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Haïti : Les échos de la reconnaissance par l’Onu de l’esclavage et de la traite comme crimes les plus graves contre l’humanité

Plusieurs instances et chercheuses/chercheurs ont salué la résolution de l’Organisation des Nations unies (Onu), qui, le mercredi 25 mars 2026, a reconnu la traite transatlantique des Africain.e.s et l’esclavage racialisé comme des crimes les plus graves contre l’humanité. Ils estiment que cette avancée majeure ouvre des perspectives d’espoir pour les pays exploités, qui pourraient enfin obtenir justice et réparations.

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 04 avril 2026 [AlterPresse] ---Le Comité national haïtien de restitutions et de réparations (Cnhrr) et le Collectif contre rançon ont salué la résolution, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 25 mars 2026, reconnaissant la traite transatlantique des Africain.e.s et l’esclavage racialisé comme les crimes les plus graves contre l’humanité.

« Il s’agit d’une avancée significative vers la réparation des préjudices historiques. Les États anciennement colonisateurs doivent prendre conscience de leurs responsabilités et engager des négociations avec les pays exploités afin de réparer les torts causés », a déclaré le professeur Ronald Jean-Jacques, secrétaire exécutif du Cnhrr, lors de son intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.

La résolution invite les États concernés, qu’ils soient colonisateurs ou victimes, à entrer en concertation pour évaluer les mécanismes susceptibles de conduire à une justice réparatrice, mémorielle et symbolique. Elle préconise également l’adoption de mesures concrètes et la réalisation d’études et de recherches nécessaires à l’avancement de ce processus, a souligné le professeur, qui attendait depuis longtemps une telle reconnaissance.

« Au nom des valeurs fondamentales que sont l’humanité, l’altruisme et la solidarité, il convenait de franchir ce palier », s’est félicité l’ancien coordonnateur de la Faculté des Sciences Humaines (Fasch/Ueh).

Le Cnhrr considère cette résolution comme une étape majeure dans les démarches visant à obtenir des restitutions et des réparations effectives.

Dans un communiqué transmis à AlterPresse, le Cnhrr souligne que ce vote ouvre un espace normatif inédit, ravivant l’impérieuse nécessité de réparer et de restituer les injustices perpétrées par les puissances coloniales et esclavagistes.

Haïti, doublement meurtrie par la rançon extorquée - 90 millions de francs or versés sur plus d’un siècle au profit de la France - et par les séquelles structurelles d’un esclavage érigé en système, demeure le symbole vivant d’une dette historique toujours impayée, rappelle le Cnhrr.

« Cette résolution marque à la fois une rupture et une continuité », a affirmé le docteur en histoire Georges Eddy Lucien, membre du Collectif contre rançon.

Il a souligné que la résolution met en lumière le caractère particulièrement cruel et durable de l’esclavage des Africain.e.s, un crime souvent relégué au second plan par rapport à d’autres tragédies historiques, comme la Shoah, largement mise en avant dans les productions culturelles occidentales.

Selon l’historien, la résolution reconnaît également que, malgré l’indépendance des pays anciennement colonisés, les dynamiques de la colonialité persistent et continuent de générer des inégalités, notamment sur le plan racial.

Une lutte pour la postérité

Le professeur Ronald Jean-Jacques, également membre du Cnhrr, appelle la communauté internationale à reconnaître la dignité et la fierté des peuples noirs, estimant que cette résolution constitue un pas considérable dans cette direction.

Le secrétaire exécutif du Cnhrr souligne par ailleurs que la mobilisation se trouve renforcée, notamment grâce au soutien d’organisations internationales telles que l’Union africaine.

« Nous continuerons à porter ce combat afin que des décisions concrètes soient prises », affirme-t-il.

De son côté, Georges Eddy Lucien considère que cette résolution constitue un élément supplémentaire dans la lutte pour la justice réparatrice, désormais placée au cœur du débat international. « Un débat est désormais ouvert », ajoute-t-il, y voyant un levier pour poursuivre les revendications.

Le vote de la France scruté

La France, à l’instar de plusieurs États européens, s’est abstenue lors du vote, invoquant son refus de cautionner une hiérarchisation des crimes. En revanche, 123 pays ont voté en faveur de la résolution, tandis que les États-Unis, Israël et l’Argentine s’y sont opposés.

Le Cnhrr rappelle toutefois que l’enjeu n’est pas d’établir une hiérarchie des souffrances, mais de reconnaître la spécificité historique de chaque crime, ainsi que ses mécanismes et ses effets structurels.

Selon le Comité haïtien des réparations et restitutions, l’esclavage colonial atlantique constitue incontestablement l’un des systèmes de déshumanisation les plus vastes, durables et structurants de l’histoire moderne.

Sur une période d’environ quatre siècles (XVe-XIXe siècles), plus de 15 millions d’enfants, de femmes et d’hommes africains furent déportés à travers l’Atlantique et réduits au statut de biens meubles, rappelle le Cnhrr.

Le professeur Georges Eddy Lucien dénonce, pour sa part, l’attitude de la France, qu’il estime éloignée d’une conception concrète de la justice réparatrice. Il plaide en faveur de mesures tangibles, incluant des compensations financières et la restitution d’œuvres, et appelle à une justice à la fois matérielle, politique et juridique. Selon lui, la France privilégie pour l’heure une approche essentiellement mémorielle.

La création, le 17 avril 2025, d’une commission mixte à l’initiative de l’Élysée s’inscrit, selon l’historien, dans cette logique.

Le Cnhrr exhorte enfin le gouvernement français à donner suite aux recommandations formulées dans la résolution des Nations unies en matière de justice, de restitutions et de réparations. Il insiste sur l’importance de la vérité, du devoir de mémoire, de l’éducation et de la justice historique comme fondements indispensables à la réconciliation et à l’instauration d’une paix durable.

L’adoption de cette résolution constitue également un rempart contre l’oubli, comme l’a souligné John Dramani Mahama, président du Ghana, pays à l’origine de cette initiative. [cj apr 06/04/2026 10:00]

Ci : Onu

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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