La fermeture de l’hôpital général à Port-au-Prince affecte grandement la population haïtienne. Plus de 2 ans après, des étudiantes et étudiants en médecine se mobilisent pour exiger sa réouverture, avec d’abord une relocalisation temporaire, dans un espace adapté permettant de desservir les résidentes et résidents dans l’aire métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 22 mars 2026 [AlterPresse] --- La communauté estudiantine de la Faculté de médecine et de pharmacie (Fmp) ainsi que de l’École de biologie médicale et d’optométrie de l’l’Université d’État d’Haïti (Fmp/Ebmo-Ueh) appelle à la réouverture de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (Hueh) à Port-au-Prince, fermé depuis plus de deux ans (depuis mars 2024) en raison de la dégradation du climat sécuritaire, une situation qui engendre de lourdes répercussions sur la population dans l’aire métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.
À l’occasion d’une marche pacifique, tenue le mercredi 18 mars 2026, les étudiantes et étudiants ont exigé la relocalisation temporaire et autonome de l’Hueh, conformément à un protocole d’accord signé le 24 septembre 2025. Elles et ils réclament ainsi la mise en place d’un dispositif complet, incluant l’ensemble des services hospitaliers ainsi que des dispositions techniques adéquates, afin de garantir la continuité des soins et de la formation médicale, a précisé, pour AlterPresse, Esdras Paul, président du Conseil des étudiantes et étudiants de la Fmp/Ebmo-Ueh.
Cette mobilisation a été présentée comme un véritable cri d’alarme.
Après plus de deux années de fermeture de l’Hueh, la population fait face à des conséquences devenues insoutenables, souligne Rood Steve Pierre, intervenant dans l’émission FwoteLide sur AlterRadio.
L’étudiant dénonce avec fermeté cette situation, qu’il juge intenable, et insiste sur l’urgence d’une réponse sanitaire. Il exhorte les autorités à agir sans délai, estimant que la population ne peut plus se permettre d’attendre.
Les étudiantes et étudiants exigent, en conséquence, la relocalisation de l’Hôpital général avant la fin du mois de mars 2026, avec la pleine disponibilité de ses services habituels. Elles et ils expriment également le souhait que cette relocalisation soit à la hauteur du prestige et du rôle historique de l’institution.
L’espace de la communauté haïtienne : Une alternative envisageable
La communauté estudiantine propose comme site de relocalisation l’espace de l’Hôpital de la communauté haïtienne, situé à Frères, à l’est de Port-au-Prince, actuellement inoccupé. Selon les étudiants Esdras Paul et Rood Steve Pierre, cet espace présenterait les caractéristiques nécessaires pour accueillir l’ensemble des services de l’Hueh, moyennant de simples travaux de réaménagement.
Un tel dispositif permettrait de desservir efficacement les communautés de Pétionville, Delmas et Tabarre, tout en couvrant l’ensemble de l’arrondissement de Port-au-Prince. Il favoriserait également l’application des principes de prise en charge collégiale, essentiels à la pratique de la médecine moderne.
Les conséquences de la fermeture de l’Hôpital général
Les manifestantes et manifestants ont rencontré notamment le titulaire du Ministère de la santé publique et de la population (Mspp), Bertrand Sinal, ainsi qu’un représentant du chef du gouvernement Alix Didier Fils-Aimé. Elles et ils ont exposé leurs doléances et rappelé les effets délétères de cette fermeture sur la population, les étudiantes et étudiants, les professionnelles et professionnels de santé.
Depuis plus de deux ans, l’accès aux soins se trouve considérablement restreint, en particulier dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.
L’Hueh, qui figurait parmi les plus importants centres hospitaliers du pays, accueillait quotidiennement près de 500 patientes et patients à des coûts largement accessibles.
Rood Steve Pierre s’interroge, à cet égard, sur le sort des couches les plus vulnérables, notamment les personnes atteintes de maladies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension.
La fermeture de l’établissement sanitaire compromet également la formation des futur.e.s professionnel.le.s de santé. Les étudiantes et étudiants rencontrent des difficultés pour accéder aux stages cliniques, tandis que les internes, résidentes et residents peinent à achever leur cursus, hypothéquant ainsi la formation des spécialistes de demain.
Par ailleurs, le coût des études s’alourdit, alors même que la majorité des étudiantes et étudiants évoluent dans un contexte de grande précarité. Nombre d’entre elles et d’entre eux sont contraintes et contraints de se tourner vers d’autres structures sanitaires, souvent déjà saturées et incapables de les accueillir.
Refusant une formation dégradée, la communauté estudiantine appelle l’État à assumer pleinement ses responsabilités.
La fermeture de l’Hueh, depuis mars 2024, a aggravé la prise en charge des maladies rénales en Haïti, comme l’a souligné, à l’émission FwoteLide, suivie par AlterPresse, le docteur Jean Hénold Buteau, néphrologue et professeur à l’Université d’État d’Haïti, lors de la Journée mondiale du rein le 12 mars 2026.
Dr. Buteau a déploré l’absence de centres publics spécialisés, alors que ces pathologies nécessitent des traitements particulièrement onéreux.
À cela s’ajoute la fermeture du service de dialyse de l’Office d’assurance accidents du travail, maladie et maternité (Ofatma), inauguré en mai 2017, aggravant davantage la situation.
Dans ce contexte, certaines décisions étatiques suscitent l’incompréhension. Alors que des ressources importantes auraient été mobilisées pour la relocalisation du Ministère des affaires étrangères et des cultes (Maec), les fonds alloués à l’Hôpital général demeurent largement insuffisants.
Le docteur Buteau a ainsi dénoncé une incohérence manifeste dans la hiérarchisation des priorités publiques, estimant que celles-ci ne correspondent pas aux besoins fondamentaux de la population haïtienne. [cj apr 22/03/2026 16:35]
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001




