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Insécurité : Défi insurmontable pour l’État en Haïti ?

Par Charilien Jeanvil

P-au-P., 30 nov. 2024 [AlterPresse] --- Les récents efforts du pouvoir en place pour juguler le fléau de l’insécurité n’aboutissent pas (encore) aux résultats escomptés, observe AlterPresse.

Des milliers d’habitantes et d’habitants continuent quotidiennement de vider certains quartiers à risque dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince tandis que d’autres sont constamment en proie à la violence des groupes armés.

Face à cette situation insoutenable, plusieurs spécialistes préconisent une réaction certes musclée de la part des forces de l’état déployées sur le terrain, mais mieux structurée.

C’est le cas de l’ancien secrétaire d’état à la sécurité publique, le colonel Himmler Rébu, qui déplore une absence de volonté réelle du pouvoir de résoudre la crise sécuritaire.

Intervenant à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, Himmler Rébu a décelé une carence de pensée stratégique dans les opérations de la Police nationale d’Haïti (Pnh) contre les groupes armés opérant sur tout le territoire national.

« L’État doit donner le ton, à travers ses entités, en accompagnant notamment les actions de la Pnh dans les zones ciblées » analysé le spécialiste et homme politique.

Lors d’une intervention récente à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, l’historien Michel Soukar a, lui, suggéré des mesures à l’État pour contrer le problème de l’insécurité.

Il a exhorté l’État à procéder rapidement à la mise en place d’un conseil de crise, réunissant des représentants de la police, de l’armée, des ministères de la défense, de l’intérieur et de la justice.

Le pouvoir en place doit instaurer rapidement un couvre-feu et l’état de siège. Les autorités peuvent aussi solliciter des retraités de l’armée et de la Pnh. Elles doivent en outre encadrer la population et définir un plan d’action puis consolider leur position, a énuméré Michel Soukar.

« Bwa kale » et faiblesse de l’État

L’ancien colonel Rébu perçoit le phénomène Bwa Kale comme le témoignage évident de la faiblesse de l’État, dans la lutte contre l’insécurité.

Himmler Rébu recommande un rétablissement de l’autorité de l’État.

Cela passe notamment par la reprise de toutes les structures judiciaires abandonnées, comme les tribunaux civils. Il rappelle qu’en tant de conflit, le premier rôle de l’État consiste à neutraliser les fauteurs de trouble, qui doivent être déferrés par-devant leurs juges.

L’État doit envoyer un signal fort à la population, préconise Himmler Rébu, qui décèle un manque de capacité des dirigeants actuels de s’organiser de manière autonome et responsable.

« Tous les organismes étatiques doivent être mobilisés », soutient l’ancien ministre de la jeunesse, des sports et de l’action civique. Il est nécessaire que toute action sociale soit scrutée souligne Rébu.

Il plaide pour une planification scrupuleuse des moyens logistiques dans le processus de démantèlement des gangs, suggérant à l’État de contrôler l’espace aérien, l’espace maritime et terrestre.

Enfin, concernant la formation d’un Conseil national de sécurité, figurant dans l’accord du 3 avril 2024, document de référence de la transition, Himmler Rébu croit que le texte doit être revu.

« Ça doit être une affaire strictement haïtienne », soutient-il, rejetant toute idée de participation internationale telle que suggérée dans le texte.

L’État doit revoir ses stratégies

En plus de l’inadéquation des actions policières contre l’insécurité, Himmler Rébu n’est pas non plus convaincu par la création récente d’un comité de gestion des déplacés de la violence des gangs et des déportés.

Il a questionné le bien-fondé de la mise en œuvre d’une telle structure. « On ne fait que réinventer la roue », regrette-t-il, arguant que l’État doit être organisé autour d’un ensemble de ministères pour adresser les problèmes nationaux.

« C’est au ministère des affaires sociales et du travail de régler le problème des déplacés », fait remarquer le dirigeant du parti politique Grand rassemblement pour l’évolution d’Haïti (Greh), ajoutant que les responsables ne feraient que désorganiser et affaiblir l’État.

Le gouvernement, dirigé par le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, vient tout juste d’annoncer la création du Comité de gestion des déplacés victimes des violences des gangs armés et des déportés haïtiens de l’étrange (Cgdd), qui ont provoqué une crise humanitaire qui menace la stabilité nationale et la cohésion sociale, peut-t-on lire dans une circulaire adressée aux membres du gouvernement et parvenue à la rédaction d’AlterPresse.

Constitué des ministres de l’intérieur, des affaires sociales, de la justice et de la sécurité publique, de l’agriculture, de la santé publique et de la population, de la planification et de la coopération externe et de la condition féminine et aux droits des femmes, le Cgdd a pour mission d’assurer une prise en charge effective et coordonnée des déplacés et des déportés.

Il doit coordonner et superviser les interventions en faveur des déplacés et des déportés, identifier les ressources nécessaires permettant à l’État d’assurer la prise en charge des concernés et proposer des mesures pour mieux faire face à cette situation.

Le comité doit aussi identifier les zones de localisation des déplacés et s’assurer de la disponibilité dans les zones de localisation des déplacés et déportés des infrastructures de base comme l’eau potable et les soins de santé.

Himmler Rébu invite le pouvoir à évaluer les besoins des victimes et garantir certaines conditions d’existence, dont leur logement et les structures nécessaires pour un retour à la vie normale dans un court délai, en martelant que le problème ne sera pas résolu avec la mise en place de commissions. [cj gp apr 30/11/2024 12:00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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