont également été soulignés.
L’émission a ainsi encouragé la formation continue des professionnel.le.s des médias et une appropriation réfléchie, critique et rationnelle de l’intelligence artificielle.
Cette réflexion renvoie plus largement à la nécessité d’une réforme profonde de la pratique journalistique en Haïti, à l’heure de l’explosion du numérique. Il apparaît en effet difficile de promouvoir la responsabilité et l’éthique lorsque l’exercice du métier ne repose pas sur une maîtrise rigoureuse de ses fondements et de ses principes essentiels. [cj gp apr 13/02/2026 17 :00]
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