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Haïti se dirige-t-elle vers une aggravation dramatique de sa crise énergétique ?

Par Gotson Pierre

P-au-P., 15 mai 2025 [AlterPresse] --- La crise énergétique haïtienne atteint un nouveau point critique, dans un contexte national déjà fragilisé par l’instabilité politique, la violence des gangs armés et l’effondrement de services publics essentiels, observe AlterPresse.

La coupure totale de la production de la principale centrale hydroélectrique du pays, conjuguée à une éventuelle paralysie imminente du secteur pétrolier, alimente les craintes d’un effondrement généralisé de l’accès à l’électricité.

Péligre à l’arrêt : un coup dur pour un réseau déjà défaillant

Depuis le mardi 13 mai 2025, la Centrale hydroélectrique de Péligre ne produit plus d’électricité, à la suite d’un boycott et d’actes d’invasion sur le site, situé dans le Plateau central (est du pays). L’Électricité d’Haïti (Ed’H) dénonce un « acte odieux », qui prive totalement d’énergie les zones encore alimentées jusqu’alors.

L’institution appelle les autorités à identifier et punir les responsables, tout en exigeant des mesures de sécurisation de la centrale. Elle alerte également sur les conséquences techniques et économiques de cette situation : le matériel d’exploitation, coûteux et difficile à remplacer, est mis en péril.

Ce boycott, non revendiqué, survient dans une zone déjà sous l’emprise croissante des gangs, notamment à Mirebalais, théâtre d’une spectaculaire évasion de 516 détenus, le 31 mars dernier.

Ce nouvel arrêt intervient alors que Péligre, déjà contrainte à une suspension temporaire de ses activités en septembre 2024 à la suite de manifestations locales, ne produisait déjà plus qu’une fraction de sa capacité d’origine, estimée à 54 mégawatts. Le réseau national, non interconnecté, demeure largement inefficace face à une demande de pointe évaluée à plus de 250 MW.

Le pétrole sous pression, l’économie menacée

En parallèle, le secteur pétrolier fait face à une menace existentielle. Dans une alerte adressée le 12 mai dernier au chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, l’Association des professionnels du pétrole et de l’énergie (Appe) évoque un risque « imminent de paralysie complète », en raison des pressions croissantes exercées par les gangs armés sur les axes de transport et les terminaux de stockage.

Les transporteurs sont quotidiennement confrontés à des menaces, des extorsions et à des conditions de circulation impossibles, mettant en péril la chaîne logistique pétrolière. L’Appe affirme que ses capacités sont au bord de l’épuisement.

En avril 2024, le blocage du terminal de Varreux – principal point d’entrée du carburant dans le pays – avait paralysé l’approvisionnement en fuel pendant plusieurs jours. Une telle situation risque de se répéter à tout moment.

Avec près de 86 % de l’électricité produite à partir de produits pétroliers, l’approvisionnement en carburant reste un défi structurel majeur en Haïti. La vulnérabilité du secteur énergétique à l’insécurité chronique rend la continuité de l’approvisionnement de plus en plus aléatoire, compromettant la fourniture d’électricité, le fonctionnement des hôpitaux, et l’activité économique dans son ensemble.

Entre la panne du plus grand barrage du pays et le spectre d’un blocus pétrolier total, Haïti s’enfonce dangereusement dans une spirale où l’électricité, déjà rare, pourrait devenir un luxe inaccessible. Ce scénario d’effondrement énergétique risque de précipiter le pays dans une nouvelle phase de crise aiguë, aux conséquences potentiellement irréversibles, si des solutions ne sont pas rapidement trouvées. [gp apr 15/05/2025 22 :00]

Photo : Grand-rue des Cayes, dans le Sud d’Haïti plongée dans le noir. Photographe : Zacharie Chery
Extraite d’une enquête publiée conjointement en octobre 2021 par AlterPressse et Connectas

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