Español English French Kreyòl

Español English French Kreyòl

Haïti-Violences des gangs : Kenscoff crucifiée, en deux mois plus de 300 morts et blessés

Kenscoff (Haïti), 08 avril 2025 [AlterPresse] --- En deux mois d’attaques des gangs contre Kenscoff (commune située à l’est de Port-au-Prince), le bilan des victimes ne cesse point de s’alourdir. Il atteint plus de 300 morts et blessés, selon les derniers chiffres fournis par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), dans un rapport consulté par AlterPresse

Entre le 27 janvier et le 27 mars 2025, les attaques de gangs contre Kenscoff, commune liée à celle de Carrefour (périphérie sud) ,ont causé la mort d’au moins 262 personnes, tandis que 66 autres ont été blessées, selon les précisions fournies.

Parmi les morts, figurent 4 membres des forces de sécurité, 147 membres de gangs. Parmi les blessés, il y a 4 membres des forces de sécurité et 7 bandits, suivant des détails contenus dans le rapport du Binuh.

« Des violences sexuelles contre au moins sept femmes et jeunes filles ont également été commises. Les gangs ont aussi saccagé des maisons et ont incendié plus de 190 d’entre elles. Ces attaques ont forcé plus de 3,000 personnes à fuir leurs localités ».

Situation plus grave, selon des constats sur place

Ces chiffres paraissent conservateurs, en comparaison avec ceux recueillis par des notables locaux.

150 morts au sein de la population, 7,000 personnes déplacées et 1,500 maisons incendiées : tel est le bilan dressé par José Joseph, ancien agent intérimaire de Kenscoff et parent de victimes.

Intervenant dans le magazine FwoteLide sur la station privée AlterRadio, il exprime son indignation, suite à l’assassinat de nombreuses personnes, dont sa mère âgée dde 93 ans, laissées en pâture aux chiens. Son père, également une personne âgée, a, quant à lui, été kidnappé avec d’autres personnes, qui sont toujours séquestrées.



« Les membres des gangs ont fait preuve d’une brutalité extrême, cherchant à semer la peur au sein de la population. Ils ont exécuté des hommes, des femmes et des enfants, à l’intérieur de leurs maisons et en ont abattu d’autres sur les routes et sentiers, alors qu’ils tentaient de fuir la violence, y compris un nourrisson. Leurs corps ont ensuite été brulés », souligne le Binuh dans son rapport.

Plus de deux mois après les premières attaques, « les bandits gagnent du terrain », s’inquiète Jose Joseph.

Du coté de l’État et des forces de l’ordre, « aucun leadership », critique-t-il.

« La commune montagneuse de Kenscoff revêt une importance stratégique, car elle surplombe la commune de Pétionville, où se trouvent de nombreuses institutions, banques, zones commerciales et ambassades », relève le Binuh.

« Ces gangs auraient également mené ces attaques pour contrôler la route, récemment réhabilitée entre Kenscoff et Jacmel (Sud-Est), la seule alternative routière relativement sûre pour accéder au Sud d’Haïti ».

« La prise de contrôle de cet axe entraînerait des restrictions sévères de déplacements et entraverait les opérations de livraison de l’aide humanitaire dans le Sud du pays ».

« Enfin, l’hypothèse d’attaques en vue de déstabiliser les autorités en place, en exposant leurs difficultés à protéger l’une des zones plus résidentielles de la capitale, n’est pas à écarter ».

Entre le 1er janvier et le 27 mars 2025 (dernière mise à jour disponible au moment de la publication), au moins 1,518 personnes ont été tuées et 572 blessées en Haïti, dans les violences, qui secouent le pays. Ces chiffres s’ajoutent aux 5.601 personnes tuées et 2,212 blessées dans des circonstance similaires en 2024, rappelle le Binuh. [gp apr 08/04/2025 00:30]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


Depuis 2001

Explorer toutes les archives