À l’ouverture du Forum national des investissements à Pétionville, l’économiste français Jacques Attali estime qu’Haïti se trouve à un moment charnière, marqué par une « fenêtre de tir » décisive. Il met en avant un double atout stratégique : une population très jeune, porteuse d’un important dividende démographique, et une position géographique privilégiée au cœur des Caraïbes, entre la République dominicaine et l’Union européenne.
P-au-P., 30 juin 2026 [AlterPresse] --- Haïti se trouve à un moment charnière, marqué par une « fenêtre de tir » décisive, estime l’économiste français Jacques Attali à l’ouverture du Forum national des investissements à Pétionville (périphérie est), organisé avec le soutien de la Délégation de l’Union européenne (Ue), du gouvernement haïtien et du Bureau de l’Ordonnateur national (Bon).
Selon lui, le pays dispose d’un double atout stratégique : une population très jeune, porteuse d’un important dividende démographique, et une position géographique privilégiée au cœur des Caraïbes, entre la République Dominicaine et l’Union européenne.
Dans son intervention par visio-conférence, suivie par AlterPresse, Jacques Attali souligne que ces atouts ne peuvent être pleinement valorisés que s’ils s’inscrivent dans des dynamiques régionales favorables et dans des relations renforcées avec les pays voisins. Il rappelle que l’histoire économique montre qu’un pays se développe plus facilement lorsqu’il est entouré de voisins en croissance et entretenant des relations étroites avec lui.
L’économiste français, ancien conseiller du président François Mitterrand, n’est pas étranger aux enjeux de l’île. Il avait dirigé en 2010 une commission internationale chargée d’élaborer des recommandations pour accompagner la stratégie de développement à long terme de la République Dominicaine, en mettant notamment l’accent sur les réformes institutionnelles, l’innovation et la compétitivité.
Il appelle également les partenaires internationaux, en particulier européens, à considérer l’aide au développement non pas comme un acte de générosité, mais comme un « altruisme intéressé ».
Selon lui, le développement d’Haïti constitue un enjeu de stabilité régionale, mais aussi un facteur important pour la francophonie et l’équilibre démocratique dans les Caraïbes.
Selon les organisateurs, ce forum vise à poser les bases d’un partenariat renouvelé entre Haïti et l’Union européenne dans le cadre de la stratégie Global Gateway, qui prévoit de mobiliser jusqu’à 400 milliards d’euros d’investissements à l’échelle mondiale d’ici à 2027, en associant financements publics et privés.
L’initiative intervient alors que l’économie haïtienne traverse sa septième année consécutive de récession. L’insécurité, l’emprise des groupes armés sur les activités économiques, le recul des investissements et l’inflation continuent de fragiliser les secteurs productifs, dans un contexte d’aggravation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire.
L’économiste revient par ailleurs sur les échecs des initiatives internationales passées, qu’il qualifie de « tragédies évitables », estimant que la principale difficulté réside dans la construction de la confiance, notamment entre Haïtiens eux-mêmes. Pour lui, l’absence de règles de droit fragilise durablement les perspectives de développement, même si elle peut générer des bénéfices à court terme pour certains acteurs.
Jacques Attali plaide pour une articulation simultanée entre sécurité, justice, gouvernance, éducation et investissement, ces dimensions devant progresser ensemble et se renforcer mutuellement. Il insiste sur le fait que l’ordre et le développement doivent être construits en parallèle.
Deux axes complémentaires sont également mis en avant : le rôle des technologies, notamment l’intelligence artificielle, comme levier potentiel de modernisation des services publics (justice, fiscalité, santé, éducation), et la nécessité de privilégier une « économie de la vie » fondée sur l’éducation, la santé, les énergies renouvelables et l’agriculture durable, plutôt qu’un modèle économique destructeur des ressources.
L’économiste met également l’accent sur la jeunesse, qu’il considère comme la priorité centrale. Il estime que l’investissement massif dans l’éducation est essentiel pour offrir aux jeunes une alternative aux actes de violences et les orienter vers des métiers productifs tels que l’ingénierie, la médecine ou l’agriculture.
Jacques Attali affirme enfin que, si les conditions sont réunies, il serait honoré de contribuer aux efforts de développement du pays avec son équipe. [gp apr 30/06/2026 11 :00]
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